Davos : comment la Chine cherche à réintroduire de la prévisibilité dans l’économie mondiale
La 55e édition du Forum de Davos ou Forum économique mondial se tient du 19 au 23 janvier 2026 à Davos en Suisse. La présence du vice-Premier ministre chinois He Lifting à Davos constitue en elle-même un signal politique et économique très clair. Il ne s’agit pas d’une visite diplomatique de courtoisie, mais d’une prise de parole au plus haut niveau de l’appareil économique chinois. À la fois vice-Premier ministre et directeur du Bureau central des affaires financières et économiques, He Lifeng joue un rôle clé dans la définition des grandes orientations macroéconomiques, financières et industrielles de la Chine. Sa participation à Davos traduit la volonté de la Chine de s’adresser directement aux décideurs économiques mondiaux, aux investisseurs et aux entreprises, sans intermédiaires ni ambiguïtés.
Le moment choisi est hautement significatif. Cette édition du Forum économique mondial est placée sous le thème de « l’esprit du dialogue », dans un contexte marqué par un ralentissement de la croissance mondiale et une montée des tensions géopolitiques. // Dans ce cadre, la priorité de la Chine apparaît clairement : stabiliser les anticipations et rassurer sur la lisibilité de sa trajectoire économique. Les chiffres récemment annoncés vont dans ce sens : en 2025, le PIB chinois a progressé de 5,0 % en volume, tandis que les exportations ont augmenté de plus de 6 %. Ces données envoient un signal positif non seulement pour la Chine, mais pour l’économie mondiale dans son ensemble — un message de confiance, et surtout de prévisibilité.
Le message central porté par la Chine à Davos est cohérent avec cette approche. Face à un monde de plus en plus fragmenté, elle défend l’idée que la coopération reste plus efficace que la confrontation. La Chine insiste sur un multilatéralisme qu’elle qualifie de « réel », fondé sur les règles internationales et non sur la logique de blocs rivaux. Dans un environnement global incertain, elle met en avant une idée simple mais structurante : la stabilité est un bien public mondial.
Cette lecture s’étend également au domaine technologique, et notamment à l’intelligence artificielle. La Chine cherche à montrer que son développement rapide de l’IA s’inscrit dans une logique d’industrialisation, de productivité et d’intégration à l’économie réelle, plutôt que dans une course dérégulée ou idéologique. Des exemples concrets illustrent cette orientation. Selon une étude publiée mi-janvier par Counterpoint Research, une société internationale de recherche spécialisée dans la technologie, l’année 2025 a marqué une accélération de la commercialisation des robots humanoïdes à l’échelle mondiale, avec environ 16 000 unités installées, dont plus de 80 % sur le marché chinois.// Les cinq principaux fabricants concentrent à eux seuls près de 73 % des parts de marché, et parmi eux, quatre sont des entreprises chinoises, telles qu’AGIBOT, Unitree ou UBTECH.
Au fond, la Chine ne vient pas à Davos pour convaincre, mais pour structurer les attentes. À l’heure où l’économie mondiale souffre moins d’un manque de discours que d’un excès d’incertitude, la Chine cherche à projeter une image de continuité, de rationalité et de stabilité. Dans ce contexte, la question n’est peut-être pas tant de savoir ce que la Chine dit à Davos, que de comprendre pourquoi, aujourd’hui, le monde a besoin d’entendre ce type de message.
