Le contenu concret de Kinshasa à la coopération Sud-Sud

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À Kinshasa, certaines semaines pèsent davantage qu’un sommet. Celle du 30 mars au 3 avril 2026 en fait partie. Entre la visite de la délégation d’Al Barid Bank du Maroc et les activités liées au Forum économique RDC-Angola, la capitale congolaise n’a pas seulement offert l’image d’un agenda diplomatique dense. Elle a laissé entrevoir une orientation plus profonde, celle d’une République démocratique du Congo décidée à transformer la coopération Sud-Sud en levier concret de souveraineté économique.

D’un côté, le projet de Banque du Peuple, porté dans le cadre du partenariat avec Al Barid Bank, ambitionne de renforcer l’inclusion financière, de mobiliser l’épargne intérieure, de digitaliser les paiements publics et de favoriser la formalisation progressive de l’économie populaire.

Il s’adresse aux ménages modestes, aux femmes, aux jeunes, aux micro-entrepreneurs ainsi qu’aux territoires insuffisamment couverts par les réseaux bancaires classiques. Il s’inscrit également dans la perspective de la restructuration de la CADECO SA, appelée à devenir un véritable instrument public d’inclusion financière.

De l’autre, la dynamique RDC-Angola rappelle une évidence stratégique. Aucune puissance économique sérieuse ne se construit dans l’isolement. La coopération régionale, la fluidification des échanges, la connectivité et les complémentarités transfrontalières deviennent des dimensions centrales d’une nouvelle diplomatie économique congolaise. Le lien entre ces deux séquences est plus fort qu’il n’y paraît. La Banque du Peuple relève de la souveraineté économique intérieure.

Le Forum RDC-Angola relève de la souveraineté géoéconomique régionale. L’une cherche à rapprocher l’État du citoyen par l’accès aux services financiers. L’autre vise à rapprocher la RDC de son espace stratégique naturel. Ensemble, elles traduisent une même ambition, celle de structurer à la fois la base sociale et l’environnement régional de l’économie congolaise.

C’est précisément là que la coopération Sud-Sud prend enfin son sens, non comme formule diplomatique, mais comme méthode de transformation. En s’inspirant de l’expérience marocaine d’Al Barid Bank, la RDC ne s’en remet pas à un modèle importé sans ancrage.

Elle s’appuie sur une réussite africaine de bancarisation de masse, fondée sur la proximité, l’accessibilité et la digitalisation progressive des services. Autrement dit, elle puise dans le Sud une solution conçue pour les réalités du Sud. La portée politique du projet est majeure. La volonté du Chef de l’État de doter le pays d’une vraie Banque du Peuple traduit une conviction de fond. Il ne peut y avoir ni souveraineté économique durable, ni formalisation crédible, ni mobilisation sérieuse de l’épargne nationale sans inclusion financière de masse.

Une telle banque ne serait pas une institution de plus. Elle serait une infrastructure de présence économique de l’État, un outil de confiance publique et un mécanisme de dignité pour les majorités longtemps tenues à l’écart du système bancaire. Encore faut-il aller jusqu’au bout. Car c’est souvent dans le passage du discours à l’institution que les coopérations africaines se fragilisent.

En l’espèce, le projet bénéficie d’un portage politique clair au plus haut niveau et d’une conduite rigoureuse sous l’impulsion du Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba. À ce titre, il pourrait constituer l’un des premiers résultats tangibles de la Commission mixte RDC-Maroc.

Dans le même mouvement, le dialogue économique avec l’Angola s’inscrit dans la durée, toujours sous le leadership du VPM. Kinshasa peut affirmer qu’elle n’a pas seulement multiplié les partenariats africains. Elle aura commencé à les ordonner autour d’une vision.

C’est à ce prix que la coopération Sud-Sud cessera d’être un slogan pour devenir, enfin, une stratégie.

Nico Minga, Économiste et Géostratège

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