Pourquoi le franc congolais s’apprécie face au dollar ? Le Prof David Alexandre Nshue donne les véritables causes
La valeur d’une monnaie dépend du rapport entre son offre et sa demande sur le marché de change. Lorsqu’elle devient abondante, sa valeur diminue ; lorsqu’elle est rare, elle s’apprécie. C’est précisément ce qui explique l’appréciation actuelle du franc congolais (CDF) : il circule en grande quantité sur le marché, alors que la demande de dollars américains reste très élevée.
Mais qu’est-ce qui nourrit cette forte demande de monnaie étrangère en République démocratique du Congo ?, se demande le Prof David Alexandre Nshue, qui pense que les causes sont multiples, structurelles et souvent anciennes.
Une économie dépendante des importations
Bien que la RDC dispose de terres fertiles et d’importantes ressources naturelles, elle ne parvient pas à produire suffisamment de biens essentiels pour sa population. L’agriculture n’est pas suffisamment industrialisée et l’industrie locale demeure faible.
Résultat : le pays importe massivement, notamment dans le secteur alimentaire. Selon les estimations, les importations de produits alimentaires et de biens de première nécessité représentent plus de 2 milliards de dollars par an.
Pour lui, cette dépendance fait grimper la demande de devises étrangères, principalement le dollar américain, indispensable pour effectuer les paiements à l’étranger. Or, plus la demande de dollars augmente, plus le franc congolais perd de sa valeur.
Peu d’industries locales pour transformer les ressources
La faiblesse du tissu industriel renforce la dépendance extérieure. Machines, matériaux de construction, biens manufacturés, équipements automobiles : presque tout provient de l’étranger.
L’absence de production locale signifie que l’économie congolaise “exporte sa richesse” pour importer des biens qu’elle pourrait produire elle-même, si elle investissait dans la transformation.
Une gestion monétaire et budgétaire délicate
Selon le Prof David Alexandre Nshue, la manière dont l’État gère ses finances pèse également sur la stabilité du franc. Lorsque des paiements publics importants sont effectués en francs, les bénéficiaires cherchent immédiatement à convertir ces montants en dollars, alimentant encore la demande de devises.
Par ailleurs, certains dysfonctionnements sont observés dans le processus de remplacement des billets. En principe, l’introduction de nouveaux billets devrait s’accompagner de la destruction de l’ancienne monnaie. Mais dans les faits, une partie de ces billets réintroduits dans le circuit économique augmente la masse monétaire, ce qui contribue à faire baisser la valeur du franc.
Un défi de confiance
Au-delà des aspects techniques, un enjeu fondamental demeure : la confiance. Stabiliser une monnaie nécessite une économie productive, des institutions financières crédibles et une gestion rigoureuse des dépenses publiques. Or, lorsque la monnaie nationale perd régulièrement de sa valeur, les populations ont tendance à se tourner vers des monnaies étrangères, renforçant un cercle vicieux.
Quelles pistes pour une stabilisation durable ?
Plusieurs leviers peuvent permettre d’inverser la tendance : Renforcer la production agricole locale afin de réduire les importations alimentaires ; Développer l’industrie de transformation pour créer de la valeur ajoutée dans le pays ; Encourager l’achat et la consommation des produits locaux ; Assainir la gestion monétaire et lutter contre les réinjections informelles de billets ; Renforcer les contrôles pour éviter les détournements et les circuits financiers parallèles.
La stabilité du franc congolais ne dépend pas uniquement des interventions ponctuelles de la Banque centrale, mais de réformes économiques profondes et cohérentes. C’est à ce prix que la confiance pourra être restaurée et que la monnaie nationale pourra retrouver sa valeur sur les marchés.
Becky Kabongo
