Belligérants : tuez, pillez autant que possible d’ici au 13 novembre 2025 pour faire valoir le rapport de force !
« Faites la guerre pendant que nous faisons des affaires ». Tradition respectée, pourtant tradition macabre ! À l’annonce de toute solution négociée pour toute crise armée, les belligérants pratiquent la politique de la terre brûlée consistant à gagner le plus d’espaces possibles pour s’assurer une position confortable. Ça s’appelle « rapport de force ». Ça vient de se constater à Gaza avec l’intensification des opérations militaires israéliennes sur Hamas la veille de la mise en œuvre du Plan Trump. Ça se constate également en Ukraine dans la guerre avec la Russie. Partant, l’exception congolaise n’a pas à s’expliquer.
Chef d’État et chef rebelle
En RDC, cette politique de terre brûlée a été observée en prévision successivement :
-d’ *Outenika* (navire sud-africain accosté au port congo-brazzavillois de Pointe Noire) pour la rencontre entre le chef de l’Etat Mobutu Sese Seko et le chef rebelle Laurent-Désiré Kabila en 1997 ;
-de *Lusaka* pour la rencontre entre le chef de l’État Laurent-Désiré Kabila et les chefs rebelles Ernest Wamba du Rcd et Jean-Pierre Bemba du Mlc en 1999 ;
-d’ *Addis-Abeba, Sun City et Pretoria* entre les délégations du chef de l’État Joseph Kabila et des chefs rebelles Ruberwa pour le Rcd et Jean-Pierre Bemba pour le Mlc de 2001 à 2003 ;
-de *Goma* entre les délégations du chef de l’Etat Joseph Kabila et du chef rebelle Désiré Kamanzi pour le Cndp en 2009 ;
-de *Kampala et Nairobi* entre les délégations du Chef de l’Etat Joseph Kabila et des chefs rebelles Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga pour le M23 en 2013.
Aujourd’hui, la même observation se fait autour du Processus de Doha entre les délégations du chef de l’Etat Félix Tshisekedi et des chefs rebelles Corneille Naanga et Bertrand Bisimwa, de même que du Processus de Washington entre les délégations des chefs d’Etat congolais et rwandais.
Préoccupation majeure des belligérants : rapport de force, RDF
En prévision de chacun des rendez-vous dans le cadre des négociations, les branches militaires gouvernementales et rebelles multiplient les violations des cessez-le-feu. Ils se tirent dessus, peu importe pour les victimes d’être des éléments de l’armée ou de la rébellion, peu importe surtout d’être des civils.
Généralement, les crimes contre l’humanité, les crimes de génocide, les crimes de guerre et même les crimes d’agression imprescriptibles se commettent lors de ces affrontements, pour peu qu’ils soient suffisamment documentés.
C’est ainsi qu’on assiste à une sorte de ping pong avec la rébellion qui documente les crimes perpétrés dans les territoires sous contrôle du gouvernement (!), et le gouvernement qui documente les crimes perpétrés dans les territoires sous contrôle de la rébellion sur fond ou non de l’agression !
La préoccupation majeure pour les belligérants a pour dénomination *Rapport De Force, RDF*.
Selon Wikipédia, _ »Un rapport de force est une relation de conflit entre plusieurs parties qui opposent leurs pouvoirs, ou en un sens plus littéral leurs forces, que cette force soit physique, psychique, économique, politique, religieuse, militaire. Si les parties impliquées dans le rapport de forces ont un pouvoir inégal, on distingue la partie dominante et la partie dominée : s’applique alors la loi du plus fort, autrement dit l’arbitraire du pouvoir. On nomme généralement violence, en un sens physique, moral ou social (voire écologique), l’usage d’un tel pouvoir_ ».
En termes simples : le camp gouvernemental ou le camp rebelle ou agresseur cherche à mettre l’autre en position de faiblesse avant toute négociation, l’objectif étant généralement la *capitulation*.
Pour l’Histoire, lors de la signature de l’Accord de Lusaka le 10 juillet 1999, le Mlc de Jean-Pierre Bemba et le Rcd d’Ernest Wamba s’étaient défilés, abandonnant L-D. Kabila avec les parrains étrangers et les partenaires internationaux dans la salle prévue pour la circonstance. Ils étaient en train de conquérir et d’acquérir d’autres localités et villes jusque-là dans les territoires sous contrôle du gouvernement, si bien que le Mlc avait signé le même accord le 1er août, tandis que le Rcd le fera le 31 août !
Macabre comme relevé dans l’introduction, cette « tradition » se pratique depuis la reprise de la guerre actuelle en 2022 à l’Est de la RDC.
La veille de chaque rendez-vous important (Luanda, Nairobi, Dar es Salam, Harare, Washington, Doha), il y a toujours crépitement d’armes. À défaut de les entendre du terrain des opérations, on les apprend des réseaux sociaux avec des reprises de tel site minier ou de tel aéroport alors que tout est faux !
L’accélération de la chute ou de la prise de Goma et de Bukavu début 2025 en est la preuve.
Il y a de quoi arrêter la guerre
Il va s’en dire que d’ici au 13 novembre 2025, beaucoup d’eau va couler sous le pont. Ou beaucoup de sang pourrait encore abreuver le sol congolais du Kivu.
Seulement voilà : le sang qui va couler ne sera pas celui des Rwandais au Rwanda, mais des *Congolais au Congo* ; en plus pour un conflit *rwando-rwandais* (Tutsi-Hutu) se déroulant chez nous depuis 1994 ! Mais, en réalité, un conflit remontant à avant même Berlin 1885, très mal géré pendant la colonisation d’abord allemande, ensuite belge.
Prétendre régler ce conflit atavique par la voie armée, et encore en deux temps trois mouvements, en jouant entre-temps la carte de l’un des « frères ennemis » contre un autre, est un pari plutôt fou que risqué !
L’exemple peut gêner mais il a le mérite de la réalité et de la vérité : c’est à l’image du conflit *millénaire* entre descendants d’Ismaël et d’Isaac ou à l’image du conflit *atavique* des descendants d’Ilunga Mbidi, pour ne pas parler du conflit « réglé » autour du Lac Mukamba (ne nous en demandez pas plus).
C’est le genre de pari qui se révèle une distraction.
Pour revenir au titre de la chronique, les belligérants congolais ne sont pas absolument obligés de tuer et de piller parce que ça se passe ainsi partout au monde.
Dès lors qu’ils ont amorcé le rapprochement via le double Processus Washington-Doha, ils sont conscients des dégâts du fait que les premières et principales victimes sont les civils.
En 3 décennies de conflits avec pour bras séculier le Rwanda de Paul Kagame, les chiffres sont effarants : près de 10 millions de morts, près de 7,5 millions de déplacés et près de 1,2 millions de réfugiés !
Quand on sait qu’aucun des belligérants n’est en mesure de prendre en charge ne serait-ce que les déplacés de guerre laissés à la charge de la communauté humanitaire internationale, il y a de quoi arrêter la guerre. À moins d’en faire un prétexte de combat politique ou économique, partant de l’adage _ »Faites la guerre pendant que nous faisons des affaires_ ».
PROCHAINEMENT :_Hélas ! La résolution 2773 n’évoque pas l’agression rwandaise en RDC ; or la résolution 2623 reconnaît l’agression russe en Ukraine…
Omer Nsongo die Lema
