Quand la culture chinoise devient une source d’inspiration et d’enseignement pour les Congolais 

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Par Dr Prof Antoine Roger LOKONGO

Professeur des Relations Internationales Culturelles

Après le Nouvel An Chinois ou la première fête la plus importante de la culture chinoise qui célèbre le début d’une nouvelle année selon le calendrier lunaire chinois, et durant laquelle les Chinois se réunissent en famille afin de célébrer les réussites passées ainsi que les espoirs à venir; la «Fête de la Mi-Automne » ou tout simplement la «Fête de la Lune » est, quant à elle, le deuxième jour le plus important du calendrier chinois. Symbolisant la fin de la période des moissons à la fin de l’été, le « Festival de la Mi-Automne » remonte à plus de 1 300 ans. Au fur et à mesure, les habitants, voyant que la pleine lune tombait durant la même période, ont décidé d’établir une date : le 15e jour du huitième mois lunaire devient alors la fête de la lune. Traditionnellement, cet événement était une période de remerciement aux divinités d’avoir permis des récoltes de riz et de blé abondantes avant l’hiver et s’entourait de nombreuses traditions et légendes. Au fil des siècles, ce festival s’est culturellement propagé dans toute l’Asie, et est aujourd’hui fêté sur de nombreux continents.

En RDC, l’Institut Confucius à l’Académie Diplomatique Congolaise, installé à Kinshasa depuis 2018, dans l’enceinte du Ministère des Affaires Etrangères (Minaffet) demeure de manière incontournable le porteur du patrimoine culturel chinois comme vecteur de la langue chinoise, de l’éducation, des arts ou tout simplement de la culture chinoise elle-même en tant que moteur de développement, de cohésion sociale ou d’identité.

C’est ainsi qu’à cette occasion de la «Fête de la Mi-Automne », l’Institut Confucius à l’Académie Diplomatique Congolaise sous la direction du Professeur MA XINQIANG; en partenariat avec Song Equipment DRC, une firme chinoise d’experts-conseils en affaires, œuvrant également dans le secteur de la haute technologie et uniquement implantée en RDC, a co-organisé un événement culturel, dimanche 5 octobre 2025, au Centre Culturel et Artistique pour l’Afrique Centrale, don du gouvernement chinois considéré comme un « carrefour culturel en RDC », et surnommé « Grand Tambour » en raison de sa spécificité architecturale qui ressemble à un tambour congolais.

L’activité culturelle organisée sous le thème « La Pleine Lune du Monde, l’Amitié Sino-Congolaise – Festival Culturel de la Fête de la Mi-Automne » avait pour objectif pour les Chinois et Congolais de célébrer ensemble cette fête traditionnelle symbolisant le partage, la réunion, le regroupement, les retrouvailles et l’harmonie. A cet effet, des discours dans le cadre d’une conférence sur la «Fête de la Mi-Automne », la fabrication des « Gâteaux de Lune », le partage d’un repas simple, une foire culturelle interactive – notamment l’exécution de la « Dance du Dragon » et de quelques chansons chinoises par les étudiants de la langue chinoise de l’Institut Confucius à l’Académie Diplomatique Congolaise – ainsi qu’une projection d’un film chinois ont été à l’ordre du jour.

L’Ambassade de la République Populaire de Chine a été représentée au plus haut niveau par Monsieur WANG HAILONG, Ministre-Conseiller; et l’Etat Congolais par Monsieur BALUFU BAKUPA KANYINDA, Directeur Général du Centre Culturel et Artistique des Pays de l’Afrique Centrale.

 

Dans son discours d’accueil, le Professeur ALEXANDER WANG, Président Directeur Général (PDG) de Song Equipment DRC, a tenu à remercier tous les invités de marque ainsi que tous les participants, notamment ses amis de longue date qu’il a connus depuis la Chine, entre autres, Madame Chantal NDONGA KADSANDA, alors Premier Conseiller à l’Ambassade de la RDC en République Populaire de Chine, actuellement Chef de Division au MInaffet et le Professeur Antoine Roger LOKONGO, un ancien de l’Université de Pékin, pour avoir rehaussé de leur présence cette importante activité culturelle.

Ayant posé ses pieds pour la première fois en RDC il y a de cela 14 ans, un pays qu’il qualifie «d’une beauté spectaculaire et regorgeant de beaucoup de richesses naturelles », le Professeur ALEXANDER WANG avoue avoir fait face aux questionnements des Congolais.

