Instrumentalisation du M23-AFC: Le tocsin de la RDC au Rwanda 

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Le message du Président de la République, Félix Tshisekedi, au Forum Global Gateway 2025 a suscité beaucoup de débats dans les salons huppés de la ville province de Kinshasa et d’ailleurs. Si nombreux ont cru que c’était une faiblesse de tendre de nouveau la main à Paul Kagame, une certaine opinion pense que non seulement, Kagame a été piégé, mais aussi et surtout il a été mis devant ses responsabilités devant la Communauté internationale, d’autant plus que c’est lui qui est au centre de l’insécurité et des massacres répétitifs des Congolais depuis près de 30 ans.

Et pourtant, la participation du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, au Global Gateway Forum 2025 de Bruxelles, s’inscrivait dans la vision claire d’une Afrique souveraine, partenaire et moteur de la transformation mondiale. D’ailleurs, son message, entendu et salué par plusieurs dirigeants européens et africains, a rappelé que la RDC ne se définit pas par l’assistance, mais comme un pays-solution au cœur des équilibres du XXIᵉ siècle : solution énergétique, climatique, minière, logistique et numérique.

A ce rendez-vous international, le Chef de l’État a présenté la RDC comme un pivot géostratégique pour la connectivité du continent : un pays-pont entre les océans Atlantique et Indien, un centre énergétique capable d’alimenter la transition verte mondiale, un bassin de stabilité dont la jeunesse et les ressources peuvent refonder le partenariat Afrique-Europe sur des bases de respect mutuel et de responsabilité partagée.

À travers le Global Gateway, le Président Tshisekedi a plaidé pour un partenariat qui transforme les promesses en projets ; un partenariat d’égal à égal, orienté vers les résultats concrets : infrastructures de transport et d’énergie, corridors économiques intégrés, numérisation inclusive et renforcement du capital humain.

La RDC, par sa position, ses ressources et sa stabilité institutionnelle, s’affirme comme un acteur central de la nouvelle géo-économie mondiale, déterminée à jouer un rôle moteur dans le développement durable du continent et dans le renforcement de la coopération entre l’Afrique et l’Europe.

Au cours de ce rendez-vous, le Président de la République a eu l’occasion de remobiliser l’opinion internationale sur l’agression rwandaise dans l’Est du pays. Et dans une dynamique de lucidité et de responsabilité, il a tendu la main au Président du Rwanda.

Ce geste, empreint d’humanité et de hauteur d’État, salué par les leaders mondiaux présents, démontre sa volonté constante d’un règlement pacifique de la crise, conformément aux processus de paix en cours à la fois à Doha et à Washington DC. Il rappelle également son leadership avéré dans la contribution à la stabilité régionale et continentale.

 

Tshisekedi droit dans ses bottes

C’est dans ce contexte que le Gouvernement rwandais a, le 9 octobre 2025, publié un texte critiquant quelques passages du message du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi. Cela appelle aux commentaires suivants :

Au sujet de le l’ouverture du Président Tshisekedi qui a visité tous les neuf pays voisins, en particulier le Rwanda et l’Ouganda, pour proposer à travailler ensemble au rapprochement des peuples et des communautés, pour leur développement et leur bien-être, il faut retenir que ces propos du Président de la République expriment fidèlement la philosophie de sa diplomatie de bon voisinage. Dès 2019, le Chef de l’État Congolais a entrepris une politique d’ouverture et de rapprochement avec tous les pays limitrophes, y compris ceux avec lesquels les relations avaient été marquées par la méfiance.

Sous sa médiation et celle du Président João Lourenço d’Angola, les Présidents Paul Kagame et Yoweri Museveni ont signé à Luanda, le 21 août 2019, un Mémorandum d’entente (MoU) mettant fin à une période de tensions entre le Rwanda et l’Ouganda. Cette initiative diplomatique, saluée par les Gouvernements Rwandais et Ougandais, témoigne de la volonté constante du Président Tshisekedi d’agir en artisan de paix régionale.

Depuis lors, la République Démocratique du Congo a poursuivi une démarche cohérente et constante d’engagement en faveur de la paix, à travers le Processus de Nairobi, le Processus de Luanda, les Processus combinés de Washington et de Doha, soutenus par les États-Unis d’Amérique, le Qatar et l’Union africaine.

