Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands-Lacs : Trois demandes et 3 engagements de Tshisekedi
La Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands-Lacs a vécu, ce jeudi 30 octobre à Paris. A cette occasion, le président français a annoncé une aide internationale de plus d’1,5 milliard d’Euros et l’ouverture de couloirs sécurisés pour acheminer de l’aide aux civils pris au piège de la guerre, en République démocratique du Congo et ses pays voisins. Le chef de l’État français a par ailleurs annoncé la réouverture de l’aéroport de Goma pour des vols humanitaires « dans les prochaines semaines ». Proposition à laquelle le Rwanda s’est opposé, preuve que c’est lui qui gère cette partie du pays avec l’aide des pantins de la coalition AFC/M23.
Dans son discours, le président Félix Tshisekedi a expliqué que sa première demande concerne l’accès humanitaire immédiat, sécurisé, garanti. « Nous avons besoin, de toute urgence, de voies humanitaires sûres pour acheminer soins, nourriture, eau, abris et assistance psychologique aux populations prises au piège », dit-il.
À ce titre, il propose l’établissement d’un corridor humanitaire aérien, strictement encadré, permettant le transport des médicaments, des denrées essentielles et la rotation du personnel humanitaire, y compris vers les zones actuellement les plus exposées. Ce mécanisme, placé sous la responsabilité conjointe des Nations Unies et des autorités congolaises doit être un résultat concret de cette Conférence.
Sa deuxième demande est un plaidoyer pour un financement massif, rapide, traçable. Le Plan de réponse humanitaire des Nations Unies pour l’année 2025 prévoyait une enveloppe de 2,24 milliards de dollars américains destinée à l’assistance vitale de plus de 20 millions de personnes en République Démocratique du Congo, dans un contexte déjà marqué par la fragilité et les besoins chroniques, avant même la reprise des hostilités. Ce plan demeure sous-financé. Et chaque jour sans financement, ce sont des vies perdues.
« Je demande donc un engagement financier additionnel, ciblé, prévisible, qui permette de traiter les besoins vitaux : santé d’urgence, sécurité alimentaire, abris pour les déplacés, protection des survivantes de violences sexuelles, accès à l’eau potable. Ce financement ne doit pas être vu comme une aide ponctuelle, mais comme un investissement pour empêcher l’effondrement humanitaire d’une région stratégique pour la paix du continent », souligne-t-il.
Sa troisième demande touche à l’alignement politique. Félix Tshisekedi souhaite que chaque partenaire présent ici, chaque État, chaque organisation régionale ou internationale, s’engage à soutenir l’application effective de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité et à appeler, clairement et sans ambiguïté, au retrait de l’AFC/M23 des zones qu’il occupe et au retrait des forces étrangères du territoire congolais. Toute paix durable commence par la fin de l’occupation d’une partie du territoire congolais. Là-dessus, il ne peut y avoir ni double langage, ni compromis moral.
Les trois engagements
En contrepartie de ces trois demandes, la République Démocratique du Congo a pris devant les participants trois engagements clairs.
Premier engagement : reconstruire. Dès la fin des hostilités, nous lancerons un Plan d’Aide d’Urgence pour la Reconstruction du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Ce plan, que nous concevons comme un pacte national et international, intégrera, dans une approche concertée, coordonnée et cohérente, l’ensemble des programmes et projets destinés à la stabilisation, au relèvement et au développement durable des provinces affectées.
Il visera à mobiliser environ 5 milliards de dollars à l’horizon 2026 pour la réouverture des écoles, la réhabilitation des centres de santé, la reconstruction des routes, le rétablissement des services sociaux essentiels et le retour digne des personnes déplacées. Il ciblera aussi la sécurité alimentaire, car nourrir une famille, c’est déjà commencer la paix. Ce plan sera coordonné, unifié, transparent. Aucun territoire ne sera abandonné. Aucune communauté ne sera laissée en marge.
Deuxième engagement : protéger les plus vulnérables et responsabiliser les auteurs. Nous allons renforcer notre cadre juridique relatif à la protection des déplacés et des victimes de catastrophes humanitaires, notamment par l’intégration en droit national de la Convention de Kampala de l’Union africaine et l’adoption d’un dispositif légal pérenne de financement de l’action humanitaire et de réduction des risques.
Dans cette perspective, une loi sur le financement de l’action humanitaire et la gestion des risques de catastrophes sera prochainement adoptée, afin de doter le Gouvernement de mécanismes pérennes de financement, conformément au Cadre de Sendai 2015-2030 pour la réduction des risques de catastrophes et aux engagements pris lors du Sommet humanitaire mondial d’Istanbul en 2016.
« Nous veillerons à ce que les survivantes de violences sexuelles soient reconnues comme victimes de guerre, accompagnées, soignées, réparées », mentionne le président de la République.
Félix Tshisekedi a tenu à rappeler que la redevabilité constitue une exigence fondamentale de la paix durable. Les administrations parallèles instaurées par l’AFC/M23, les violations graves des droits humains et les atteintes aux civils ne resteront pas impunies. Des poursuites seront engagées, dans le respect du droit international, contre tous ceux qui se rendent coupables de crimes à l’encontre du peuple congolais.
Troisième engagement : transformer la crise en levier de stabilité régionale. Nous ne venons pas seulement demander de l’aide humanitaire.
« Nous venons défendre une vision politique : la paix durable dans les Grands Lacs ne sera possible que si la région choisit l’intégration économique et la prospérité partagée plutôt que le pillage et la prédation », pense-t-il.
L’avenir de la région ne peut pas être fait de trafics transfrontaliers illégaux d’or, de coltan ou de cobalt alimentant des groupes armés ; il doit être fait de coopération économique formelle, d’infrastructures interconnectées, d’industrialisation locale, de valeur ajoutée créée sur le continent, et d’opportunités offertes à la jeunesse. C’est cela, la paix durable. La sécurité est nécessaire à la prospérité. Mais la prospérité, elle aussi, est une condition de la sécurité.
JMNK



Laisser un commentaire