Géopolitique des minerais critiques et diplomatie régionale  (Par JB Mofiling, Analyste, Journaliste et Penseur indépendant)

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Le sommet consacré aux minerais critiques, initialement conçu comme un forum ministériel, a pris une dimension politique inattendue lorsque le président Félix Tshisekedi est apparu comme le seul chef d’État étranger aux côtés du président américain.

Cette configuration singulière a transformé un événement technique en scène diplomatique majeure, où la mise en avant du dirigeant congolais a été soigneusement orchestrée. Le fait que les deux seuls présidents présents soient celui du pays hôte et celui du pays détenant la ressource stratégique la plus convoitée n’est pas anodin. Il s’agit d’un signal clair envoyé par Washington : la République démocratique du Congo est désormais considérée comme un partenaire central dans la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Cette mise en scène s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par une rivalité croissante entre les États‑Unis et la Chine autour des minerais critiques, indispensables aux technologies de défense, aux batteries, à l’électronique et à la transition énergétique. Depuis deux décennies, Pékin domine non seulement l’extraction de plusieurs de ces minerais, mais surtout leur raffinage et leur transformation industrielle. Washington cherche aujourd’hui à inverser cette dépendance structurelle.

Dans cette stratégie, la RDC occupe une place unique : elle concentre environ 70 % des réserves mondiales connues de cobalt, un minerai critique essentiel aux batteries modernes. Cette centralité ne signifie pas que la RDC détient 70 % de tous les minerais critiques, mais elle fait du pays un pivot incontournable pour toute tentative américaine de sécuriser des approvisionnements alternatifs et de réduire l’emprise chinoise sur la chaîne de valeur.

C’est dans ce cadre que les éloges publics adressés par le président américain à Félix Tshisekedi prennent tout leur sens. Ils traduisent une volonté de consolider un partenariat politique avec Kinshasa, au‑delà des accords techniques déjà en place. L’offre de disponibilité formulée par le président américain, rare dans un contexte multilatéral, renforce cette impression d’un rapprochement assumé.

Washington semble vouloir faire de la RDC non seulement un fournisseur stratégique, mais aussi un interlocuteur politique privilégié dans la région, capable de soutenir une stratégie plus large de diversification des sources d’approvisionnement.

Pourtant, cette singularisation intervient dans un moment délicat pour l’Afrique centrale. Les tensions régionales restent vives, les risques d’escalade ne sont pas écartés, et les équilibres politiques demeurent fragiles. L’absence des autres dirigeants de la région, alors même que les enjeux économiques et sécuritaires sont étroitement liés, souligne la complexité du moment.

En valorisant un seul acteur, les États‑Unis évitent d’avoir à gérer des rivalités régionales ou des sensibilités diplomatiques exacerbées. Mais cette mise en avant exclusive peut aussi avoir des effets secondaires : en apparaissant comme le partenaire privilégié de Washington dans un dossier aussi stratégique, Tshisekedi renforce sa stature internationale tout en s’exposant à un risque d’isolement régional. Dans un espace où les interdépendances sont fortes et où la perception d’un alignement exclusif peut rapidement devenir un facteur de crispation, cette visibilité exceptionnelle constitue autant un atout qu’un défi.

Enfin, il faut rappeler que la centralité de la RDC dans les minerais critiques ne signifie pas un contrôle américain sur les ressources. Même avec un partenariat renforcé, Washington ne détient ni le monopole de l’extraction ni celui du raffinage, largement dominé par la Chine. Ce que les États‑Unis cherchent à sécuriser, ce n’est pas la totalité des réserves mondiales, mais un accès stable et politiquement fiable à une ressource stratégique.

La rencontre entre les deux chefs d’État s’inscrit donc dans une stratégie plus large : repositionner la RDC au cœur d’une chaîne de valeur rééquilibrée, tout en envoyant un signal géopolitique fort à Pékin et aux autres acteurs régionaux.

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