Crise au sein de l’UDPS/Tshisekedi : Entre déchirements internes, déficit de discipline et enjeux majeurs à l’approche du congrès extraordinaire
Par : Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza
Haut cadre de l’UDPS/Tshisekedi
À l’approche du congrès extraordinaire du 10 au 14 décembre 2025, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS/Tshisekedi) traverse une zone de turbulences qui interroge autant sa cohésion interne que sa maturité politique.
Les tensions observées ces derniers jours dépassent les simples désaccords ; elles révèlent un malaise plus profond lié à l’affaiblissement du respect hiérarchique et à l’émergence de rivalités internes mal gérées.
Ce climat, qui s’installe alors que le parti est au pouvoir, fait peser de véritables risques sur la crédibilité institutionnelle de l’UDPS.
Dans ce contexte délicat, l’opinion publique observe avec inquiétude la manière dont certains cadres semblent s’écarter de l’esprit de discipline qui devrait guider les responsables d’un parti au pouvoir. La modernisation de l’UDPS et la consolidation du leadership du Chef de l’État reposent pourtant sur une coordination interne exemplaire. Chaque initiative qui fragilise cette cohésion contribue à rendre plus difficile la mise en œuvre des priorités politiques du parti.
La séquence actuelle rappelle aussi les défis structurels auxquels font face les grandes organisations politiques : comment maintenir le cap lorsque les ambitions internes se substituent parfois à la mission collective ?
Comment préserver la discipline lorsque la pression médiatique et les réseaux sociaux amplifient chaque divergence ?
Le congrès de décembre apparaît donc comme un moment crucial pour redéfinir la cohésion du parti.
Une lettre qui ravive les fractures internes
La lettre diffusée par le secrétaire général adjoint Deo Bizumu a agi comme une déflagration au sein du parti, révélant au grand jour les fissures internes que beaucoup tentaient encore de minimiser.
Présenté par ses auteurs comme une contribution au débat, le document a été perçu par une large partie des cadres comme un acte ouvert de défiance envers la hiérarchie. Le choix du moment, le ton employé et la méthode utilisée ont surpris jusque dans les cercles les plus avertis, relançant les interrogations sur les véritables intentions de ses signataires.
Dans un parti au pouvoir, un tel mode d’expression interroge profondément. Il existe des mécanismes formels pour exprimer des préoccupations, suggérer des réformes ou interpeller les instances dirigeantes. Délibérément contourner ces circuits internes renvoie davantage à une stratégie de pression politique qu’à une démarche de construction collective.
Comme le rappelle Kanter (2021), « un leadership qui contourne ses propres organes se condamne à voir ses décisions délégitimées ». Une vérité qui résonne aujourd’hui avec une acuité particulière.
Pour de nombreux analystes, la sortie publique de M. Deo Bizumu n’est pas seulement maladroite : elle est nuisible. Elle jette un doute sur la cohésion interne à un moment où le parti devrait afficher une unité sans ambiguïté devant ses bases et l’opinion nationale. En alimentant la suspicion et les procès d’intention, cette initiative détourne l’attention de l’essentiel : la préparation technique, méthodique et rigoureuse du congrès extraordinaire.
Ce climat de crispation fragilise aussi l’image d’un parti qui revendique des valeurs démocratiques et une gouvernance interne structurée. Si l’UDPS veut conserver sa stature de force politique majeure, elle doit veiller à préserver des mécanismes de concertation internes fiables, transparents et respectés par tous.
C’est tout le sens des commissions préparatoires dont la mission première est d’organiser le travail technique et de structurer les contributions thématiques. Qu’il y ait 50, 100 ou 300 membres dans une commission n’a rien d’anormal : ce sont les congressistes, légitimement mandatés par la base, qui détiennent la décision finale. Pourtant, plutôt que de se concentrer sur l’essentiel — produire des analyses, affiner les propositions et préparer les arbitrages — certains acteurs semblent préférer des querelles de positionnement, comme s’ils se voyaient déjà aux commandes du parti. Une distraction inutile, au moment où l’appareil devrait fonctionner comme une seule équipe tournée vers un seul objectif : un congrès crédible, moderne et irréprochable sur le plan organisationnel.
Hiérarchie bousculée et autorité fragilisée
La controverse actuelle soulève la question fondamentale du respect de l’autorité établie, en particulier celle du Secrétaire général Augustin Kabuya, légalement investi et régulièrement confirmé dans ses fonctions par le leadership du parti. Son rôle, essentiel dans la préparation du congrès, semble aujourd’hui fragilisé par des démarches unilatérales qui brouillent les lignes de commandement.
