Faute de perspective géopolitique solide, Kabund sans arguments sur le dialogue (Pitchou Mulumba et Moïse Musangana)

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Comment la guerre va s’arrêter avec, notamment, un dialogue inclusif ? Qu’est-ce que vous attendez justement de ce dialogue inclusif, comment sauvera-t-il des vies humaines ? Sur quoi fondez-vous votre optimisme de croire que le dialogue inclusif va taire les armes, sachant que des accords ont été signés à travers les processus de Doha et de Washington et que les armes ne se sont pas tues ? Comment, par miracle, ce dialogue, peut faire taire les armes ? Si les Etats-Unis d’Amérique, première puissance militaire mondiale arrivent justement à mettre autour de la table les protagonistes qui signent des accords qui ne sont pas finalement respectés, comment vous, avec quels moyens, quels leviers, vous allez faire en sorte que ce dialogue puisse faire taire les armes ? Comment, par miracle, ce dialogue, peut faire taire les armes ? Ancien président intérimaire de l’UDPS et ancien 1er vice-président de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund s’est planté devant ces questions pointilleuses du journaliste Patient Ligodi de RFI. Il a brillé par des réponses évasives, des contradictions frontales et un discours flottant. Il est resté prisonnier de ses propres amalgames, incapable d’expliquer comment ce dialogue ferait taire les armes à l’est et faire plier le Rwanda dans son aventure funeste au Congo.

L’opposition démocratique n’est pas un exercice d’improvisation. Elle exige cohérence, clarté et courage. L’intervention de Jean-Marc Kabund sur RFI a montré l’inverse. Un discours flottant. Des réponses évasives. Des contradictions frontales. Face aux questions précises de Patient Ligodi, l’ancien président intérimaire de l’UDPS a semblé prisonnier de ses propres amalgames.

Le dialogue comme slogan, pas comme stratégie

 

«Grand invité» de RFI, Jean-Marc Kabund a loupé l’occasion en or qui lui lui offerte à travers cette tribune internationale pour convaincre les Congolais du bien-fondé de sa démarche politique sur fond du dialogue inclusif. Sa piètre prestation a montré l’inverse. Il est passé vraiment à côté de la plaque. Kabund, alors qu’il prône un « dialogue inclusif » pour sortir la RDC de la crise, s’est avéré incapable d’expliquer comment ce forum ferait taire les armes à l’est. Confronté aux accords internationaux déjà signés et non respectés, il oppose l’histoire des dialogues passés. Argument fragile.

Du reste, il semble ne pas maîtriser ladite histoire dans la mesure où, à part le Dialogue inter Congolais de Sun City, la Conférence nationale souveraine ainsi que le Dialogue du Centre interdiocésain qu’il évoque n’ont pas eu lieu à la suite des conflits armés. La Conférence nationale souveraine a été dictée par l’impératif de faire migrer le pays vers la démocratisation après l’abolition du rôle dirigeant du MPR parti-État par le maréchal Mobutu à la suite de son discours du 24 avril 1990. Il en est de même du Dialogue piloté par les évêques catholiques après l’échec de celui conduit par le Togolais Edem Kodjo. Il a été suscité expressément par le président Joseph Kabila qui entendait ainsi glisser après son deuxième et dernier mandat constitutionnel dont l’échéance arrivait à terme le 20 décembre 2016. Il a joué et gagné parce qu’ayant bénéficié par la suite d’une transition (glissement) de deux ans. La RDC n’était pas en rupture de paix du fait de la guerre. Le M23, première version, avait été vaincu trois ans plus tôt par les FARDC, appuyées par la Brigade de la MONUSCO. Ses membres résiduels avaient trouvé refuge en Ouganda et au Rwanda. Même alors, le Dialogue inter Congolais tenu en Afrique du Sud a connu comme sous-bassement l’Accord de Lusaka, résultat de l’engagement de la communauté internationale, qui avait fait taire au préalable les armes.

Si les puissances mondiales, en l’occurrence les USA, n’ont pas réussi jusque-là à imposer la paix, comment un forum politique interne, sans leviers contraignants, sans contrôle et pouvoir sur les troupes rwandaises, y parviendrait-il ? La question est simple. Mais, la réponse n’est pas venue.

