Insécurité au Sud-Kivu : recrudescence des attaques à Bukavu et Kabare
À Bukavu comme dans le territoire voisin de Kabare, la nuit n’est plus un moment de repos, mais une source d’angoisse permanente. Depuis plusieurs semaines, l’insécurité s’intensifie, frappant indistinctement les quartiers populaires et les zones semi-rurales du nord de la ville. Des individus armés, souvent non identifiés, surgissent à la tombée du jour, attaquant des citoyens paisibles sur leur chemin du retour. Téléphones, argent, motos, parfois même la vie : tout peut basculer en quelques minutes. « Dès 19 heures, on se presse de rentrer, parce qu’on ne sait pas si on reviendra vivant », confie une habitante de Kadutu, la voix tremblante.
Parmi les victimes, Éric Shabani, jeune père de famille, garde encore les marques visibles de cette violence aveugle. Agressé en soirée alors qu’il rentrait chez lui, il raconte avec émotion ces instants de terreur. « Ils sont sortis de l’ombre, sans un mot. L’un d’eux m’a pointé un couteau au cou pendant que l’autre fouillait mes poches », témoigne-t-il, encore sous le choc. Dépouillé de ses biens et laissé au sol, Éric dit avoir surtout perdu ce soir-là un sentiment précieux : la sécurité. « Depuis, chaque bruit me fait sursauter. Même chez moi, je ne me sens plus vraiment en paix », ajoute-t-il, le regard lourd.
Dans les communes touchées et jusque dans certaines localités de Kabare, la colère et la peur se mêlent à un profond sentiment d’abandon. Les habitants dénoncent l’inefficacité des patrouilles nocturnes et l’absence visible des forces de sécurité dans les zones les plus exposées. « On appelle au secours, mais personne ne vient. Est-ce que notre vie vaut moins que celle des autres ? » s’indigne un jeune de Nyangezi. De leur côté, certains chefs de quartier reconnaissent la gravité de la situation. « Nous sommes dépassés. Sans moyens et sans appui réel, il devient difficile de rassurer la population », admet l’un d’eux, sous couvert d’anonymat.
Face à cette spirale de violence, les habitants de Bukavu et de Kabare appellent à des actions urgentes et concrètes. Renforcement des patrouilles, éclairage public, collaboration avec les comités locaux de sécurité : les revendications sont claires. « Nous ne demandons pas l’impossible, juste le droit de vivre sans peur », plaide Éric Shabani, dont le témoignage résonne comme un cri d’alarme. Tant que l’insécurité continuera de régner à la tombée de la nuit, c’est toute une ville qui restera prisonnière de l’ombre et de l’angoisse.
