Contrat Rdc-Usa-Rwanda: Patrice Nyamba craint qu’il ne cache en réalité un bradage systématique des richesses du sol congolais
M. Patrice Nyamba Lofungola, chercheur en économie publique et Conseiller de ministre honoraire, a été interviewé deux jours après la signature du contrat minier entre la République démocratique du Congo, les États-Unis et le Rwanda, soit le 29 juin 2025. A l’en croire, cet accord constitue une opération géostratégique complexe, révélant un échange implicite entre la concession de ressources naturelles et la stabilité politique régionale. Ce partenariat, souvent présenté comme un accord pour la paix, cache en réalité un bradage systématique des richesses du sol congolais, au profit de puissances extérieures et de régimes locaux alignés. Plusieurs jours passés et au regard de l’évolution de la situation, maints analystes convergent dans la conclusion qu’il avait déjà donnée en son temps. Précisons que cette prise de position lui a attiré des menaces fortes de la part des caciques de la majorité au pouvoir en Rdc.
Contexte géopolitique et économique
La RDC détient l’un des patrimoines miniers les plus riches au monde : cobalt, cuivre, coltan, or, diamant. Ces ressources sont vitales pour l’industrie technologique mondiale, notamment pour la fabrication de batteries et composants électroniques.
La stabilité politique du pays est cruciale pour l’approvisionnement mondial, mais elle demeure fragile en raison de conflits armés, de la présence de groupes rebelles et de l’instabilité politique chronique.
Les États-Unis, par le biais de leurs entreprises et de leur diplomatie, cherchent à sécuriser ces approvisionnements stratégiques. Le Rwanda, de son côté, en tant qu’acteur régional clé, joue le rôle de garant ou de médiateur, tout en poursuivant ses propres intérêts géopolitiques dans la région.
Les éléments du contrat minier
L’accord se matérialise par une série de concessions exclusives accordées à des multinationales américaines, souvent sous couvert de sociétés écrans, qui exploitent les mines congolaises. Ces contrats sont généralement opaques, à long terme, et peu favorables à la RDC : Tarifs et redevances faibles : La RDC perçoit peu de recettes directes, car les royalties et taxes sont minimisées ou déléguées à des sociétés offshore ; Exploitation sans partage équitable : La majorité des bénéfices revient aux investisseurs étrangers, avec une faible part pour l’État congolais ; Accès facilité à l’exploitation : Les multinationales bénéficient d’un accès privilégié, parfois même sans contrôle environnemental ou social strict.
Le rôle de la paix comme justification
Les autorités congolaises, sous pression internationale, notamment américaine, invoquent la nécessité de stabiliser la région pour justifier ces accords. La présence de groupes armés contrôlant certains territoires miniers est utilisée comme prétexte pour renforcer les partenariats avec des acteurs étrangers, qui promettent une « paix durable » en échange de l’exploitation des ressources.
Réalité : cette paix est souvent factice. La militarisation des zones minières, la corruption, et l’absence de transparence alimentent un cycle de violence et de spoliation. La RDC reste un pays où la gouvernance est faible, et où la gestion des ressources naturelles est détournée à des fins privées.
Le bradage des ressources
Ce qui se joue est un véritable bradage : la cession gratuite ou à faible coût d’un patrimoine national stratégique à des intérêts étrangers. La RDC perd sa souveraineté économique au profit de multinationales et de régimes locaux qui leur servent de courroies de transmission. La valeur de ses ressources, estimée en milliards de dollars, est dilapidée sans bénéfice pour la population locale ni pour le développement national.
Conséquences
Perte de souveraineté économique : La RDC devient dépendante des investissements étrangers pour ses revenus miniers ; Enrichissement d’élites locales et étrangères : La corruption, la fraude et l’évasion fiscale se multiplient, accentuant les inégalités ; Détérioration environnementale : Exploitation sauvage, déforestation, pollution, sans contrôle ni responsabilité ; Conflits perpétuels : La compétition pour le contrôle des ressources maintient la région en état de conflit permanent.
Terminons en disant que le contrat minier RDC-USA-Rwanda illustre un modèle de néocolonialisme moderne, où la paix est instrumentalisée pour justifier un bradage systématique des richesses nationales. La prétendue stabilisation cache une spoliation organisée, dont les effets délétères continueront de fragiliser la RDC et la région tant que la transparence, la souveraineté et la gouvernance ne seront pas renforcées.



Laisser un commentaire