Ces initiatives démontrent une politique étrangère orientée vers la paix, la coopération et la stabilité collective, à rebours des accusations de confrontation portées par Kigali.

 

Depuis 2019, aucune opération militaire des FARDC n’a visé le Rwanda

Dans le discours prononcé au Forum Global Gateway 2025, le président Tshisekedi qui, à aucun moment, n’a affiché une quelconque attitude belliqueuse envers le Rwanda, l’Ouganda ou l’un quelconque de nos neuf voisins. Les propos du Président de la République doivent être replacés dans leur esprit conditionnel de légitime défense.

En effet, en droit international, une déclaration politique exprimant la vigilance ou la détermination d’un État à se défendre ne constitue pas en soi une agression. Seuls des actes militaires caractérisés, franchissant la frontière d’un État souverain avec l’intention d’y recourir à la force, peuvent être qualifiés d’acte d’agression, au sens de la Résolution 3314 (XXIX) de l’Assemblée générale des Nations Unies du 14 décembre 1974.

Or, depuis 2019, aucune opération militaire des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) n’a visé le territoire de la République du Rwanda.

À l’inverse, depuis la résurgence de la guerre en novembre 2021, des rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC établissent formellement la présence et le commandement effectif des Forces de défense du Rwanda (RDF) au sein du mouvement armé M23, ainsi que le transfert d’armements lourds et de logistique militaire en violation des résolutions du Conseil de sécurité.

Ces éléments concordants démontrent que le Rwanda exerce un contrôle effectif, continu et direct sur un groupe armé opérant en territoire étranger, en violation manifeste des principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et de non-ingérence consacrés par la Charte des Nations Unies et l’Acte constitutif de l’Union africaine.

En conséquence, l’agression du territoire de la République Démocratique du Congo par le Rwanda constitue un fait établi, tandis qu’aucun élément de preuve ne vient accréditer l’hypothèse d’une quelconque agression Congolaise envers le territoire rwandais.

 

Tshisekedi et Kagame, seuls capables d’enrayer cette escalade

Cette déclaration du Chef de l’État s’inscrit dans la continuité de la Résolution 2773 (21 février 2025) du Conseil de sécurité, qui impose une responsabilité partagée à la RDC et au Rwanda dans la restauration de la paix. Elle invite les deux pays à coopérer dans le cadre des mécanismes multilatéraux établis plutôt qu’à s’affronter sur le terrain militaire.

Contrairement à ce qu’affirme Kigali, la RDC n’a jamais rejeté ces cadres de dialogue. Au contraire, c’est le Rwanda qui en a systématiquement entravé la mise en œuvre, en continuant à soutenir militairement le M23/AFC, en violant les cessez-le-feu et en refusant de retirer ses troupes du territoire Congolais.

Le Président Tshisekedi réaffirme ainsi que la voie politique peut conduire à une désescalade durable, pour peu que chaque partie respecte les engagements souscrits.

Au rappel du boycott par le Rwanda de la signature de l’accord de paix autour du Président João Lourenço, alors que nous étions déjà à 98 % du chemin vers une paix durable, la République Démocratique du Congo confirme que le Président Paul Kagame a refusé de participer à la cérémonie finale du Processus de Luanda le 15 décembre 2024, alors que le Président Félix-Antoine Tshisekedi était présent et prêt à signer le document final, sous la médiation du Président João Lourenço d’Angola.

Ce refus a empêché la conclusion de l’Accord, malgré les dispositions déjà arrêtées par les deux délégations. La RDC a, dès lors, poursuivi son engagement pour la paix. Le 18 mars 2025, les deux Chefs d’État se sont rencontrés à Doha, sous la médiation bienveillante de l’Émir du Qatar, marquant la relance du dialogue bilatéral.

Cette dynamique a abouti à la signature de l’Accord de Washington le 27 juin 2025, instituant un mécanisme conjoint de suivi et de désescalade. Le Comité conjoint de supervision, réuni le 1ᵉʳ octobre 2025, a confirmé la poursuite du processus malgré les entraves constatées.

La Déclaration de principes de Doha, signée le 19 juillet 2025, a ensuite consolidé les engagements issus de Washington.

Le Gouvernement Congolais souligne qu’il reste impatient de voir ces engagements se traduire en actes, car chaque jour de retard équivaut à des vies congolaises perdues, des femmes violées et des villages détruits.

