Mgr Bernard Kasanda à la CENCO : Prophète contre Prophète 

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Il m’a été demandé, en tant que prêtre hors la CENCO et épris de la bonne gouvernance du peuple de Dieu, d’émettre un point de vue sur l’intervention de Monseigneur Bernard Kasanda, Evêque de Mbuji-Mayi (R.D.C), au huis clos des Evêques membres de la CENCO. Et c’est de bonne foi que j’ai accepté volontiers de contribuer à ce débat devenu public, dans un but pastoral fondamental. Mon point de vue est plus axé sur la ligne exégétique à suivre pour comprendre la dite intervention que sur l’analyse détaillée du texte mis sur la place publique et que beaucoup d’interprètes avisés ou non avisés se sont mis à relire, chacun selon ses connaissances et compétences.

D’entrée de jeu, intervenant au huis clos des Evêques membres de la CENCO, Mgr Bernard Kasanda intitule son discours : « Au nom de l’Evangile » (cf. Jn 8,32). C’est éclairé par la Parole de Dieu et inspiré par la notion psychologique d’« effet miroir », écrit-il, qu’il mène une triple introspection, à savoir : la pertinence et la régularité des prises de paroles des Evêques membres de la CENCO, le tribalisme et les fraudes électorales au sein de l’institution ecclésiale dont il est membre depuis 28 ans.

Par des exemples choisis, notamment le tribalisme, le népotisme, etc., Mgr Bernard Kasanda mène une introspection qui « dévoile » devant ses confrères dans l’épiscopat des faits vrais et gravissimes. Il ne s’adresse pas au public ni aux Gouvernants. Mais le fait est là ! Par des voies non identifiées, le texte de son intervention, texte qui pour parler net porte les voix des milliers de personnes qui remettent aujourd’hui en cause le discours « trop politisé » de la CENCO, est jeté sur la place publique et les médias sociaux s’en sont emparés.

Aussi, la synthèse de l’intervention de Mgr B. Kasanda se lit aisément dans sa conclusion : « Je ne pouvais pas me taire par peur d’être étiqueté par certains. Je crois ne vous avoir partagé que ce qui me tenait à coeur au nom de la Vérité de l’Evangile (cf. Jn 8,32) et de la franchise fraternelle recommandée par le Magistère universel. Devant des situations de contre-témoignage dans lesquelles nous tendons à nous enliser, il serait mieux d’avoir le courage de tirer la sonnette d’alarme, en rappelant le sens de responsabilité et l’attachement aux valeurs […] ».

Malencontreusement, et c’est en partie normal étant donné que sur la voie publique l’expression des idées est libre, l’intervention de Mgr Bernard Kasanda est interprétée dans tous les sens :

– Pour certains critiques, l’Evêque de Mbuji-Mayi est entré en opposition aux autres Evêques membres de la CENCO, mieux face au Bureau de la CENCO. C’est ici qu’éclate, aux dires de ces interprètes, un prétendu conflit entre les Evêques de la CENCO, lequel rappelle le thème vétérotestamentaire de conflit « prophète contre prophète » (cf. Jérémie 26 – 29).

En effet, dans le contexte du prophète Jérémie, ce dernier était aux prises avec les faux prophètes et, pour se défendre, Jérémie ne jurait que sur la parole de Dieu : « C’est le Seigneur qui m’a envoyé prophétiser contre cette Maison et contre cette ville tout ce que vous avez entendu … » (Jérémie 26,12-15). Cet unique argument avait suffi pour lui sauver la vie devant ses accusateurs : prêtres et prophètes. Pareillement, pour mieux mener son introspection au sein de la CENCO, Mgr Bernard Kasanda s’appuie sur la lumière de la Vérité de l’Evangile : « Vous connaitrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres » (Jean 8,32). C’est là la force de son intervention !

– Pour d’autres, la CENCO se révèle avoir deux têtes : d’une part, la CENCO politisée dont la voix se fait régulièrement, voire intempestivement, entendre par ses déclarations dans les médias ; et de l’autre, la CENCO du silence qui est pour ainsi dire constituée des autres évêques membres de la même organisation ecclésiale, qui se contentent (complicité ou contestation voilée ?) du gouvernement de leurs diocèses respectifs, sans se prononcer publiquement sur la marche même de la CENCO.