La montée de comportements qui s’apparentent à des stratégies de dissidence interne interpelle. Aspirer à des responsabilités supérieures est légitime, mais cela ne peut se faire en sapant les fondements de la hiérarchie. Les organisations politiques modernes reposent sur une discipline claire : « la discipline organisationnelle est la colonne vertébrale de toute structure qui aspire à durer » (Mintzberg, 2019). Un parti ne peut prospérer lorsque ceux qui doivent montrer l’exemple remettent en cause les mécanismes statutaires qui les gouvernent.
Cette situation pose également un problème de gouvernance. Lorsque la hiérarchie est contestée publiquement, elle devient moins capable de coordonner les activités essentielles, notamment la préparation du congrès. Or, c’est précisément dans les périodes de transition que le parti a le plus besoin de cohésion, de clarté et de discipline.
L’heure est venue de rappeler une évidence : le Secrétaire général incarne l’autorité opérationnelle du parti. Lui accorder le soutien nécessaire n’est pas un acte partisan, mais un impératif de stabilité organisationnelle. Toute tentative de fragilisation de cette position risque de conduire le parti vers une fragmentation dangereuse à la veille du congrès.
La tentation du « remplacement » plutôt que la préparation du congrès
Au lieu de se mobiliser autour des enjeux techniques, logistiques et politiques du congrès extraordinaire, plusieurs cadres semblent se détourner de leurs responsabilités pour se focaliser sur des spéculations liées à d’éventuels changements internes. Cette attitude, perçue comme une distraction stratégique, inquiète énormément les militants et les observateurs.
Le risque est double. D’abord, le parti se prive de l’énergie collective nécessaire pour garantir un congrès moderne, ordonné et exemplaire. Ensuite, il donne au public l’image d’une organisation davantage préoccupée par ses luttes internes que par ses obligations politiques. Cette perception peut s’avérer préjudiciable à long terme pour un parti au pouvoir.
La réaction des bases est sans équivoque : dans de nombreuses fédérations, l’exaspération est palpable. Le sentiment dominant est celui d’un ras-le-bol face à des querelles internes qui détournent le parti de ses priorités. Le message revient avec insistance : « Trop, c’est trop », une formule qui traduit la volonté de voir les cadres revenir à l’essentiel.
Comme le rappelle Northouse (2022), « la légitimité ne peut s’acquérir durablement que lorsque l’on respecte l’ordre hiérarchique et les mécanismes internes de décision ». Il appartient donc aux cadres de recentrer leurs efforts sur la réussite du congrès, au lieu de s’engager dans des stratégies de positionnement prématurées et contre-productives.
Un appel à la responsabilité collective et à la refondation
L’heure est venue pour l’UDPS de démontrer qu’elle peut concilier ambition politique et discipline organisationnelle. Les Congolais attendent du parti au pouvoir un comportement exemplaire, surtout dans une période où les défis sociaux et économiques appellent à une gouvernance stable et prévisible.
La situation actuelle met en lumière la nécessité d’une refondation interne basée sur quatre piliers essentiels :
— la discipline ;
— la modernisation des pratiques politiques ;
— le respect mutuel ;
— la cohésion autour du leadership établi.
Les cadres doivent comprendre que la survie et l’efficacité du parti dépendent de leur capacité à se conformer aux règles statutaires, à coopérer et à se projeter collectivement vers l’avenir. La confrontation permanente n’efface pas les divergences : elle les radicalise. Seul un retour à une discipline responsable permettra au parti de se présenter devant ses bases comme une force crédible prête à affronter les enjeux nationaux.
L’opinion publique, elle, attend un signal fort : celui d’un parti capable de mettre fin à ses querelles internes pour se consacrer à l’organisation d’un congrès exemplaire. C’est à travers cette démonstration de maturité que l’UDPS pourra renforcer sa légitimité politique.
Le congrès comme ultime test de maturité politique
Le congrès extraordinaire de décembre représente bien plus qu’un simple rendez-vous statutaire : il est un test de maturité, de discipline et de cohésion. Il permettra de mesurer la capacité du parti à s’unir autour de son leadership, à respecter sa hiérarchie et à s’engager dans une refondation organisationnelle durable.
L’enjeu dépasse les ambitions individuelles. Il s’agit de l’avenir du parti, de sa crédibilité et de sa responsabilité devant le peuple congolais. À cet égard, Lencioni (2020) rappelle une règle fondamentale : « une organisation ne progresse que lorsque chacun accepte de se soumettre aux règles qu’il exige des autres ».
Pour avancer, l’UDPS doit s’approprier cette logique, soutenir son leadership légalement établi — en particulier le Secrétaire général Augustin Kabuya — et concentrer toutes ses énergies sur la réussite du congrès extraordinaire.
Le peuple congolais l’exige. Le moment politique l’impose. L’histoire en jugera.
