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Les intérêts chinois en Rdc convergents toujours avec les priorités de l’Etat congolais (Par Dr Prof Antoine Roger Lokongo)

Les intérêts chinois en Rdc convergents toujours avec les priorités de l’Etat congolais (Par Dr Prof Antoine Roger Lokongo)

Dans tout ce que les États-Unis veulent faire en République Démocratique du Congo (RDC), le facteur chinois joue un rôle prépondérant. Depuis la fin de la guerre froide qui a opposé deux blocs dirigés par les États-Unis et l’URSS (conflit idéologique, conflit de puissance), les hauts responsables Américains ne cessent de mettre les ambitions américaines sur le Congo face à la Chine en exergue. Ce qui transpire ici c’est la persistance de la mentalité de la guerre froide ou des blocs. Ils ne cessent d’évoquer ce qu’ils qualifient de «problème chinois» qui consiste à voir dans l’ascension fulgurante de la Chine, une menace pour leur hégémonie mondiale.

De Washington, la RDC est vue depuis l’administration Biden sous le prisme de la rivalité d’intérêts géostratégiques avec la Chine qui se traduit par la concurrence avec les chaînes d’approvisionnement chinoises des minerais stratégiques, notamment le coltan, le cuivre, le cobalt… Ces minerais critiques sont cruciales non seulement pour les batteries, mais aussi pour les technologies militaires, les moteurs d’avions de chasse et les missiles.

Tout d’abord, la visite de Biden en Angola a été axée sur le corridor de Lobito, un projet ferroviaire soutenu par Washington qui vise à relier le port de Lobito, sur la côte atlantique de l’Angola, à la Zambie et à détourner les minéraux critiques RD congolais en occurrence, de l’orbite de la Chine.

Deuxièmement, il est vrai que les entreprises chinoises contrôlent plus de 70 % de la production de cuivre et de cobalt de la RDC, participant dans 15 des plus grandes mines de cuivre et de cobalt du pays.

Cependant, les investissements chinois dans le secteur minier RD congolais dépassent 20 milliards de dollars américains. Rien qu’en 2024, les sociétés minières chinoises ont investi 1,3 milliard de dollars dans les infrastructures de la RDC et mis en œuvre des projets de responsabilité sociale qui ont bénéficié à plus de 300 communautés ; ce qui a augmenté le taux de leur approvisionnement en produits agricoles locaux à 90 %, réalisant ainsi un développement social et économique mieux coordonné. En plus, elles ont créé plus de 100 000 emplois en RDC, contribuant pour plus de 3 milliards de dollars aux recettes fiscales, comme l’a confirmé Zhao Bin, l’ambassadeur de Chine à Kinshasa. Ce qui nous aide à nouer les deux bouts du mois pendant cette période de guerre quand même. Soyons honnêtes avec nous-mêmes.

Même le président de la république Felix Tshisekedi, dans une interview accordée à l’Agence Chine Nouvelle en septembre 2024, a reconnu que « les investissements chinois en RDC ont permis à ce pays de développer ses infrastructures critiques et de renforcer sa capacité à s’intégrer dans l’économie mondiale. »

En plus, tout en gardant un équilibre diplomatique entre la RDC et le Rwanda en ligne avec son approche de non-ingérence, Beijing ne cesse de réaffirmer son engagement à accompagner Kinshasa dans le respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.

En septembre 2024, la Chine a signé un accord stratégique militaire avec la RDC visant à améliorer la formation des troupes des Forces Armées de la RDC (FARDC) et à soutenir la modernisation de son arsenal, fournissant les forces congolaises avec 3 drones de combat CH-4. Beijing a aussi disponibilité 27 millions de dollars américains en faveur du secteur de la défense RD Congolaise.

Etant toujours le partenaire le plus flexible de la RDC, la Chine et l’Etat Congolais ont procédé aux renégociations du contrat minier signé avec le Groupement des entreprises chinoises (GEC) pendant 5 fois. A l’issue du 5ième avenant de cette convention de collaboration conclue en avril 2008, le gouvernement congolais dispose désormais de 7 milliards USD pour construire 6.000 Kms de routes dans 15 ans en RDC, en raison de 400 Kms par an.

Cela revient à dire que si depuis 2008, 5 gouvernements ont été mis en place, chacun d’eux a cherché à faire monter les enchères moyennant la hausse des prix des matières premières au marché mondial sous prétexte de renflouer les caisses de l’Etat, alors que visiblement, c’est chaque gouvernement en place qui cherche à déplacer les poteaux de but en cours de partie parce que chaque poule doit vivre de ce qu’elle gratte auprès des Chinois. Pourquoi l’on s’étonnerait si nos partenaires étrangers profiteraient de cette situation et de cette culture de gré à gré, de l’indiscipline budgétaire et de l’explosion des dépenses qui prévalent en RDC? L’ancien ministre des Finances de la République Démocratique du Congo, Nicolas Kazadi l’a bel et bien affirmé en ces termes: « Nous voulons trop de jouissance. S’il y a de l’argent, partageons d’abord et nous allons réfléchir après. L’argent du projet est arrivé, on se le partage d’abord et on va réfléchir plus tard. C’est ça le problème ».

La très embarrassante plainte de Fintech PayServices, une société bancaire américaine contre l’État congolais à qui elle réclame 4 milliards de dollars américains pour non seulement violation de contrat, mais aussi pour tentatives de corruption impliquant des personnalités clés du pouvoir – selon un reportage de Africa Intelligence du 13 janvier 2026 – ironiquement donne raison à Nicolas Kazadi.

Il est primordial qu’un changement de mentalité intervienne dans le chef des Congolais. Nous sommes tellement occidentalisés et habitués depuis trop longtemps à croire que notre salut viendra de l’Occident, plus particulièrement des Etats-Unis même lorsqu’il est avéré que ces derniers protègent bel et bien Museveni et Kagame, leurs chiens de guerre dans la Région des Grands Lacs. Au lieu de les poursuivre, comme officiellement annoncé en 2012 par Monsieur Stephen Rapp, alors ambassadeur itinérant des Etats-Unis pour les crimes de guerre, un butin de guerre (minerais stratégiques) leur est octroyé dans le cadre des «Accords de Washington» prétendument stratégiques alors qu’à vrai dire, ils incarnent manifestement un bradage de notre patrimoine commun, une vente de notre avenir commun au profit des américains pour plusieurs décennies à venir en contrepartie d’une paix qui, au fil du temps, s’avère de plus en plus hypothétique.

Au même moment, la Maison Blanche presse au gouvernement congolais de publier la liste stratégique des minerais et zones d’exploitation appelée à intégrer la « Strategic Asset Reserve » (réserve d’actifs stratégiques), dans le cadre de l’accord conclu avec les États-Unis. Cette liste constitue l’un des éléments centraux de ce partenariat, qui vise à sécuriser l’accès américain aux ressources critiques tout en restructurant la gouvernance minière congolaise. Si l’identification des actifs relève de la responsabilité de la RDC, l’accord prévoit que les États-Unis peuvent proposer l’ajout de minerais ou de zones d’exploration jugés stratégiques mais omis par la partie congolaise, soulignant la dimension négociée et sensible du processus.

La liste devrait inclure en priorité les minéraux critiques industriels et technologiques classés comme stratégiques par Washington et présents en RDC : le cobalt, indispensable aux batteries et à l’électromobilité ; le cuivre, pilier des infrastructures électriques ; le #lithium, essentiel aux batteries rechargeables ; ainsi que le germanium, le tantale, l’étain, le tungstène, le niobium, le zinc et le manganèse. Ces ressources figurent sur les listes américaines de « critical minerals » et placent la RDC au centre des chaînes de valeur mondiales, comme le souligne notamment le Egmont Institute (voir reportage, lesouverain.cd).

Franchement, s’agit-il vraiment d’une coopération gagnant-gagnant au profit des Etats Congolais et Américain à l’instar de notre partenariat stratégique avec la Chine lorsque Monsieur Trump se permet de se vanter d’avoir confisqué le pétrole vénézuélien; et dans le même souffle, déclare au sujet des «Accords de Washington» :

« J’ai mis fin à la guerre entre le Congo et le Rwanda. Ils m’ont dit : “S’il vous plaît, s’il vous plaît, nous aimerions que vous veniez prendre nos minéraux.” Ce que nous ferons. Nous allons obtenir une grande partie des droits miniers du Congo. Nous chercherons à extraire des terres rares de la République démocratique du Congo et du Rwanda dans le cadre de nouveaux accords. Nous allons envoyer nos plus grandes entreprises au Congo et au Rwanda. Tout le monde va s’enrichir.» – sauf le peuple Congolais certainement !

 

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