Cette tendance qui lit en filigrane une Eglise catholique romaine de la R. D. Congo divisée rappelle le symbole de la bête d’Apocalypse 13,11 ayant deux cornes : « Alors je vis monter de la terre une autre bête. Elle avait deux cornes comme un agneau, mais elle parlait comme un dragon ! », sous-entendant par-là que la CENCO a une apparence douce, mais que son discours est au fond inspiré par le Malin. Il est là un contraste malheureux connus de tous ceux qui sont instruits de pratiques de la CENCO aujourd’hui, mais ignoré des acteurs extérieurs et des aveugles endurcis qui considèrent la CENCO actuelle comme un « rempart moral pour notre nation et surtout pour son avenir ».

– Pour d’autres encore, de par sa dernière intervention au huis clos des Evêques membres de la CENCO, Mgr Bernard Kasanda est carrément taxé de « prophète de la cour », rappelant en contexte le symbole d’Amacya, prêtre de Béthel acquis à la cause de Jéroboam, roi d’Israël, qui chargea le prophète Amos : « Va-t’en, voyant ; sauve-toi sauve au pays de Juda ; là-bas, tu peux gagner ton pain et prophétiser, là-bas ! Mais à Béthel, ne recommence pas à prophétiser, car c’est ici le sanctuaire du roi, le temple royal ! » (Amos 7,12-13).

– Pour d’autres toujours, surtout parmi ceux qui sont à la quête des prosélytes, c’est l’occasion de chercher à débaucher les chrétiens catholiques romains vers les autres confessions religieuses. Mais Mgr Bernard Kasanda n’est pas dupe. Il tient bien compte de ce danger qui guette les plus faibles parmi les fidèles chrétiens : « Les conséquences de certaines de nos prises de position à travers les médias ou dans nos actions sont perceptibles dans le Peuple de Dieu. Se les plus fervents restent encore fidèles à leur foi, les plus faibles claquent la porte de l’Eglise ou vivent douloureusement notre manière de mener la mission prophétique. D’autres encore, s’estimant toujours tenus au respect vis-à-vis de leurs Pasteurs, disent avoir tout simplement perdu toute fierté d’appartenir à l’Eglise Catholique de la RDC. » Par la suite, il formule quelques recommandations « pour considérer notre crédibilité aux yeux de l’Eglise Famille-de-Dieu en République Démocratique du Congo ».

– Pour d’autres enfin, les prises de position entre les « Pro-Cencoïstes » et les Anti-Cencoïstes », c’est déjà du passé. Il est temps de se tourner vers le futur dans le concert des Eglises chrétiennes et de redonner tout son poids à la Parole de Dieu.

Partant, une meilleure intelligence de l’intervention de l’Evêque de Mbuji-Mayi au huis clos des Evêques membres de la CENCO voudrait donc que les débats publics qui s’en sont suivis, après que le texte a été fuité par des voies insoupçonnées, respectent l’intention religieuse fondamentale de la dite intervention.

Malheureusement, alors qu’à l’exemple des prophètes Jérémie et Amos, Mgr Bernard Kasanda jure par la Parole du Seigneur, la seule qui puisse rappeler à la CENCO sa mission première ou son rôle véritable et, par conséquent, libérer l’Institution ecclésiale de la R. D. Congo de vices qui la gangrènent de l’intérieur, la plupart des interprètes qui défrayent la chronique ne voient que l’institution CENCO qui, par des sorties médiatiques pas toujours très édifiantes de ses bouches autorisées, s’est déjà elle-même beaucoup disqualifiée, comme un athlète qui court à l’aveuglette (cf. 1 Corinthiens 9,24-27).

En toute hypothèse, pour recouvrer cette belle image décrite par ses textes fondateurs et voulue l’ensemble du peuple de Dieu qui est en R. D. Congo, en Afrique et dans le monde, la CENCO devra faire une introspection beaucoup plus profonde que celle amorcée par Mgr Bernard Kasanda et se laisser conduire en conséquent par l’Esprit de vérité.

J’espère que cette modeste réflexion encouragera les uns et les autres à susciter en eux-mêmes la soif véritable de la Parole de Dieu et à fréquenter celle-ci toujours plus assidument, à faire régulièrement l’introspection et à se laisser transformer de l’intérieur par la Vérité de l’Evangile.

Père Arthur Lubwika, ECRCO

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