Baisse des carburants, le temps donne raison à Daniel Mukoko Samba (Par Nico Minga, économiste et géostratège)

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Lorsque le gouvernement de la RDC décide, en octobre 2024, de réduire les prix des produits pétroliers à la pompe, le débat économique s’enflamme immédiatement. Dans les cercles spécialisés, les mises en garde pleuvent. On évoque des pénuries imminentes, un secteur pétrolier fragilisé et un déséquilibre macroéconomique présenté comme inévitable. Pour certains analystes, la catastrophe n’est pas une hypothèse, mais une certitude annoncée. Deux ans plus tard, en 2026, l’examen des faits impose une révision sévère de ces certitudes.

 

La réforme est portée par le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba. Elle lui vaut alors des critiques virulentes, parfois techniques, souvent idéologiques, rarement nuancées. Les accusations de populisme et d’imprudence économique dominent le débat public. Pourtant, l’objectif poursuivi était clair et assumé : contenir la vie chère et préserver, autant que possible, le pouvoir d’achat des ménages congolais. Dans une économie où les coûts de transport irriguent l’ensemble de la chaîne des prix, le carburant n’est pas un paramètre secondaire, mais un levier macroéconomique et social central.

 

Les critiques formulées en 2024 reposaient sur une lecture strictement comptable, presque mécanique, du secteur pétrolier. Baisser les prix réglementés devait, selon cette logique, conduire inévitablement à des pertes insoutenables pour les opérateurs, provoquer leur retrait et déboucher sur des pénuries durables. Le raisonnement était cohérent sur le papier. Il ne l’a pas été dans la réalité. Entre 2024 et 2026, aucune rupture structurelle d’approvisionnement n’a paralysé le pays. Les circuits d’importation ont continué à fonctionner, malgré des tensions logistiques ponctuelles et un environnement international volatil.

 

Cette stabilité ne relève pas du hasard. Elle s’explique d’abord par le respect du cadre légal. La loi n°18/020 du 9 juillet 2018 relative à la liberté des prix et à la concurrence confère explicitement au Ministre de l’Économie la compétence de régulation des hydrocarbures pour répondre à des impératifs économiques et sociaux majeurs. Elle s’explique ensuite par le maintien des mécanismes techniques de régulation. Le calcul du Prix Moyen Frontière est resté en vigueur, et le Comité de Suivi des Prix des Produits Pétroliers a continué à jouer son rôle d’arbitrage. La réforme n’a pas été un coup de force, mais un ajustement maîtrisé.

 

Du côté des sociétés pétrolières, le scénario de l’effondrement annoncé n’a pas davantage résisté à l’épreuve des faits. Les marges unitaires ont certes été sous pression en 2024 et 2025, mais cette contrainte a été partiellement compensée par l’évolution des volumes distribués, la rationalisation des coûts et une meilleure visibilité réglementaire. Aucun retrait massif n’a été observé. Les opérateurs sont restés présents, actifs et engagés sur le marché congolais, infirmant ainsi les prophéties alarmistes.

 

Sur le plan social, les effets de la baisse des prix des carburants se sont révélés progressifs, mais tangibles. La vie chère demeure un défi structurel en RDC, alimenté par la dépendance aux importations, la dollarisation de l’économie et les tensions sécuritaires persistantes à l’Est du pays. Toutefois, les carburants n’ont pas aggravé la situation, contrairement à ce qui était redouté. Ils ont contribué à amortir, partiellement mais concrètement, la hausse des coûts de transport et, par ricochet, celle de certains biens et services de base, notamment dans les grands centres urbains.

 

Les débats sur l’inflation et le taux de change méritent, eux aussi, d’être remis en perspective. La dépréciation du franc congolais observée en 2024 s’expliquait avant tout par des facteurs structurels et exogènes : déséquilibres de la balance commerciale, chocs sécuritaires, pressions budgétaires liées aux dépenses de souveraineté et environnement monétaire international défavorable. Faire porter à la seule politique de prix des carburants la responsabilité de ces évolutions relevait d’un raccourci analytique que les données de 2025 et 2026 ne confirment pas.

 

Au-delà des chiffres, la baisse des prix des carburants a constitué un signal politique fort. Dans un contexte marqué par l’agression persistante à l’Est du pays et par de fortes attentes sociales, le gouvernement a choisi la redistribution indirecte plutôt qu’une orthodoxie budgétaire rigide, socialement coûteuse et déconnectée du vécu quotidien. Cette orientation s’inscrit dans la ligne impulsée par le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui a placé la protection du pouvoir d’achat et la stabilité sociale au cœur de l’action publique.

 

Deux ans après, le verdict est sans ambiguïté. Daniel Mukoko Samba avait raison. Non parce que la réforme serait parfaite ou définitive, mais parce que les faits ont invalidé les scénarios catastrophistes. Le marché pétrolier n’a pas été désorganisé. Les pénuries annoncées ne sont pas survenues. L’économie n’a pas sombré.

 

En 2026, les faits ont tranché. Le débat ne porte plus sur la légitimité de la baisse des prix des carburants, mais sur la nécessité de l’inscrire dans une stratégie plus large et plus structurelle, fondée sur le renforcement de la production nationale, l’amélioration de la logistique, la diversification économique et la lutte durable contre l’inflation importée. Sans ces réformes de fond, aucune politique de prix, aussi courageuse soit-elle, ne peut à elle seule remplacer les transformations structurelles et changer durablement le quotidien des ménages congolais

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