La contradiction devient flagrante lorsque Jean-Marc Kabund se fixe les lignes rouges à ne pas franchir en cas du dialogue. Il exige le respect, notamment de la Constitution. Mais, quelle disposition constitutionnelle fait d’un forum informel souverain pour décréter en plein mandant légitime et légal le changement de l’ordre institutionnel pour organiser une transition devant conduire le pays aux élections ? Il suggère en creux un schéma de dialogue incluant des groupes armés soutenus par l’étranger. Or, la Constitution congolaise, dont il ne tolère pas la transgression, proscrit clairement la prise de pouvoir par les armes.

Sur quel fondement juridique reposerait une telle démarche ? Y a t-il eu un putsch militaire, un coup d’Etat ou une révolution devant conduire à la tabula rasa ? Silence. L’appel au dialogue devient alors un slogan, non une stratégie. La question de RFI de savoir ce que Jean-Marc Kabund attend du dialogue inclusif trouve donc une réponse : le partage équitable et équilibré du pouvoir.

Entre reconnaissance de l’agression et relativisation

Plus troublant encore, c’est le raisonnement du président du parti Alliance pour le changement sur le Rwanda. Kabund reconnaît la présence militaire rwandaise sur le sol congolais. Il parle d’exactions. Il évoque même une annexion de fait d’une partie du territoire national. Puis, dans la même phrase, il relativise cette agression en la renvoyant à la « mauvaise gouvernance » interne. Comme si l’invasion d’un territoire pouvait se justifier par les failles de celui qui en est victime. Ce glissement est dangereux. Il brouille la responsabilité première. Il dilue la gravité de l’ingérence étrangère.

En effet, l’ancien président intérimaire de l’UDPS développe la même rhétorique que beaucoup d’autres avec lesquels ils forment le camp des détracteurs du régime actuel. Comme eux, il tente de banaliser la présence des troupes rwandaises sur le sol congolais qu’il reconnaît, «congoliser» la crise pour déresponsabiliser le régime de Paul Kagame sur les crimes perpétrés en RDC. Il note ainsi sans scrupule que le véritable problème du Congo, c’est la mauvaise gouvernance à la base du désordre général qui l’exposerait a l’agression rwandaise ! Une déclaration en flagrante contradiction avec tous les rapports des experts de l’ONU et des organismes internationaux crédibles, non sans compter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, particulièrement les 2773 et 2808, qui n’épargnent pas le Rwanda sur ses razzias en RDC.

La critique de la gouvernance est légitime. Elle est même nécessaire. Mais, elle ne peut servir d’alibi à l’effacement des lignes rouges. Aucun État n’accepte que son intégrité territoriale devienne une variable d’analyse. À ce compte-là, toutes les agressions trouveraient une excuse.

Évoquant le rapprochement entre le pouvoir de Kinshasa et le M23 dans le cadre du processus de Doha, il apparaît en réalité une confusion dans le chef de Jean-Marc Kabund. Les processus de Washington et de Doha ne sont pas nés ex nihilo : ils constituent les prolongements des initiatives de Luanda et de Nairobi, qui avaient échoué le 14 décembre 2024 après le refus du président rwandais de se rendre à Luanda pour la signature prévue. Le processus de Luanda portait sur les relations entre la RDC et le Rwanda, tandis que celui de Nairobi concernait le gouvernement congolais et les groupes armés. Ce dernier avait été suspendu lorsque le M23 avait repris les hostilités, notamment avec l’attaque ayant conduit à la prise de la cité de Bunagana.

Kabund invoque ensuite l’héritage d’Étienne Tshisekedi. Il dénonce un « système » prédateur qui aurait survécu aux alternances. Le constat n’est pas nouveau. Il est même largement partagé. Mais, il oublie un détail décisif : il fut lui-même l’un des piliers du pouvoir qu’il condamne aujourd’hui. L’homme, qui appelait hier à la loyauté, se pose désormais en procureur. Cette conversion tardive interroge. Elle affaiblit la portée de son discours.