Cette impatience n’est pas celle d’une diplomatie précipitée, mais celle d’un peuple meurtri qui attend que la paix cesse d’être différée.

 

La responsabilité première de la désescalade incombe au Rwanda

De l’interpellation et de la main tendue du Président Tshisekedi à Kagame : « il n’est pas trop tard pour agir…ordonnez aux troupes du M23, soutenues par votre pays, de mettre fin à cette escalade qui a déjà causé suffisamment de morts. » La RDC réitère que la responsabilité première de la désescalade incombe au Rwanda, commanditaire et fournisseur du M23/AFC, dont les exactions contre les civils ont été largement documentées.

Les rapports des Nations Unies et des organismes comme Human Rights Watch font état de massacres à Kishishe, Mweso, Masisi, Rutshuru, etc., commis par les RDF ou sous encadrement de ceux-ci.

Le Gouvernement Congolais, de son côté, a démontré sa volonté constante de paix en participant à toutes les sessions de négociation, en acceptant la médiation du Qatar et des États-Unis, et en maintenant ses forces dans une posture défensive. La RDC exécutera la part de ses engagements tels que définis.

La RDC appelle le Rwanda à cesser d’instrumentaliser le M23 et à respecter les mécanismes convenus de retrait et de vérification. Du bilan humain, rappelé par le Président Tshisekedi, compté par millions depuis des années de l’avertissement « l’histoire nous jugera. »

Les propos du Président Tshisekedi rappellent une vérité tragique : la guerre en RDC a coûté la vie à plus de 5,4 millions de personnes, selon l’étude publiée par l’International Rescue Committee (IRC) dans The Lancet (2007). Ce chiffre, reconnu par les Nations Unies, demeure la référence scientifique et morale. 18 ans plus tard, conflit continue à faire des victimes, évaluées à plus de 10 millions pour l’ensemble du conflit

Qualifier ces données de « fabriquées » est une insulte à la mémoire des victimes et une tentative de négationnisme politique.

La RDC réaffirme que la paix ne peut être bâtie sur le déni des souffrances vécues, mais sur la reconnaissance des faits, la justice et la réparation pour les victimes.

 

Un acte de courage de Tshisekedi

Dans son discours au Forum Global Gateway 2025, le Président Tshisekedi a remercié le Président Cyril Ramaphosa… » dont les militaires sont tombés au champ d’honneur… »

Les propos du Chef de l’État expriment la gratitude du Peuple Congolais envers les forces de la SADC déployées dans le cadre de la Mission SAMIDRC, autorisée par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (Communiqué 1179 du 3 décembre 2023). Ces contingents, venus à la demande du Gouvernement Congolais, ont agi dans le strict respect du principe de défense collective africaine, conformément à la Charte de l’Union africaine (article 4h).

 

Les insinuations de Kigali sur une prétendue « défaite » de la SADC relève d’un cynisme

Les forces sud-africaines, tanzaniennes et malawites ont payé un lourd tribut dans leur mission de protection des populations civiles, et leur courage honore l’Afrique tout entière.

De l’option levée par le Président Tshisekedi de suspendre [l’appel aux sanctions] … en attendant la réponse du président Kagame…

Retenons que la décision du Président Félix-Antoine Tshisekedi de suspendre son plaidoyer pour des sanctions ne traduit ni faiblesse ni renoncement, mais un choix stratégique de paix. Ce geste diplomatique, salué par plus d’un, témoigne d’une volonté de laisser place à la voie politique plutôt qu’à la confrontation.

La République Démocratique du Congo continue de privilégier le dialogue tout en demeurant ferme sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du pays. Son engagement pour la paix n’exclut pas sa volonté de défendre fermement ses intérêts et sa sécurité nationale.

 

Du rappel du Président Tshisekedi dont appel …

Le discours du Président Tshisekedi à Bruxelles, surtout l’appel à la paix de braves fait à Kagame, preuve que la RDC n’est pas belligérante, constitue un acte de courage et un appel à la conscience collective. Loin de toute hostilité, il traduit la conviction que la paix véritable repose sur la vérité, la justice et la réciprocité des engagements.

Preuve que la RDC demeure fidèle à la Résolution 2773 du Conseil de sécurité, aux processus combinés de Washington et de Doha, et réaffirme sa volonté d’une paix fondée sur la dignité, la vérité, la souveraineté et la justice.

Le Quotidien

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