De Kabila à Tshisekedi: L’impasse des majorités relatives et la quête d’une légitimité élargie
De l’analyse comparée des cycles électoraux 2006-2023, il y a une constante et des leçons;
1. Lors de l’adoption de la Constitution par référendum en 2005, mon père, décédé un an plus tard, me parlait d’un terme similaire qu’ils avaient connu: « LIFERANDUMU ». C’est en 2005 que j’ai compris qu’il s’agissait du RÉFÉRENDUM car je l’ai vécu moi aussi. L’Abbé Malumalu savait d’ailleurs très bien l’expliquer;
2. Vint ensuite le 1er tour de l’élection présidentielle de 2006. Les résultats ne donnèrent pas de vainqueur: J.KABILA obtint 44 %, JP BEMBA, 20%, Gizenga 13% et les autres 23%.
J. Kabila fut obligé de former une coalition avec Gizenga pour espérer l’emporter;
3. Le second tour fut organisé le 29-10-2006 et remporté par J. Kabila (58%) contre JP Bemba (42%), soit un bond de 22%(les voix de tous les autres). De 44% au 1er tour, J. KABILA gagna donc 14 points, grâce à Gizenga qui devint 1er Ministre (1ère coalition en 2007);
4. En 2011, la victoire n’était plus assurée car la grogne populaire grandissait progressivement dans le pays. Le peuple, qui avait pourtant adhéré à la chanson de TSHALA MUANA (VOTEZ, VOTEZ, VOTEZ..), tardait à voir les promesses se réaliser. Une révision constitutionnelle fut alors opérée pour supprimer le 2è tour, car l’issue d’un nouveau face-à-face était incertaine et fatale;
5. Les résultats du tour unique de 2011 donnèrent raison aux stratèges : J. Kabila fut élu pour son dernier mandat par une majorité relative de 48%, non sans contestation face à Etienne Tshisekedi;
6. Alors que la fin du mandat approchait, des concertations furent organisées dès 2013 pour tenter de sonder l’opinion. Puis vint 2016, et cette tentative de passage en force ne tint pas. La grogne s’intensifia. Des « cartons rouges » sortirent de partout, menant finalement à l’organisation du dialogue dit de la « Saint-Sylvestre » pour obtenir un glissement et le maintien au pouvoir. Un gouvernement dirigé par Samy BADIBANGA fut d’abord nommé, puis celui de Bruno TSHIBALA, le tout sur une période de deux ans;
7. L’année 2018 fut considérée comme la ligne rouge. La population monta au créneau, ne laissant d’autre choix que d’organiser les élections. La famille politique du Président sortant aligna son TICKET. Mais, comme en 2006 et 2011, l’opinion resta méfiante. Si le « créateur » n’avait jamais franchi le cap de 50 % au 1er tour, la « créature » ne pouvait que subir le sort similaire car en matière électorale les voix ne sont toujours pas transférables. Qui pour prédire? Pourtant, c’était scientifiquement visible, mais la raison et la politique marchent difficilement ensemble;
8. En 2019, la centrale électorale publia les résultats: F.TSHISEKEDI ne franchit pas non plus la barre des 50%, obtenant une majorité relative de 38%;
9. Une coalition (la 2ème) fut formée et le gouvernement FCC-CACH fut constitué le 26 août 2019 sur les cendres de la méfiance. La coalition ne tarda pas à exploser car un revirement spectaculaire se produisit au Parlement suivi de la création de l’Union Sacrée de la Nation en décembre 2020. En avril 2021,Sama Lukonde dirigea le gouvernement, remplaçant Ilunga Ilunkamba, déchu par motion de censure le 27-01-2021;
10. Les élections de 2023 suivirent, et F. Tshisekedi les remporta par une majorité absolue de 74%, soit un bond de 36 points d’opinion favorable par rapport à son score de 2018;
11. En faisant la lecture politologique des élections depuis 2006, une constante apparaît: en #RDC un Président n’avait jamais franchi le cap de 50% d’opinion favorable avant 2023, car 2006,44%; 2011 et 2018,48% et 38%;
12. Ce sont des chiffres qui parlent, ce sont des faits vérifiables et la leçon à tirer est là: la quête d’une légitimité élargie nécessite la compréhension des dynamiques politiques au fil de temps et non le recours aux armes entre cycles électoraux. C’est ça être démocrate.
Alors, qui veut/peut sauver les CONGOLAIS?
Bon dimanche
Julien Paluku Kahongya, Ministre du Commerce Extérieur et Doctorant en Sciences Po/UNIKIN.
