Le Prof Jean-Robert Bwangoy conduit une délégation des pygmées chez le chef de l’Etat

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Le Professeur Jean-Robert Bwangoy, accompagné d’une délégation des peuples autochtones pygmées, ont été reçus dernièrement par le président de la République. Devant Félix Tshisekedi, ils ont dénoncé la discrimination dont ces peuples sont victimes. A en croire le porteur du projet RED+ dans la province de Mai-Ndombe, un projet pilote qui permet aux populations qui vivent tout autour de bénéficier des efforts de la conservation des forêts, il faut que le gouvernement fasse des efforts pour relever économiquement les peuples autochtones, parce que la discrimination a d’abord des origines économiques. « C’est pour cela qu’on en a discuté avec le chef de l’Etat qui avait une oreille très attentive pour les peuples autochtones, dans les zones où ils sont discriminés. Il s’agit des zones qui se trouvent tout autour de la cuvette centrale, dans la forêt équatoriale et dans les environs de la forêt équatoriale », dit-il, avant d’ajouter que le président de la République soutient tous les citoyens de ce pays indistinctement sans pour autant tenir compte des origines ethniques ou tribales.

Le Professeur Jean Robert Bwangoy était l’invité de l’émission « Coup d’œil sur l’environnement » animée le journaliste Dieudonné Sidia, dont voici les grandes lignes :

Dieudonné Sidia : Vous avez été reçu par le président de la République avec une délégation des peuples autochtones pygmées, quelle ?

Nous avons demandé d’être reçu par le chef de l’Etat accompagné des peuples autochtones pygmées et nous pouvons lui remercier sincèrement pour cette réception et cette marque de confiance. Il y a eu beaucoup de discriminations dans notre pays. Vous pouvez vous rappeler de l’épisode où on discriminait les Bayaka. Mais il y a eu quand même un bon équilibrage à l’expression des peuples autochtones pygmées, particulièrement de la cuvette et ceux environnant la cuvette. Ces populations continuent à être discriminées malgré les efforts. Je me souviens des efforts de Mobutu à Bikoro qui nous présentait les peuples autochtones comme nos propres frères. Nous sommes sur le même point. Il faut que le gouvernement fasse des efforts pour relever économiquement les peuples autochtones parce que la discrimination a d’abord des origines économiques. Il faut leur donner l’accès à l’éducation, à l’eau potable, à une santé décente. Il faudra qu’on leur donne accès aux bien que les autres peuples ont accès. C’est pour cela qu’on en a discuté avec le chef de l’Etat qui avait une oreille très attentive pour les peuples autochtones, dans les zones où ils sont discriminés. Il s’agit des zones qui se trouvent tout autour de la cuvette centrale, dans la forêt équatoriale et dans les environs de la forêt équatoriale. Il faut que l’on puisse tout faire pour qu’elles soient réintégrées.

Professeur Bwangoy : La loi portant protection et promotion des peuples autochtones fait partie de votre combat. Nous étions dans un village uniquement habité par les pygmées où vous cherchez à rapprocher les pygmées des bantous. Est-ce la même philosophie avec cette audience que le chef de l‘Etat vous a accordée ?

Exactement. Nous sommes en train de travailler pour l’émancipation des peuples autochtones pygmées. Je remercie le chef de l’Etat pour la promulgation de la loi, mais aussi l‘ensemble de cette armée des citoyens congolais qui ont participé à l’élaboration de cette loi. Je leur dit merci pour avoir reconnu les efforts de nos compatriotes pygmées qui doivent être rétribués à leur juste valeur par la République.

Vous avez pris une fille pygmée, que vous avez amené dans votre maison à Mai-Ndombe pour qu’elle étudie. L’ex-ministre de l’Environnement Eve Bazaiba s’est même déclarée marraine de cette fille-là. Pourquoi cet amour pour le peuple autochtone ?

D’abord, il faudrait dire que nous prétendons tous être chrétiens et nous avons tous été créés égaux. Pour cette fille, je vais l’envoyer à l’Université lorsqu’elle aura terminé ses études, pour avoir une éducation décente. Elle mérite d’avoir un encadrement et lorsqu’elle aura terminé ses études, elle peut servir d’exemple à d’autres filles. Nous sommes allés voir le chef de l’Etat accompagné de deux compatriotes avec une Licence de l’Institut supérieur de développement rural (ISDR) de Mbandaka et Kananga. J’ai pris la décision d’encadrer ces jeunes gens jusqu’à ce qu’ils auront leurs Doctorats. Nous sommes décidés à aider les peuples autochtones à avancer. L’objectif est de les mener à être considérés comme les citoyens ordinaires.

Qu’est-ce que le président leur a dit ?

D’abord, il leur a dit qu’en tant que président de la République, il soutient tous les citoyens de cette République indistinctement sans pour autant tenir compte des origines ethniques ou tribales. Qu’il soutient les peuples autochtones. Nous avons montré au chef de l’Etat que nous avons une population de 20 ou 30% qui ne sont pas représentés dans les institutions publiques. Nous lui avons demandé de corriger cela. Ce pays n’appartient pas qu’aux bantous et le chef de l’Etat a eu une oreille très attentive.

Vous voulez que le président les copte pour les mettre dans les institutions ?

