Germain Kambinga démonte le lien établi avec l’appréciation du franc congolais
En pleine controverse autour des retards de paiement des agents publics, Germain Kambinga est monté au créneau pour contester l’argument selon lequel l’appréciation du franc congolais serait à l’origine des tensions de trésorerie observées dans le chef de l’État. Pour lui, établir un lien de causalité direct entre la stabilité – voire l’appréciation – de la monnaie nationale et les retards structurels de paiement relève d’une « lecture partielle et méthodologiquement fragile ».
Depuis plusieurs semaines, des retards dans le versement des salaires des fonctionnaires suscitent inquiétudes et frustrations au sein de l’administration publique en République Démocratique du Congo. Enseignants, personnels de santé et agents des services centraux dénoncent des paiements tardifs qui compliquent leur quotidien et fragilisent davantage leur pouvoir d’achat.
Dans ce contexte, certaines analyses ont tenté d’expliquer ces retards par l’évolution récente du franc congolais sur le marché des changes. Selon cette thèse, l’appréciation de la monnaie nationale aurait réduit les marges de manœuvre budgétaires de l’État, notamment en ce qui concerne les recettes libellées en devises.
Germain Kambinga rejette catégoriquement cette interprétation. D’après lui, les difficultés de trésorerie ne sauraient être imputées à un seul facteur monétaire. Il estime que la gestion des finances publiques repose sur un ensemble complexe de paramètres : niveau de mobilisation des recettes internes, exécution budgétaire, discipline dans les dépenses, planification des décaissements et coordination entre les régies financières et le Trésor.
« Réduire les retards de paiement à l’évolution du taux de change, c’est ignorer la dimension structurelle du problème », soutient-il en substance. Pour l’acteur politique, une telle approche occulte les responsabilités institutionnelles et les défis récurrents liés à la gouvernance budgétaire.
Les tensions de trésorerie évoquées renvoient à la capacité de l’État à honorer ses engagements financiers à court terme. Même en présence d’un budget voté et de recettes attendues, des décalages peuvent survenir entre les entrées et les sorties de fonds. Ces déséquilibres temporaires, s’ils ne sont pas maîtrisés, peuvent entraîner des retards dans le paiement des salaires.
Toutefois, pour Kambinga, ces tensions sont davantage liées à des problèmes d’anticipation, de priorisation des dépenses et de gestion des flux financiers qu’à la seule dynamique du franc congolais. Il plaide pour une analyse plus approfondie, fondée sur des données budgétaires précises et non sur des corrélations simplistes.
Au-delà du débat technique, l’enjeu est également politique. L’appréciation de la monnaie nationale est souvent présentée comme un indicateur de stabilité macroéconomique. Associer cette évolution positive à des retards de salaires pourrait, selon certains observateurs, brouiller la perception des réformes économiques engagées.
Germain Kambinga insiste sur la nécessité de préserver la cohérence du discours économique. Pour lui, il est dangereux de transformer un indicateur monétaire en bouc émissaire, au risque d’affaiblir la confiance des investisseurs et des partenaires financiers.
Cette sortie relance le débat sur la modernisation de la gestion des finances publiques. Plusieurs experts appellent à une meilleure planification des décaissements mensuels ; Le renforcement des mécanismes de contrôle interne ; La digitalisation accrue de la chaîne de la dépense ; Une transparence renforcée dans la publication des données de trésorerie.
Pour de nombreux analystes, la récurrence des retards de paiement démontre l’urgence d’une réforme structurelle, au-delà des explications conjoncturelles.
La prise de position de Germain Kambinga vient alimenter un débat crucial sur la gouvernance financière en RDC. En contestant le lien direct établi entre l’appréciation du franc congolais et les retards de paiement des fonctionnaires, il appelle à une lecture plus rigoureuse et multidimensionnelle de la situation.
Au-delà des controverses, une chose demeure : la régularité du paiement des agents publics reste un test majeur de la solidité de l’État et de la crédibilité de sa gestion économique.
Corinne Ontande
