Climat : l’Afrique, la grande oubliée
À la veille de la COP30, au Brésil, une réalité s’impose : l’Afrique ne décide pas du climat qu’elle subit.
Le continent ne génère que 3,8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais supporte plus de 43 % des pertes humaines liées aux catastrophes climatiques, selon la Banque mondiale. D’ici 2030, plus de 118 millions d’Africains pourraient basculer dans l’extrême pauvreté si rien ne change.
Pendant que l’Afrique suffoque, le Nord se repeint en vert. L’Union européenne impose son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ; les États-Unis injectent 369 milliards de dollars dans leur Inflation Reduction Act ; la Chine, elle, contrôle déjà près de 70 % du raffinage mondial du cobalt et du lithium. Cette « transition énergétique » n’est pas un simple virage écologique, elle redessine la carte des puissances.
Sous couvert d’écologie, se déploie une nouvelle géopolitique de la dépendance verte.
L’Afrique, qui détient plus de 30 % des réserves mondiales de minerais critiques, risque de redevenir le maillon faible d’un extractivisme global rebaptisé durable. On parle de climat, mais on négocie en réalité le contrôle des ressources : cobalt congolais, lithium zimbabwéen, cuivre zambien, manganèse gabonais.
Le véritable enjeu n’est plus environnemental, il est géostratégique. Dans un monde fragmenté par les transitions forcées et les rivalités énergétiques, la maîtrise de l’eau, de la biodiversité et de l’énergie devient une arme de puissance. Si l’Afrique continue d’exporter brut son capital naturel, elle restera dépendante, même dans un monde repeint en vert.
La souveraineté écologique doit désormais être le nouveau nom du développement africain. Transformer localement, produire proprement, négocier collectivement. À la veille de la COP30, l’Afrique ne doit plus quémander mais exiger. Les 100 milliards de dollars promis chaque année par les pays riches ne sont pas une faveur, mais une dette écologique.
Nico Minga



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