« Au fil des années, beaucoup d’amis congolais nous ont demandé : Pourquoi les Chinois viennent-ils travailler si loin de chez eux seuls ? N’avez-vous pas besoin de vos familles? Pour certains amis qui ne connaissent pas bien la culture chinoise, il semble que les Chinois ne pensent qu’à gagner de l’argent et n’accordent pas d’importance à la famille. »

 

« Ce n’est bien sûr pas le cas, » a-t-il affirmé.

« En réalité, les Chinois, comme les Congolais, considèrent tous la famille comme leur bien le plus précieux. C’est précisément parce que la famille tient une place si vitale que, depuis plus de deux mille ans, les Chinois ont créé un festival spécial : il exige que, peu importe combien vous soyez occupé habituellement, vous devez absolument être avec votre famille ce jour-là et organiser une fête. Ce festival, c’est la Fête de la Mi-Automne, » a confirmé le Professeur ALEXANDER WANG.

 

Cependant, il a admis que la conception de la famille par les Chinois a bien des particularités :

« Premièrement, nous pensons que le bonheur de la famille est étroitement lié au destin de la nation. Sans une patrie forte et civilisée, la tranquillité et le bonheur de notre famille ne peuvent être garantis. Je crois que tous les étudiants de l’Institut Confucius ici présents savent que, en chinois, les deux caractères «国» (guo ou pays) et «家» (jia ou famille) sont toujours associés pour former un mot («国家» ou guojia ou pays). Ainsi, pour les Chinois, aimer sa famille implique inévitablement aimer sa patrie; seule une nation plus prospère peut améliorer le niveau de bonheur de nous-mêmes et de nos familles. »

 

« Deuxièmement, notre notion de « famille » ne se limite pas aux personnes liées par le sang. Également il y a plus de deux mille ans, les Chinois ont avancé une idée : « Le monde entier est une seule et même famille » (天下一家 ; Tien xia yi jia). Cela signifie que toutes les personnes, quel que soit leurs pays, leurs ethnies ou leurs villages au monde ou sous le solei, sont des membres d’une même famille et peuvent vivre en harmonie [c’est pourquoi le Président XI JINPING ne cesse de parler « d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité]. »

 

« Par exemple, avec le Professeur LOKONGO, mon vieil ami depuis quatorze ans, nous nous considérons déjà comme étant de la même famille ; de même que le Colonel Elie LOMBOTO, bien que nous nous soyons connus que récemment, sa gentillesse, son professionnalisme et sa passion m’ont profondément touché, et nous sommes devenus proches comme des frères. Bien sûr, je n’oublie pas ma chère sœur Madame Chantal NDONGA KADSANDA, ‘la plus belle princesse’, », a-t-il déclaré.

 

Et le Professeur Alexandre WANG de conclure :

« C’est pourquoi nous, Chinois résidant au Congo (RDC), ne nous sentons pas seuls parce que tous les Congolais qui nous sont amis et tous les habitants locaux qui aiment la culture chinoise, nous les considérons comme membres de nos propres familles. C’est la raison pour laquelle l’Institut Confucius et Song Equipment DRC vous viennent de vous inviter aujourd’hui à célébrer ensemble la Fête de la Mi-Automne, une fête de réunion. Je remercie à nouveau chacun d’entre vous pour votre présence ! Je vous souhaite une joyeuse fête, une famille heureuse et nos pays forts ! Merci ! ».

Monsieur BALUFU BAKUPA KANYINDA, Directeur Général du Centre Culturel et Artistique des Pays de l’Afrique Centrale, a quant à lui procédé au lancement d’un programme d’activités centré sur la culture chinoise. Ce programme, qui s’inscrit dans une démarche stratégique du renforcement de l’amitié sino-congolaise, s’étalera sur plusieurs mois et se déploiera en trois grandes étapes ponctuées par des rencontres régulières qui permettent d’identifier les thématiques qui devraient être abordées.

Pour le mois d’octobre, l’agenda apprêté met l’accent sur une découverte approfondie de la célèbre « Fête de la Mi-Automne ».

Pour novembre, le point d’orgue sera une rencontre autour de la médecine spirituelle et de la médecine traditionnelle chinoise.

Tandis que le mois de décembre sera marqué par la présentation au grand public de Huawei, entreprise chinoise leader des technologies numériques, qui fera découvrir son engagement en Afrique à travers la connectivité éducative, la formation et le soutien à l’inclusion numérique.

