RDC : Faut-il revoir le Code de la route face à la montée des motos-taxis et des véhicules à volant droit ? (De Favre BINTENE Patrick)

0
IMG_20260256_141405652

À Kinshasa comme dans plusieurs grandes villes de la République démocratique du Congo, la circulation a changé de visage. Les motos-taxis – communément appelées wewa – se sont imposées comme une solution de mobilité rapide et accessible. Dans le même temps, de plus en plus de véhicules à volant droit circulent sur nos routes, alors même que notre pays roule à droite.

La question mérite d’être posée sans passion : notre Code de la route, fondé notamment sur l’Ordonnance-loi n° 78-289 du 3 juillet 1978 relative à la police de la circulation routière, est-il encore adapté aux réalités actuelles ?

Le problème n’est pas l’existence des motos-taxis. Elles répondent à une demande réelle : embouteillages chroniques, insuffisance du transport public structuré, pression démographique urbaine. Les interdire brutalement serait irréaliste et socialement coûteux. En revanche, les laisser évoluer sans encadrement strict alimente l’insécurité routière.

Une réforme intelligente devrait d’abord professionnaliser ce secteur. Cela suppose une immatriculation spécifique pour le transport public par moto, une formation obligatoire avec délivrance d’un permis adapté, l’assurance responsabilité civile, le port obligatoire du casque pour le conducteur et le passager, ainsi qu’une limitation claire à un seul passager. Les motos devraient être exclues des voies rapides et soumises à des contrôles techniques périodiques. L’objectif n’est pas de sanctionner, mais d’organiser.

Le dossier des véhicules à volant droit est tout aussi sensible. Conçus pour circuler dans des pays où l’on roule à gauche, ces véhicules posent un problème évident de visibilité lors des dépassements.

Dans un environnement routier déjà fragile, ce facteur augmente le risque d’accident. Une interdiction immédiate serait difficilement applicable. En revanche, une interdiction progressive des nouvelles importations, accompagnée d’un délai transitoire pour les véhicules déjà en circulation, constituerait une option pragmatique. À défaut, leur usage pourrait être limité au transport privé, avec exclusion du transport public.

Au-delà de ces deux enjeux, la réforme du Code de la route devrait intégrer des outils modernes : digitalisation des permis et cartes grises, système de points, contrôle technique renforcé, verbalisation automatisée et meilleure traçabilité des véhicules. La sécurité routière n’est pas un luxe réglementaire ; elle est un impératif de santé publique et de productivité économique.

Revoir le Code de la route ne signifie pas durcir aveuglément les règles. Cela signifie adapter le droit à la réalité, protéger les usagers et préparer l’avenir. La mobilité urbaine évolue. Le cadre juridique doit évoluer avec elle.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *