Le Vatican ouvre la voie à la béatification de Mgr Fulton J. Sheen
Après plus de vingt ans marqués par l’enthousiasme, des revers et un long silence, la cause de l’archevêque Fulton J. Sheen a atteint un tournant décisif. Le Saint-Siège a officiellement notifié à Mgr Louis Tylka, évêque de Peoria (Illinois), que la cause du Vénérable Serviteur de Dieu peut désormais être engagée en vue de sa béatification, ouvrant ainsi la voie à la proclamation du prélat américain comme « Bienheureux » au sein de l’Église catholique.
Cette annonce, saluée par le diocèse de Peoria, place l’une des figures catholiques les plus emblématiques du XXe siècle à l’aube d’une vénération liturgique officielle. La prochaine étape, comme l’a expliqué Mgr Tylka, est la célébration de la béatification, dont la date et le lieu sont en cours de coordination avec le Dicastère pour les causes des saints du Vatican.
Pour les catholiques moins familiers avec le processus de canonisation, la béatification représente un moment crucial. Elle reconnaît qu’une personne décédée a mené une vie d’une vertu héroïque et qu’un miracle s’est produit par son intercession, autorisant ainsi la vénération publique, généralement au niveau local ou régional. La canonisation, qui peut suivre, étend cette vénération à l’Église universelle et requiert la reconnaissance d’un second miracle après la béatification. Peu d’ecclésiastiques américains ont laissé une empreinte publique comparable à celle de Fulton Sheen. Né Peter John Sheen le 8 mai 1895 à El Paso, dans l’Illinois, il fut ordonné prêtre pour le diocèse de Peoria en 1919. Sa carrière épiscopale se déroula principalement au niveau national : il fut nommé évêque auxiliaire de New York en 1951, poste qu’il occupa jusqu’en 1966, puis devint évêque de Rochester, fonction qu’il exerça jusqu’à sa retraite en 1969, à l’âge de 74 ans.
Cependant, ce n’est pas son administration diocésaine qui a fait de Sheen une figure connue. Son émission télévisée « Life’s Worth Living » (La vie vaut la peine d’être vécue), diffusée de 1952 à 1957, a introduit l’enseignement moral catholique dans les foyers américains à une époque où les programmes religieux atteignaient rarement le grand public. L’émission a remporté un Emmy Award et a attiré des millions de téléspectateurs, un fait que l’évêque Tylka a souvent cité pour décrire Mgr Sheen comme un pionnier qui a anticipé l’engagement ultérieur de l’Église dans les médias. Bien avant l’ère de l’évangélisation numérique, Mgr Sheen a démontré comment la théologie, la philosophie et le souci pastoral pouvaient être communiquées avec clarté et pertinence culturelle.
L’influence de Mgr Sheen s’étendait bien au-delà des États-Unis. Dans ses dernières années, il a été directeur national de la Société pour la propagation de la foi, soutenant l’œuvre missionnaire à travers le monde. Selon l’évêque Tylka, cette période de la vie de Mgr Sheen a renforcé sa conviction que l’Église existe pour tous, en particulier pour ceux qui vivent en marge de la société ou dans des régions où l’Évangile est rarement entendu.
La cause officielle de canonisation de Mgr Sheen a été ouverte en 2002 par le diocèse de Peoria. Dix ans plus tard, le 28 juin 2012, le pape Benoît XVI l’a déclaré vénérable, reconnaissant sa vie de vertu héroïque. Le processus s’est accéléré en 2014 lorsqu’une commission médicale du Vatican a approuvé à l’unanimité un miracle prétendu attribué à son intercession : la guérison d’un bébé, James Fulton, déclaré mort-né, après que ses parents eurent prié pour son intercession. Une commission théologique a par la suite confirmé ces conclusions médicales.
Ce qui suivit fut cependant une interruption inattendue et prolongée. En septembre 2014, la procédure fut suspendue en raison d’un différend juridique concernant la propriété et le lieu de sépulture de Mgr Sheen, inhumé à New York. Le Saint-Siège avait demandé le transfert du corps à Peoria pour une inspection officielle et la collecte de reliques de première classe, une requête initialement refusée par l’archidiocèse de New York. Ce n’est qu’en mars 2019 qu’une cour d’appel de New York statua à l’unanimité en faveur du transfert. Trois mois plus tard, après des années de litige, le corps de Mgr Sheen fut transféré à la cathédrale Sainte-Marie de Peoria, relançant ainsi la procédure.
Le pape François a officiellement reconnu le miracle le 5 juillet 2019 et la béatification était prévue pour le 21 décembre de la même année. Cependant, le processus a de nouveau été arrêté. À la demande de l’évêque de Rochester, des préoccupations ont surgi quant à la date de la cérémonie, compte tenu des enquêtes en cours sur les abus sexuels commis par des membres du clergé dans l’État de New York. Bien que des clarifications ultérieures aient confirmé que le retard n’était pas lié à des allégations selon lesquelles Mgr Sheen aurait été témoin d’abus ou les aurait dissimulés, le Vatican a opté pour un examen plus approfondi. Le diocèse de Peoria a déclaré par la suite que la conduite de Mgr Sheen s’était avérée définitivement exemplaire et que sa vie vertueuse n’avait jamais été mise en doute.
Malgré la déception, la dévotion envers Mgr Sheen n’a pas faibli. Ses partisans continuèrent de faire état de faveurs et de miracles présumés, et l’évêque Tylka réaffirma en mai 2025 sa détermination à faire avancer la cause, notamment par un plaidoyer direct auprès du pape Léon XIV.
Maintenant, avec le feu vert du Saint-Siège, ce long et souvent tumultueux parcours semble toucher à sa fin. Pour l’Église des États-Unis, la béatification de Mgr Sheen aurait un poids symbolique particulier. Il demeure l’un des rares évêques américains dont la voix a marqué à la fois la vie de l’Église et la culture populaire, établissant un lien exceptionnel entre les chaires, les salles de classe et les studios de télévision. Mgr Sheen est décédé le 9 décembre 1979, jour de la fête de saint Juan Diego, succombant à une maladie cardiaque, après des décennies de service sacerdotal et épiscopal. Plus de quarante ans après, l’Église s’apprête à le présenter aux fidèles non seulement comme un communicateur renommé, mais aussi comme un modèle de
sainteté.