Pour Monsieur BALUFU, il ne s’agit pas d’un simple agenda d’activités culturelles, mais une passerelle, mieux « un espace où la culture chinoise et la culture congolaise dialoguent, se répondent et se reconnaissent dans leurs ressemblances comme dans leurs différences ».

« Nous savons que la culture est la mémoire vivante des nations, mais elle est aussi le chemin de l’amitié. À travers ce programme, nous voulons que les Congolais découvrent la richesse des traditions chinoises, de la calligraphie à la danse du lion, des tambours aux arts culinaires, des jeux anciens aux films contemporains. Et nous voulons que nos amis chinois perçoivent dans notre art, dans nos rythmes, dans nos imaginaires, l’écho d’un Congo créatif, généreux et ouvert au monde », a-t-il indiqué « le DG du Grand Tambour » (voir reportage du journal Le Potentiel).

A la lumière de ce qui précède, une opportunité se présente aux Congolais qui tendent à négliger leur propre culture parce qu’occidentalisés en outrance, pour qu’ils s’inspirent de la Chine qui a gardé intact son identité culturelle même après la colonisation et l’invasion japonaise – s’inspirer de la culture de l’autre vice versa parce que la culture constitue un puissant levier pour tisser des liens par-delà les différences.

SI la Chine est aujourd’hui une superpuissance, elle tire cette superpuissance surtout de sa culture. L’écriture et la langue chinoises remontent à plus de 3 000 ans, avec des caractères qui ont évolué au fil du temps. La civilisation chinoise est l’une des plus anciennes et des plus riches du monde, avec une histoire qui remonte à des millénaires. Elle est caractérisée par sa continuité historique (5 000 ans sans interruption contrairement à la civilisation noire égyptienne, elle aussi vieille de 5 000 ans), sa capacité à assimiler diverses influences, et son impact durable sur le développement culturel, scientifique et politique à travers les siècles. La Chine moderne hérite d’une riche tradition culturelle tout en s’adaptant aux changements contemporains. Sans oublier que les histoires, les conditions climatiques et la géographie ont aussi forgé des caractères spécifiques des gens en Chine. Par exemple, on dit que :

le Shanghaïen est sophistiqué, commerçant, ouvert aux nouvelles idées,

le Pékinois est plutôt politique, cultivé,

le Cantonnais est très commerçant, gourmet

le Harbinnais est chaleureux, généreux.

C’est pour dire que les caractères des gens, leur histoire, leur niveau d’éducation conditionnent leur degré de développement économique, ainsi que leur faculté et leur facilité de communication avec l’extérieur.

 

Les Congolais doivent puiser dans la force de leur propre culture congolaise (notamment la culture du dialogue, la palabre sous l’arbre), susceptible de fédérer les populations des 26 provinces et de soutenir ainsi la cohésion sociale, la paix et la sécurité; afin de surmonter les obstacles à la paix qui fait actuellement carence dans leur grand et beau pays. La culture conditionne les fondements et le destin d’un pays. La prospérité d’un pays ou d’une nation est toujours étayée par la prospérité de sa culture.

En plus, la culture s’exprime par le souci de transmission de ses acquis aux générations futures.

Par exemple pendant la soirée du « Festival de la Mi-Automne », la légende particulière de Chang’e qui retrace les origines de ce festival est racontée aux enfants autour du feu (comme en Afrique).

 

Chang’e est un personnage central de la tradition du Festival de la Mi-Automne. En tant que déesse de la Lune, elle est commémorée pendant le Festival de la Mi-Automne, également connu sous le nom de Festival de la Lune.

 

La légende raconte que Chang’e était une femme belle et gentille, et son mari Hou Yi était un archer brillant. Il y a des milliers d’années, alors qu’il y avait 10 soleils, la Terre ne pouvait pas supporter la chaleur brûlante. Pour sauver la Terre, le seigneur de l’art du tir à l’arc Hou Yi a abattu neuf des 10 soleils, ne laissant qu’un seul.

 

Hou Yi était respecté comme le héros de la Terre et a reçu un élixir d’immortalité de la Reine Mère de l’Ouest en récompense pour avoir sauvé la Terre et ses habitants.

Cependant, l’élixir n’était suffisant que pour une personne, et Hou Yi ne voulait pas gagner l’immortalité sans sa femme bien-aimée Chang’e. Ainsi, il ne l’a pas consommé tout de suite, mais a laissé Chang’e le garder avec elle.

 

Mais un jour, l’un des élèves de Hou Yi, nommé Pang Meng, a tenté de voler l’élixir lorsque Hou Yi n’était pas à la maison. Afin de protéger l’élixir de la personne malveillante, Chang’e a bu l’élixir d’immortalité en guise fidélité déjà l’égard de son mari. Puis elle s’est envolée vers la lune et est devenue la déesse de la Lune, laissant son mari derrière elle.

 

Hou Yi a eu le cœur brisé lorsqu’on lui a dit ce qui était arrivé à Chang’e. Il a crié vers le ciel et a découvert avec surprise que la lune était extrêmement brillante cette nuit-là. Il a aperçu une silhouette qui se balançait et qui ressemblait exactement à Chang’e. Puis il a présenté les fruits et les gâteaux que Chang’e avait appréciés pour lui faire savoir qu’il lui manquait.

 

Sur la lune, Chang’e se retrouva dans un palais magnifique fait de lumière froide et argentée. Le palais était splendide, avec des murs qui scintillaient comme du givre et des sols qui étincelaient tels la surface d’un lac gelé. Cependant, c’était aussi un lieu de grande solitude.

 

Les seuls compagnons de Chang’e étaient un lapin de jade et un bûcheron. Le lapin de jade était une créature mystique, censée avoir été envoyée sur la lune par les dieux. Il passait ses journées sous un arbre de cassia, battant sans relâche des herbes avec un mortier et un pilon pour créer l’élixir de vie. Malgré son labeur incessant, le lapin était au cœur bienveillant et loyal, offrant à Chang’e ce peu de compagnie qu’il pouvait.

 

Le bûcheron, en revanche, était une figure tragique. Il avait été condamné par les dieux à abattre l’arbre de cassia sur la lune, une tâche qui semblait simple mais qui était en réalité impossible. Chaque fois que le bûcheron frappait l’arbre avec sa hache, l’arbre se guérissait, repoussant instantanément. Ce cycle sans fin de futilité était sa punition, et comme Chang’e, il était destiné à rester sur la lune pour l’éternité (on le voit sur la lune).

 

Touchée par leur véritable amour, la Mère de la Lune a permis à Chang’e de retrouver Hou Yi chaque année à la pleine lune du huitième mois lunaire.

 

Depuis lors, le 15e jour du 8e mois lunaire de chaque année, qui est devenu le Festival de la Mi-Automne, les gens attendent avec impatience leurs retrouvailles (et celles de leurs propres familles). Adorer la lune et manger des gâteaux de lune – dont la rondeur symbolise l’unité de la famille, et dont il existe de nombreuses variétés. Les plus courants étant fourrés à la pâte de haricots rouges et aux graines de lotus, avec un jaune d’œuf entier et décorés du caractère de la lune ou du lapin qui y a élu demeure. On les offre à ses proches ou à ses amis et les entreprises à leurs employés. La nuit devient alors soudain féerique, un monde magique où chacun circule une lanterne à la main. Ces pratiques sont devenues des traditions du Festival de la Mi-Automne.

 

Ce n’est donc pas une surprise que la sonde spatiale de retour d’échantillons lunaires de l’Agence Spatiale Chinoise (CNSA) développée et construite par la « China Aerospace Science and Technology Corporation » (CASC), le principal industriel chinois du secteur spatial, soit dénommée Chang’e 5 – Chang’e étant la déesse de la Lune dans la mythologie chinoise. La mission s’inscrit dans le cadre de la troisième phase du programme chinois d’exploration lunaire (CLEP), faisant suite aux orbiteurs Chang’e 1 et Chang’e 2 ainsi qu’aux atterrisseurs Chang’e 3 et Chang’e 4. Les études sur la sonde commencent dès le lancement du programme en 2004, puis le projet est finalement approuvé en 2011. La mission Chang’e 5 T1 est lancée en 2014 afin de tester la capsule de rentrée et différentes manœuvres en orbite lunaire (Wikipedia).

 

La culture chinoise est fortement influencée par le confucianisme qui enseigne un sens aigu de la famille, le respect de la hiérarchie et l’appréciation de l’harmonie. La piété filiale et la loyauté sont valorisées, les parents se sacrifiant pour l’épanouissement de leurs enfants. Un autre courant philosophique c’est le taoïsme qui met l’accent sur la communication entre la nature et l’homme. Le bouddhisme quant à lui privilégie la communication entre l’esprit et le corps de l’homme. En nourrissant l’âme, on cultive le caractère.

 

 

 

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