Nous voulons que les peuples autochtones pygmées puissent, comme vous et moi, entrer dans les institutions publiques. Vous savez que nous avons une femme qui a une Licence. A quoi est-elle différente d’un homme bantou ? Pourquoi l’homme qui a le même diplôme deviendra Secrétaire général dans l’administration et pas les pygmées ? Nous ne cherchons pas à ce qu’ils soient coptés. Le problème avec les pygmées et qu’ils rencontrent des barrières. Ils se battent, mais les barrières sont là. Lorsque nous avons construit l’école à Ikita, on voudrait que les bantous puissent d’abord avoir une école avant les peuples autochtones pygmées. Ici, le travail intellectuel demande à celui qui a des capacités intellectuelles pour y répondre.

Quel est le lien entre le peuple autochtone et la conservation de la nature ?

Si ces populations n’étaient pas là, à ce jour, les forêts auraient peut-être disparues. Ce sont eux les vrais propriétaires de cette République. Ils ont protégé les forêts depuis des millénaires. La dame qui était avec nous, qui est assistante à l’ISDR, a expliqué que ce sont eux qui ont montré aux bantous comment créer le feu. Donc, ce sont eux qui ont montré beaucoup de savoirs aux bantous. Mais ce sont eux qui sont discriminés. On ne pouvait pas trouver les forêts ou les conserver si les pygmées n’avaient pas protégé çà. L’exemple que j’ai donné au chef de l’Etat, c’est celui de savoir que si le bantou trouve qu’il y a le miel, il monte lui-même récupérer le miel. Le pygmée, lorsqu’il faut récupérer le miel, monte lui-même, met de la fumée et laisse la riche pour qu’elle contribue à produire le miel.

Là où il y a les pygmées, c’est là où il y a suffisamment des forets ?

Tout à fait. C’est dans la cuvette, leur terroir qu’il y a la forêt.

Comment font-ils pour protéger la forêt ?

Vous savez que les médecins nous recommandent de manger les fruits et les légumes. Les peuples autochtones pygmées allaient faire la chasse et n’avaient pas une agriculture extensive. Ce sont les bantous qui sont venus avec une agriculture extensive.

C’est quoi le marché de crédit juridictionnel ?

Les crédits juridictionnels sont créés par ceux qui ont le mandat de la gestion des forêts au niveau gouvernemental. Ici chez nous, la Rdc avait décidé de créer un programme juridictionnel à Mai-Ndombe pour en faire une juridiction RED+. On va faire exactement comme on fait avec la vérification pour calculer la réduction des émissions. En ce qui concerne le Mai-Ndombe, il fait partie des 10 projets dans le monde choisis pour vendre les réductions des émissions. Notre projet est un projet impliqué à ce programme. On est obligé de réduire nos émissions par rapport à la juridiction, rétrocéder au Gouvernement pour le commercialiser à la Banque mondiale. Si nous avons une performance, elle est partagée avec la province. Nous devons travailler avec la province pour trouver toujours la performance.

La Banque mondiale a un prix très bas. Le gouvernement souhaitait vendre à 100$, pendant que la Banque mondiale propose à 5$ ?

Prenons une concession de circonscription foncière de la taille de de 300.000 hectares. Combien 300.000 hectares de cette concession ont rapporté à l’Etat cette année ? Comparativement à ce que rapporte les réductions des émissions ?Même dans le cadre de la Banque mondiale, lorsqu’on considère Mai-Ndombe et qu’on vendait 2.000.000 de tonnes à la Banque mondiale, ça rapporte quand même 11 millions de dollars. L’ensemble des concessions financières de Mai-Ndombe ont-elles rapporté 11 millions de dollars Us en 2019? C’est quoi l’alternative ? Lorsqu’on a conçu le programme en 2011, le prix à la tonne était à 2,5 dollars jusqu’à à 3,68$ et nous avons vendu à 3,68$. La Banque mondiale a proposé 5$ et le contrat a été signé par le ministre des Finances pour 5 ans à ce prix-là. A ce prix-là, les conditions étaient bonnes à l’époque. Aujourd’hui, le prix a augmenté. Le prix s’était même emballé, on est arrivé à 15 ou 18$. L’année dernière, un des acheteurs avait vendu ce crédit sur le marché à 1,50$.Nous avons été obligés de racheter nos propres crédits carbones pour éviter un effondrement des prix. Il y a des compatriotes qui disent que les crédits sont vendus à 60$ ! Le président a déjà signé pour le transfert de ce 22 millions de dollars. Il y a eu une tarification pour les crédits de 2021-2022. Sur ces crédits-là, il y a des invendus de 6 ,5 millions des tonnes. S’il y a quelqu’un qui peut le vendre à 60$, qu’il vienne, parce qu’il s’agit de crédits qui appartiennent à la République.

Nous participons volontairement au programme de juridiction de Mai-Ndombe. Nous avons réduit la déforestation dans notre concession. Il y a des zones dans les districts des plateaux où les émissions se sont emballées. A Oshue, Kiri, il n’y a pas eu de réduction des émissions. La Banque mondiale, ce qu’elle a fait, c’est de financer des activités pour qu’il y ait réduction des émissions. C’est comme ça qu’ils lancent un nouveau programme dans le district des Plateaux pour qu’il y ait réduction des émissions et qui va bénéficier au Gouvernement de la République.

Propos rendus par Jean-Marie Nkambua

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