C’est à se demander si Jean-Marie Kabund appréhende le concept «système politique» quand il affirme que l’UDPS, au pouvoir, n’a pas opéré une rupture pour mettre le pays sur l’orbite de la bonne gouvernance, voire du développement. Cependant, même si aucune excuse ne peut être trouvée pour les actuels dirigeants, il oublie que, sans majorité parlementaire, son ancien parti politique n’avait pas les coudées franches pour tracer sa politique. C’est qui a conduit à la triste alliance FCC-CACH. D’ailleurs, il avait court-circuité dès le départ le chef de l’Etat à ne pas nommer un «Informateur» relativement à sa déclaration faite fin février 2019 devant la presse en Namibie, en marge du Sommet de la SADC. A son insu, il avait, le 05 mars 2019, signé conjointement avec le professeur Néhémie Mwilanya un communiqué proclamant le FCC majoritaire et demandant à l’ancien président Joseph Kabila de désigner le Premier ministre. Il avait ainsi coupé les ailes à Félix Tshisekedi.

De toutes les façons, Jean-Marc Kabund se réfugie derrière la gouvernance pour cacher les mobiles à la base des sanctions qui ont mené à sa chute. Il a été indigne de ses responsabilités et de son rang en semant la zizanie sur la voie publique où il a troué des pneus des véhicules des paisibles citoyens et fait fouetter par sa garde rapprochée, notamment, des éléments de la garde présidentielle. Ce qui lui a valu en son temps des représailles de cette unité d’élite. Il y a plus. Propagateur de faux-bruits, il n’a pas été non plus en mesure d’étayer ses déclarations devant la justice qu’il jette, avec raison, en pâture.

Le Mythe du dialogue comme remède universel     

Son plaidoyer pour un dialogue « salvateur » s’appuie sur les précédents historiques : Conférence nationale souveraine, Sun City, accords politiques successifs. Certes, ces rencontres ont parfois suspendu les combats. Mais, elles ont aussi produit des compromis fragiles, des transitions interminables et des institutions hybrides. Le dialogue, dans l’histoire congolaise, a souvent gelé les crises sans les résoudre. Le présenter comme remède universel relève d’une mémoire sélective.

La réalité est plus rude. La paix ne se décrète pas autour d’une table si les rapports de force sur le terrain ne changent pas. La gouvernance ne se réforme pas par incantation si les mécanismes de prédation demeurent intacts. Et la souveraineté ne se négocie pas avec ceux qui la violent.

Ce qui manque aux propos de Kabund, c’est une ligne. Une hiérarchie des urgences. Une vision opérationnelle. Il dénonce tout, explique peu, propose moins encore. L’opposition n’est crédible que lorsqu’elle éclaire. Pas lorsqu’elle entretient la confusion.

La RDC traverse une crise grave. Elle mérite mieux que des formules creuses. Mieux que des parallèles hasardeux entre Mobutu, Kabila et Tshisekedi. Mieux que des raisonnements qui placent sur le même plan agresseur et victime. La critique doit viser juste, sinon elle devient un bruit de fond.

Il est temps pour les acteurs politiques, majorité comme opposition, de sortir des postures. Le pays n’a plus le luxe des querelles de tribune. Il a besoin de propositions précises : réforme de l’armée, restauration de l’État, diplomatie offensive, justice indépendante. Le reste n’est que rhétorique.

Jean-Marc Kabund voulait apparaître comme l’homme d’une alternative. Son intervention a surtout révélé l’impasse d’une parole sans cohérence. À force de dénoncer tous les systèmes, on finit par ne plus incarner aucune solution.

L’histoire congolaise est sévère avec ceux qui confondent critique et clairvoyance. Elle l’est davantage encore avec ceux qui banalisent les menaces extérieures au nom des faiblesses internes. Car un pays peut survivre à une mauvaise gouvernance. Il survit rarement à l’effacement de sa lucidité.

Le débat reste ouvert. Mais il exige désormais une exigence minimale : la vérité des faits, la cohérence des positions, et le sens de l’intérêt national. Sans cela, le dialogue invoqué par Kabund ne sera qu’un mot de plus dans la longue liste des illusions politiques congolaises.

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