L’Afrique de demain s’écrira avec sa diaspora
(Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège)
Depuis plus de soixante ans, on répète que l’Afrique a besoin d’aide. C’est faux. Ce dont elle manque, c’est d’un système économique ordonné, d’institutions fiables et d’un dialogue sincère entre la terre et sa diaspora. Plus de deux cents millions d’Africains vivent aujourd’hui hors du continent. Chaque année, ils transfèrent près de cent milliards de dollars vers leurs pays d’origine, davantage que les soixante-treize milliards d’aide publique au développement. L’Afrique n’est pas pauvre, elle est simplement mal structurée.
Nos États attendent parfois que les solutions viennent d’ailleurs, pendant que leurs propres enfants financent silencieusement leurs économies. La diaspora n’est ni une abstraction stratégique ni un attachement sentimental. C’est une banque informelle mondiale qui échappe au contrôle politique. Elle prouve que les Africains font davantage confiance à leurs familles qu’à leurs institutions. Le vrai scandale n’est pas le manque d’argent, mais le déficit de confiance.
Alors que l’Europe vieillit et que l’Amérique s’essouffle, l’Afrique regarde passer le train de sa propre renaissance. Le combat du continent n’est plus celui des drapeaux, mais celui des chaînes de valeur, des marchés intégrés et de la souveraineté productive. La ZLECAf, censée incarner cette intégration, reste freinée par des égoïsmes bureaucratiques. On parle de libre-échange, mais on maintient des frontières étroites et des tarifs absurdes. On célèbre l’unité tout en taxant nos voisins plus que nos anciens colonisateurs.
La diaspora, souvent incomprise, détient pourtant la clé de la libération économique africaine. Les transferts qu’elle envoie chaque année devraient cesser de nourrir la consommation pour alimenter la production. Un dollar envoyé à la famille doit devenir un dollar investi dans une entreprise africaine. Cela suppose la création de véritables marchés d’investissement diasporique, de fonds conjoints continentaux et d’obligations souveraines garanties par les flux de remises. Ce serait la première fois que le continent financerait officiellement son avenir avec ses propres ressources.
Ceux qui quittent l’Afrique ne fuient pas la chaleur, mais l’incohérence. Le continent ne doit pas retenir ses enfants par la peur, mais par la promesse. Il doit offrir un environnement où entreprendre ne relève plus du courage, mais de la normalité. Tant que la réussite dépendra du clientélisme et que la création d’entreprise restera un parcours d’obstacles, la fuite des talents continuera.
La diaspora n’est plus une simple fuite de cerveaux, c’est une banque de savoirs externalisée. Elle ne demande qu’à contribuer, sans suspicion ni justification. Le jour où les Africains comprendront que ceux de l’extérieur ne sont pas des “étrangers”, mais des extensions de leur puissance collective, l’Afrique deviendra un bloc économique capable de rivaliser avec le monde.
Le continent ne peut plus regarder sa jeunesse traverser les mers à la recherche d’un eldorado qui n’existe plus. L’Europe vieillit, l’Amérique doute, et la puissance se déplace vers l’Est, portée par la Chine, l’Inde et les pays du BRICS. L’avenir se trouve ici, à condition d’y créer les opportunités nécessaires. Le véritable enjeu migratoire est économique, celui de bâtir des écosystèmes où les jeunes peuvent produire, innover et prospérer sans s’exiler.
Avec ses deux cents millions de citoyens dispersés et ses cent milliards de dollars de flux annuels, l’Afrique détient déjà les leviers de sa transformation. La première indépendance fut politique ; la seconde sera économique. Et celle-ci ne viendra ni de Paris, ni de Washington, ni de Pékin, mais de Dakar, Kinshasa, Lagos, Nairobi, Johannesburg, et de leurs diasporas. L’Afrique n’a donc plus besoin d’aide. Elle a besoin d’ordre, de courage et d’un projet commun.
