Démission de Modeste Bahati Lukwebo au bureau du Sénat : Machination ou rébellion interne ?
Un départ qui soulève des questions
Dans un climat politique tendu, la démission de Modeste Bahati Lukwebo de son poste de deuxième vice-président du Sénat a surpris plus d’un observateur. Figure influente de l’Union sacrée, famille politique du président Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, le sénateur dénonce ce qu’il considère comme une cabale orchestrée par ses propres « frères » du Sud-Kivu.
Entre pertes personnelles dues à la guerre à l’Est et accusations internes, l’opinion s’interroge : qui se cache derrière cette machination ?
Un homme pris entre deux feux
Victime de la rébellion qui sévit dans l’Est du pays, Modeste Bahati Lukwebo a vu l’intégralité de ses biens saisis ou détruits : Hôtels, résidences, véhicules, ambulances destinées à la population, bus de transport : un patrimoine considérable, bâti en grande partie dans ses fiefs du Nord et Sud-Kivu, aujourd’hui pillé ou occupé par les groupes armés.
Mais le sénateur affirme aujourd’hui être pris pour cible non seulement par l’ennemi extérieur, mais également au sein même de sa famille politique. Selon des sources proches du dossier, certains membres influents de l’Union sacrée originaires du Sud-Kivu chercheraient à « en découdre » avec lui qui, d’ailleurs ont influencé d’autres sociétaires pour ne pas être visible. Trop tard, vous êtes connus et Modeste Bahati Lukwebo dispose de toutes les preuves d’accusation aux différents services de sécurité.
Compétence et convoitises : le prix de l’organisation
Pour les observateurs avertis, la raison de ces attaques est à chercher du côté de la stature politique de Bahati Lukwebo. À la tête de l’AFDC, l’un des regroupements politiques les mieux structurés de l’Union sacrée, il paierait aujourd’hui son sens de l’organisation et ses compétences managériales.
« Sa rigueur et l’influence de son parti lui attirent des jaloux. On lui reproche désormais, de manière infondée, une complicité avec la rébellion dans l’Est. Une accusation gravissime qui, selon les lois en vigueur, est passible de la peine de mort », analyse un juriste qui a requis l’anonymat.
Un accusateur a notamment été identifié grâce à un audio circulant sur les réseaux sociaux, dont l’authenticité ne fait, selon plusieurs sources, guère de doute.
« Mon propre frère veut m’envoyer à la mort» : le chagrin de Bahati Lukwebo
Dans un enregistrement poignant adressé à Monseigneur l’archevêque, le sénateur se confie à son « père spirituel ». Il y exprime sa stupéfaction et sa douleur après avoir appris que l’honorable Basengezi Katintima, accompagné du Mwami Ndatabaye, l’aurait accusé de soutenir la rébellion.
« Je ne pouvais pas m’attendre qu’un frère puisse envoyer un autre frère à la mort […] Un tel mensonge ne passe pas. Vous qui vivez là-bas chez nous, vous connaissez la réalité : il n’y a pas plus victime que moi », confie-t-il, la voix empreinte de détresse.
Il rappelle avoir perdu plusieurs proches dans le conflit et énumère les réalisations sociales accomplies pour sa communauté : camions anti-incendie, forages, écoles, hôpitaux, stade de Fulu, réalisés par sa fondation. « Et au jour d’aujourd’hui qu’on vienne m’accuser par mon propre frère, je ne peux que vraiment exprimer mon chagrin. Mon chagrin extrême. »
Incompétence ou acharnement politique?
Face à cette démission, les pétitionnaires évoquent un motif d’« incompétence ». Une accusation que l’opinion peine à avaler. « Alors président du Sénat jusqu’au terme de son mandat, il n’a pas été jugé incompétent. Il le deviendrait soudainement au poste de deuxième vice-président ? », s’interroge l’opinion nationale.
Pour de nombreux analystes, cette affaire révèle davantage les fractures internes au sein de l’Union sacrée, à l’approche des échéances politiques majeures.
Appel à la raison
Alors que l’audio de Modeste Bahati Lukwebo continue de circuler et d’alimenter les conversations, l’intéressé semble miser sur la médiation de ses aînés et sur la raison. « Chers sénateurs issus des élections chaotiques et contestées, veuillez trouver d’autres alibis », concluent amers, certains membres de la société civile, dénonçant ce qu’ils perçoivent comme un règlement de comptes politique.
Reste à savoir si cette démission marque un simple réajustement au bureau du Sénat ou le début d’une crise plus profonde au sein de la coalition présidentielle.
Pius Romain Rolland
