Deux poids, deux mesures : quand la justice américaine devient un instrument d’intérêts [Par Jonas Tshiombela]
L’annonce tonitruante de l’inculpation du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse par la justice américaine relance une vieille question jamais résolue : la justice internationale est-elle un principe universel ou un outil géopolitique à géométrie variable ? Les États-Unis prétendent juger Nicolás Maduro au nom des « intérêts américains », pour narcotrafic, terrorisme et menaces à leur sécurité nationale. Soit. Mais qu’on ne nous parle pas de morale universelle, encore moins de justice globale. Nous sommes ici face à une justice sélective, opportuniste et profondément politique.
L’histoire récente est éloquente. Manuel Noriega au Panama, autrefois allié stratégique, fut capturé lorsque ses services ne furent plus utiles. Saddam Hussein, longtemps soutenu, fut renversé et exécuté lorsque ses intérêts divergèrent de ceux de Washington. Aujourd’hui, Nicolás Maduro subit le même sort, non parce qu’il serait soudain devenu criminel, mais parce qu’il est devenu gênant.
Pendant ce temps, Paul Kagame, au pouvoir depuis plus de trente ans, continue d’opérer dans une impunité presque sacrée. Pourtant, les faits sont documentés, établis et largement reconnus par les Nations Unies : pillage systématique des ressources naturelles de la République Démocratique du Congo, près de 10 millions de morts, plus de 7 millions de déplacés internes, déstabilisation permanente de l’Est du Congo, mépris répété des accords régionaux et internationaux.
Même après la signature d’accords à Washington, Paul Kagame les a ouvertement défiés, allant jusqu’à encourager ou couvrir la prise d’Uvira. Aucune sanction sérieuse. Aucune inculpation. Aucun mandat. Pourquoi? Parce que le Rwanda demeure un allié stratégique, un pion utile, un relais régional des intérêts occidentaux. Voilà le cœur du problème : la justice américaine ne s’active pas pour les peuples, mais pour les intérêts.
Ce qui se joue contre Maduro n’est pas une victoire de la justice internationale, mais une démonstration de force impériale. Qu’on soit clair : il ne s’agit pas de défendre Nicolás Maduro, ni d’absoudre qui que ce soit. Il s’agit de dénoncer l’hypocrisie. La justice qui choisit ses cibles perd toute légitimité morale. Le drame congolais, lui, ne mobilise pas cette justice expéditive. Parce que le sang congolais, manifestement, ne pèse pas assez lourd sur la balance des intérêts géopolitiques. Dès lors, une vérité s’impose avec force :le salut du Congo ne viendra ni de Washington, ni de Bruxelles, ni des tribunaux étrangers. Il viendra des Congolais eux-mêmes. De leur lucidité politique, de leur unité, de leur courage et de leur refus de rester éternellement les victimes silencieuses d’un ordre international injuste.
La RDC ne réclame pas la charité. Elle exige la cohérence, l’égalité devant le droit et la fin de l’impunité sélective. À défaut, les grandes puissances devront assumer une vérité dérangeante : elles ne défendent pas la justice, elles défendent leurs intérêts. Et l’Histoire, tôt ou tard, les juge
