Idjwi/Sud-Kivu : Plusieurs villages privés d’eau potable depuis deux mois
Sur l’île d’Idjwi, au cœur du Sud-Kivu, la pénurie d’eau potable n’est plus une alerte, mais une urgence vitale. Depuis deux mois, plusieurs villages du groupement Nyakalengwa vivent au rythme de la soif, contraints de puiser leur survie dans les eaux polluées du lac Kivu. Une situation dramatique qui fait planer la menace des maladies hydriques sur des milliers de vies.
Dans les villages de Mulamba, Kilala, Mazina et Karama, l’eau potable est devenue une denrée rare. La société civile locale tire la sonnette d’alarme face à ce qu’elle qualifie de « bombe sanitaire à retardement ». « La population n’a plus accès à une eau salubre depuis près de deux mois », alerte Hermando Zabona, président de la société civile de Nyakalengwa. Selon lui, cette pénurie touche une large partie de la chefferie Ntambuka et plonge les habitants dans une vulnérabilité extrême.
Faute de sources sûres, les familles se rabattent sur le lac Kivu, malgré les risques évidents. « Nous savons que cette eau n’est pas propre, mais avons-nous le choix ? », se désole une mère de famille de Mazina, tenant un bidon jauni par le temps. Un autre habitant de Kilala confie, la voix grave : « Chaque jour, nous craignons le choléra ou la diarrhée, surtout pour nos enfants. » Des témoignages qui traduisent une peur quotidienne, silencieuse mais profonde.
Face à ces accusations, le comité d’adduction d’eau de Nyakalengwa avance une autre explication. Contacté, son président Mitaba pointe du doigt la pression démographique. « Le réseau date de 2005 et n’a jamais été réaménagé », explique-t-il, ajoutant que « la population a presque doublé, alors que les infrastructures sont restées les mêmes ». Une réalité technique qui, selon lui, dépasse les capacités actuelles du système.
Mais pour la société civile, ces justifications ne suffisent plus. « On ne peut pas continuer à invoquer la surpopulation pendant que les gens boivent de l’eau contaminée », réagit Hermando Zabona. Un leader communautaire de Karama renchérit : « L’eau, c’est la vie. Sans intervention rapide, nous allons droit vers une crise sanitaire majeure. » Les appels à l’action se multiplient, dans un climat de plus en plus tendu.
Sur le terrain, l’inquiétude grandit de jour en jour. « Si rien n’est fait, nous allons enterrer nos proches à cause de l’eau », lâche un notable local, amer. Les habitants de Nyakalengwa attendent désormais des réponses concrètes des autorités et des partenaires humanitaires. Car sur l’île d’Idjwi, l’urgence n’est plus seulement de boire, mais de survivre sans tomber malade.
