En RDC, la situation reste très tendue malgré les efforts diplomatiques

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La situation sécuritaire et politique en République démocratique du Congo (RDC) demeure « extrêmement tendue », a déclaré jeudi une haute responsable de l’ONU au Conseil de sécurité.

Malgré la volatilité de la situation, la mission de paix des Nations Unies, la MONUSCO, demeure résolue à s’acquitter de son mandat, tandis que se poursuivent les efforts régionaux visant à rétablir la paix.

Vivian van de Perre, Représentante spéciale adjointe chargée de la protection et des opérations au sein de la mission, a expliqué que les Casques bleus poursuivent l’ensemble de leurs activités en Ituri et continuent de soutenir le cessez-le-feu au Nord-Kivu tout en assurant la protection des civils. Au Sud-Kivu, ils se concentrent exclusivement sur les fonctions liées au cessez-le-feu.

La MONUSCO est présente en RDC depuis juillet 2010, ayant pris le relais d’une précédente opération de maintien de la paix de l’ONU dans le cadre d’un conflit découlant du génocide de 1994 contre les Tutsis au Rwanda voisin. Le mandat de la MONUSCO comprend la protection des civils ainsi que le soutien apporté aux autorités congolaises pour stabiliser le pays et consolider la paix.

Une situation « alarmante »

Le point de situation présenté par la Représentante spéciale adjointe intervient alors que les affrontements entre le groupe rebelle M23 et les forces soutenant le gouvernement de Kinshasa s’intensifient au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, et ce, malgré le retrait du M23 d’Uvira en janvier.

La violence s’étend également vers la frontière avec le Burundi, faisant craindre un conflit régional de plus grande envergure.

Dans la province de l’Ituri, « la situation demeure alarmante », les attaques rebelles faisant des victimes, provoquant des déplacements de population et causant des dégâts aux infrastructures, a indiqué la responsable de l’ONU.

« Les récentes hostilités entre le gouvernement et l’AFC/M23 ont également été marquées par le recours croissant à des drones offensifs, ainsi que par la poursuite du brouillage et de la falsification des signaux GPS », a précisé Mme van de Perre.

Les attaques d’un autre groupe rebelle, les ADF, ont également repris dans le territoire de Mambasa, en Ituri, loin de leurs zones d’opérations habituelles.

Impulsion diplomatique

« Malgré ces défis, les efforts diplomatiques visant à soutenir la mise en œuvre des processus de paix en cours se poursuivent », a déclaré Mme van de Perre.

Elle s’est félicitée de l’engagement renouvelé de la RDC et du Rwanda à faire progresser les Accords de Washington, à la suite de leur réunion des 17 et 18 mars dans la capitale américaine, au cours de laquelle les deux parties ont convenu de mesures concrètes pour mettre en œuvre l’accord de paix et apaiser les tensions.

Elle a également relevé les progrès accomplis dans le cadre du processus de Doha et des initiatives menées par l’Union africaine, qui ont contribué à l’établissement d’un cadre de cessez-le-feu.

Mme van de Perre a ajouté qu’une récente « mission exploratoire conjointe » à Uvira a permis de constater que des garanties de sécurité et la liberté de circulation sont indispensables avant de pouvoir procéder à un déploiement de Casques bleus.

Elle a exhorté le Conseil à user de son influence pour concrétiser ces progrès par la réouverture rapide des aéroports de Goma et de Kavumu (qui dessert la ville de Bukavu), ainsi que par la reprise des vols.

« J’encourage tous les acteurs politiques et ceux de la société civile à trouver un terrain d’entente quant à la portée, aux objectifs et aux modalités du dialogue national », a-t-elle affirmé.

Vivian van de Perre a indiqué que la MONUSCO continue d’assurer une protection sur le terrain, ayant notamment accueilli près de 3 000 civils qui, fuyant les violences perpétrées par des milices rebelles dans le village de Djaiba, avaient trouvé refuge dans la base de l’ONU à Fataki, en Ituri.

Elle a souligné que le soutien apporté par la Mission — incluant la conduite de 204 patrouilles — a permis à 18 000 agriculteurs de récolter et de transporter leurs récoltes.

Toutefois, elle a insisté sur le fait qu’un renforcement de la gouvernance et une réforme du secteur de la sécurité sont essentiels pour que l’État puisse s’acquitter de sa responsabilité première, à savoir la protection des civils. Parallèlement, les efforts de désarmement et de rapatriement doivent progresser de concert afin d’apaiser les tensions.

Dans ce contexte, « le paysage humanitaire a radicalement changé », a déclaré la responsable de l’ONU, ajoutant que 6,4 millions de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays.

« Si les efforts humanitaires actuels demeurent essentiels, ils sont insuffisants et compliqués par d’importants défis de financement », a-t-elle ajouté, précisant que 26,6 millions de personnes — soit un quart de la population — devraient être confrontées à l’insécurité alimentaire en RDC cette année.

« L’action humanitaire ne peut, à elle seule, porter le fardeau de la paix, en particulier dans un contexte où les acteurs humanitaires continuent d’être pris pour cibles, dix incidents ayant été signalés depuis décembre 2025 », a affirmé Mme van de Perre.

Violations des droits humains

Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme en RDC a continué de documenter de graves violations des droits humains commises tant par des groupes armés que par des acteurs étatiques, depuis le dernier briefing du Conseil de sécurité en décembre 2025.

« Depuis décembre 2025, 173 cas de violences sexuelles liées au conflit ont été confirmés, touchant 111 victimes — principalement des femmes et des filles —, ce qui ne représente, comme nous le savons, que la pointe de l’iceberg ».

Mme van de Perre a également alerté sur le fait que les restrictions d’accès imposées à la MONUSCO entravent sa capacité à surveiller, enquêter et faire rapport sur les exactions, tandis que les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes et les acteurs de la société civile opérant dans les zones contrôlées par les rebelles continuent de faire face à l’intimidation et à la détention arbitraire.

Elle a par ailleurs souligné que le travail forcé des enfants demeure une préoccupation majeure sur les sites d’exploitation minière artisanale, où cette exploitation contribue à alimenter le conflit.

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