
En RDC, le gouvernement a annoncé le doublement des salaires des militaires et policiers, effectif depuis la paie de mars 2025. Le ministre des Finances Doudou Fwamba a salué un « acte historique » visant à valoriser les forces de sécurité. Chaque agent reçoit désormais le double de sa rémunération habituelle. Mais comment financer une telle mesure alors que le pays est en guerre à l’Est.
Selon les statistiques de la Banque centrale de la RDC, publiées en février, l’enveloppe salariale des FARDC s’élevait à environ 400 millions de dollars fin décembre 2024. Avec le doublement annoncé, elle pourrait atteindre près de 800 millions de dollars d’ici décembre 2025.
Premier enjeu : le respect des procédures budgétaires. Des experts rappellent qu’une telle dépense ne peut être engagée sans crédit voté. Elle devrait, en principe, être précédée par l’adoption d’un budget révisé. Or, le projet de loi de finances rectificative, attendu en Conseil des ministres depuis le 14 mars, n’a toujours pas été adopté.
Deuxième enjeu : la disponibilité des ressources. L’État fait face à une baisse des recettes publiques, liée à la guerre dans l’Est. Selon l’inspection générale des Finances, la perte atteint 9 % des recettes douanières, rien que pour les postes frontaliers de Goma et Bukavu. À cela s’ajoute la pression sur les revenus miniers.
Pour soutenir l’effort de guerre, le gouvernement évoque une réduction du train de vie des institutions. L’ONG spécialisée en finances publiques, CREFDL, propose des pistes : elle cite notamment le budget du Sénat, passé de 52 millions de dollars en 2020 à près de 100 millions en 2025, et celui de la présidence, de 152 à plus de 300 millions sur la même période. Des coupes pourraient être envisagées dans ces institutions, et d’autres, selon l’organisation. Mais tant que le collectif budgétaire n’est pas officiellement présenté, les modalités de financement de cette mesure restent incertaines.