Quand l’arrestation de Nicolás Maduro fissure l’ordre géopolitique mondial

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(Par Nico Minga, Économiste, Auteur & Géostratège)

L’épisode qui entoure Nicolás Maduro n’est pas une péripétie latino-américaine de plus. Il agit comme un révélateur brutal d’un monde où la puissance reprend le pas sur la patience diplomatique, où le droit international ne protège pleinement que ceux qui disposent des moyens politiques, économiques et militaires de le faire respecter, et où les États riches en ressources mais pauvres en cohésion institutionnelle deviennent des terrains d’expérimentation stratégique.

Le Venezuela concentre à lui seul près de 303 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole, soit environ 17 % des réserves mondiales. Pourtant, sa production, qui dépassait 3,2 millions de barils par jour à la fin des années 1990, est tombée sous 800 000 barils/jour en 2023. Ce décrochage spectaculaire n’est pas seulement économique. Il est politique, géopolitique et symbolique. Il rappelle qu’une richesse stratégique mal gouvernée attire moins la prospérité que la convoitise.

L’affaire Maduro ne relève pas d’une simple application de la loi fondée sur des inculpations pénales. Elle relève d’un habillage. Lorsqu’une opération coercitive s’accompagne de discours sur une administration transitoire et sur la remise sur le marché du pétrole, elle sort du champ judiciaire pour entrer pleinement dans celui du changement de rapport de force. Le droit international, tel que consacré par la Charte des Nations unies, interdit l’usage de la force contre l’intégrité territoriale d’un État hors exceptions strictement encadrées. En l’absence d’un feu vert explicite du Conseil de sécurité des Nations unies, le précédent est lourd, celui d’une justice extraterritoriale militarisée, accessible aux seules puissances capables de la projeter.

Les réactions internationales cachent à peine un malaise profond. L’Union européenne appelle à une solution politique sans valider la méthode. Les pays de l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques ou le bloc d’intégration régionale latino-américain et caribéen) dénoncent une violation caractérisée de la souveraineté. Le Brésil temporise, conscient que ce qui est toléré aujourd’hui contre Caracas pourrait demain viser un autre État du Sud. La Colombie, exposée en première ligne, se concentre sur la stabilité immédiate, dans un contexte où plus de 7,7 millions de Vénézuéliens ont déjà quitté leur pays depuis 2015. Sur les marchés, la crise réintroduit une prime géopolitique : chaque variation potentielle de 500 000 barils/jour de production vénézuélienne suffit à peser sur l’équilibre mondial, alors même que l’OPEP+ ajuste désormais ses quotas au baril près.

C’est à ce stade que le parallèle avec la République démocratique du Congo devient éclairant. Comme le Venezuela, la RDC concentre une richesse stratégique hors norme. Elle assure près de 70 % de la production mondiale de cobalt, détient des réserves majeures de cuivre, de coltan et de lithium, et dispose d’un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants de la planète. Et comme le Venezuela, elle combine cette abondance avec des fragilités structurelles persistantes, longtemps exploitées de l’extérieur.

Mais la trajectoire congolaise n’est pas condamnée à reproduire le scénario vénézuélien. La différence majeure tient au choix stratégique opéré, celui d’un partenariat économique structurant avec les États-Unis. Il est fondé non sur la prédation, mais sur la sécurisation des chaînes de valeur, la transformation locale, la transparence et la souveraineté économique.

Le partenariat RDC–USA, notamment dans les minerais stratégiques et les corridors logistiques, constitue une opportunité historique pour transformer la richesse minérale en levier de puissance plutôt qu’en facteur de vulnérabilité.

La leçon vénézuélienne vaut donc avertissement, mais aussi encouragement. Tant que la souveraineté reste formelle, l’État demeure exposé à des formes indirectes de mise sous tutelle. Mais lorsqu’elle s’appuie sur des alliances claires, assumées et mutuellement avantageuses, la souveraineté devient opérationnelle.

La méthode varie, pressions juridiques, sanctions ciblées, internationalisation des crises internes, mais la logique reste la même. Là où l’État est faible, la règle devient négociable et là où l’État est structuré, elle devient contractuelle.

Pour la RDC, l’enjeu est désormais mesurable. Industrialiser localement, sécuriser les corridors et les chaînes de valeur, renforcer l’État fiscal et la crédibilité institutionnelle, tout en s’adossant à des partenariats stratégiques solides comme celui noué avec les États-Unis. Autrement dit, transformer l’abondance minérale en capacité de négociation globale.

L’affaire Maduro n’est donc pas seulement la chute d’un homme ou l’isolement d’un régime. Elle est un miroir tendu aux pays du Sud. Un rappel brutal que le droit international protège d’autant mieux qu’il s’appuie sur une puissance interne organisée et des alliances cohérentes.

Pour le Venezuela comme pour la RDC, l’alternative est désormais claire. Il s’agit de convertir la richesse en un État structuré et en partenariats stratégiques équilibrés, ou laisser la puissance extérieure dicter le tempo de l’histoire.

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