Pourquoi le franc congolais en mi-2023 a connu une forte dépréciation face au dollar américain ?
Devant la presse, le Gouverneur André Wameso a expliqué que la Banque Centrale a un ratio prudentiel qu’on appelle le coefficient de la réserve obligatoire. Il permet aux banques commerciales d’avoir une réserve. C’est une mesure permettant de protéger les clients des banques. Selon le Gouverneur, avant 2021, cette réserve obligatoire de 12% de dépôt était constituée en Franc congolais. Les banques ont plaidé que si vous voulez protéger les dépôts en utilisant cet instrument, les dépôts sont principalement dans nos livres en dollar. Donc, il faut nous permettre de constituer nos réserves en dollar.
La BCC a accédé à cette demande de l’Association Congolaise des Banques (ACB), a cristallisé les réserves en francs congolais avec un taux de 1999 Fc pour 1 dollar. Ce montant était d’environ 2.300 millions des francs congolais. Nous sommes en fin 2021. Et quand vous regarder, vous aller voir que le taux de change est suffisamment constant, aux alentours de 2000. Nous sommes en 2022 et nous faisons des recettes exceptionnelles.
En 2023, raconte-t-il, ces recettes exceptionnelles avec une marge budgétaire importante s’effritent. Et nous avons la guerre qui augmente les dépenses. A partir de ce moment-là, le franc congolais commence à dévisser. Et il y a accélération de cette dépréciation, parce que les réserves constituées au taux de 2000 pour 1 dollar, avec la dépréciation, ne correspondent plus à répondre aux critères de la réserve. Si vous convertissez ces 2300 milliards en dollar, vous n’avez plus l’équivalent de ce que vous étiez en train de constituer comme réserve. Ça accéléré l’injection de la liquidité sur le marché.
C’est comme si les banques ne respectaient plus le ratio. Cela a eu un effet pervers. C’est comme cela que la BCC a augmenté son taux directeur pour résister.
Quand nous arrivons à la BCC, nous réunissons les experts et nous constatons qu’à cette époque-là, il y a eu surchauffe sur le marché et qu’il n’y avait pas suffisamment de devises. Comme décisions, la BCC injecte 50 millions de dollars. Cette somme, était mise à la disposition du marché pour éviter qu’il y ait trop de francs congolais sur le marché. Quelle était la vraie mesure ? Il n’y avait plus respect de ce coefficient obligatoire. On s’est rendu compte que c’est la cause principale qui fait qu’il y a trop de francs congolais en circulation, que cela devait être le cas si le coefficient était respecté.
« Nous avons convoqué une réunion avec l’ACB, nous leur avons expliqué la situation et ils se sont rendus compte qu’il y avait surliquidité sur le marché, soit 900 milliards des francs congolais sur le marché, à cause du non-respect du coefficient obligatoire. La BCC a décidé, le 23 août, de demander aux banques commerciales de reconstituer leurs réserves obligatoires en Francs congolais », affirme-t-il. Et de poursuivre que le dollar est un bien et pour fixer le prix d’un bien, c’est l’offre et la demande. A partir du moment où la BCC a demandé aux banques commerciales de corriger leurs réserves obligatoires, la conséquence c’était de ponctionner les francs congolais du marché.
« Nous avons choisi le moment où les entreprises sont obligées de payer une partie de leurs impôts, (dans ce qu’on appelle échéance fiscale), dans la monnaie locale. La BCC a joué sur deux leviers pour déterminer le nouveau taux de change. Nous avons joué sur la demande avec l’ajustement du coefficient obligatoire, nous l’avons fait à un moment où l’offre était importante. Ceci a fait que le franc congolais devienne rare et ce qui est rare est cher.
Il y a une première étape au mois de septembre où nous avons ponctionné 400 milliards, il reste encore 500 milliards à ponctionner dans le marché. Nous pensons que nous sommes dans une période où le franc congolais va continuer à s’apprécier parce que nous avons pris des mesures correctrices. Nous sommes un pays où il y a beaucoup de prophètes de malheur.
Il y a eu aussi autre chose, c’est la réorganisation du marché des changes en augmentant la transparence entre la BCC et les banques commerciales dans la constitution du cours indicatif de notre monnaie. « Nous avons travaillé pour éviter l’asymétrie d’informations où chaque banque avait son propre taux. Depuis lors, la différence des taux entre les banques est en train de diminuer et on converge vers le taux d’indicatif de la BCC. 2411 pour 1 dollar », révèle André Wameso.
