Quel avenir pour le franc congolais ?

0

Depuis sa création le 30 juin 1998 sous Laurent-Désiré Kabila, le franc congolais a beaucoup perdu de son pouvoir d’achat.

Lors de son lancement, les artistes congolais avaient célébré ses vertus dans la chanson « le franc congolais ».

L’on se souviendra qu’un dollar américain s’échangeait contre 1,43 FC à cette époque. Cette parité était restée stable pendant un certain temps pour monter à 43 FC le dollar en 1999 à cause justement de la guerre lancée par la rébellion du RCD Goma d’Azarias Ruberwa.

Jusqu’à l’assassinat de Mzée le 16 janvier 2001, la parité était à 43 Fc pour un dollar américain.

Cette monnaie est restée forte pendant une bonne période qui va de l’accord de Sun City à la mise sur pieds du gouvernement de transition de 1+4  avec un président et quatre vice-présidents de la République jusqu’en 2005.

Avec la mise en place des institutions et donc du gouvernement Gizenga en 2006, le dollar américain s’échangeait contre 560 FC, pour monter à 920 FC vers fin 2008 quand Adolphe Muzito était arrivé à la Primature en remplacement d’Antoine Gizenga.

Matata arrive en 2012, et dirige la Primature jusqu’en 2015, la parité était de 960 FC.

En 2015, le gouverneur de la BCC, Jean-Claude Masangu avait procédé à une reforme fiduciaire pour résoudre le problème de rareté des billets, en injectant dans la circulation des billets à valeur faciale élevée de 10 mille FC, 20 mille FC, au motif que tous les petits billets à faible valeur faciale avaient disparu de la circulation.

Pendant la gouvernance de Mzée, les centimes, le billet de 1 Fc, 5 Fc, 10 Fc, 20 Fc avaient encore un certain pouvoir d’achat. Aucune grosse coupure n’était pas en circulation. Avec un franc congolais, chaque ménage kinois pouvait se procurer quatre bols de Fufu. On n’a jamais compris la formule de Mzée.

Cette tendance à la disparition des petites coupures est considérée par les dirigeants congolais comme une solution aux problèmes monétaires alors que depuis que le dollar américain existe, jamais les petites coupures à faible valeur faciale ont disparu de la circulation.

Le fait d’ajouter quatre zéros derrière le chiffre un, deux ou cinq ne doit pas être considéré comme une théorie monétaire pour augmenter le pouvoir d’achat d’une monnaie.

 

Quid des billets frais

 

La première cause de la perte du pouvoir d’achat du franc congolais, c’est le manque de discipline budgétaire et monétaire qui se traduit par une mauvaise habitude d’imprimer des billets frais pour répondre à la demande incessante de la clientèle politique. La BCC est une institution autonome.

Ces billets frais sont la cause des poussées inflationnistes qui ont un impact direct sur les prix.

L’augmentation des prix provoque deux effets dans la théorie du consommateur  à savoir, l’effet de revenu et l’effet de substitution. Point n’est besoin de revenir sur des considérations académiques. La perte du pouvoir d’achat du franc congolais est une dérivée de la mauvaise politique monétaire expansive. Une économie n’a pas nécessairement besoin d’une abondance des liquidités pour mieux fonctionner.

Nous sommes en 2025, les billets de 50 FC, 100 Fc, 200 Fc, sont foulés au sol. L’unité monétaire, c’est-à-dire le billet de 1000 Fc est affecté d’une très grande vitesse de circulation…C’est pour dire que ce billet n’a plus de pouvoir d’achat.

Prenez un billet de dix dollar ou de vingt dollar, vous pouvez vous procurer du poisson ou autre chose ou encore payer vos courses.

Mille franc congolais ce n’est pas assez pour arriver au centre-ville. C’est juste un taxi qui va de la gare au rond-point Mandela sur 24 novembre.

Nous avons une monnaie qui a quatre zéro, mais avec un faible pouvoir d’achat. Prenez cent dollars américains, vous pouvez payer votre loyer, même chose avec vingt dollars, vous pouvez payer un loyer à Badara dans le district de la Tshangu. Juste un seul zéro derrière les chiffres 1, 2 ou 5.

 

Où sont les économistes congolais ?

 

Quelle est la contribution des économistes congolais qui donnerait une certaine valeur au franc congolais ?

Lorsqu’André Wameso arrive à la Banque Centrale du Congo en remplacement de Mme Kabedi, il convoque une réunion du Comité de politique monétaire pour déterminer la quantité de la masse monétaire en circulation. Constat fait, une surliquidité estimée à près de 9 mille milliards de francs congolais avec une parité de 285 mille FC pour cent dollars américains.

C’est ça être économiste. Chercher la solution dans la loi de l’offre et de la demande monétaire. Il injecte dans la circulation 50 millions de dollars américains pour aspirer le surplus de liquidité en franc congolais. Résultat : la parité tombe à 220 mille francs congolais pour cent dollars. Attendons voir la fin de cette pratique.

Le problème n’est pas totalement résolu. Le gros du problème, les prix n’ont pas bougé. Avec dix dollars américains pour 28.500 FC, on pouvait se procurer 9 bouteilles de Limonade top. Maintenant que le taux est descendu à 22.500 FC, la Limonade a gardé son prix initial de 3.000 FC. En conclusion, avec dix dollars, je n’ai droit qu’à 7 bouteilles de Top. Dans ce jeu de change, c’est finalement la population qui perd. Le roi dollar domine l’économie mondiale avec près de 60% des réserves bancaires. Difficile de contourner le dollar américain.

Alex Tutukala Kibambe

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *