
Joseph Kabila devait consacrer son temps à sa thèse sur les relations entre la Chine et la République démocratique du Congo (RDC), un projet académique amorcé en Afrique du Sud où il a validé, en janvier, la première phase de son travail de recherche. « Il a présenté la bibliographie, la méthodologie, les grandes lignes et le jury lui a donné son feu vert pour entamer l’écriture », confie un de ses proches. Mais aujourd’hui, l’ancien président semble prêt à mettre ce projet entre parenthèses. L’enjeu, selon son entourage, est bien plus urgent : « son pays », ajoute la même source.
Après des années de relative discrétion, Joseph Kabila refait surface. Dans une tribune publiée dans un média sud-africain, il critique la gestion de Félix Tshisekedi et met en garde contre l’illusion d’une solution militaire face à la crise dans l’est du pays. Un retour médiatique qui, selon ses proches, n’est que le début d’une stratégie plus large. L’ancien chef d’État (2001-2019) entend reprendre sa place dans le jeu politique et relancer les activités de son parti, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD).
Le retour d’un réseau politique
Depuis plusieurs mois, Joseph Kabila réactive ses réseaux. En janvier, il a réuni, à Nairobi, au Kenya, plusieurs figures-clés de son régime : Aubin Minaku, ex-président de l’Assemblée nationale, Néhémie Mwilanya, son ancien directeur de cabinet, Emmanuel Ramazani Shadary, ex-candidat à la présidentielle de 2018, Richard Muyej, ex-gouverneur du Lualaba et Bernabé Kikaya Bin Karubi, son fidèle conseiller diplomatique.
Au terme de cette rencontre, Aubin Minaku a été désigné vice-président du PPRD, avec la mission d’assurer l’intérim du parti en l’absence de Kabila. La gestion sera collégiale avec Ramazani Shadary, signe que l’ancien président veut structurer son retour avec un dispositif en place avant de poser officiellement le pied en RDC.
Un regard critique sur Tshisekedi
À travers sa tribune, Joseph Kabila ne mâche pas ses mots contre la gouvernance actuelle. Il accuse Félix Tshisekedi de « tribaliser le pouvoir », de plonger le pays dans une crise économique et institutionnelle et surtout de vouloir modifier la Constitution pour s’assurer un contrôle absolu.
« Ce que fait Tshisekedi, c’est piétiner le pacte républicain de Sun City, signé par tous les Congolais », rappelle Kikaya Bin Karubi, en référence aux accords de 2002 qui avaient permis de stabiliser la RDC après des années de guerre civile.
« Nous avons signé ce pacte pour dire plus jamais de dictature au Congo. Mais aujourd’hui, le président ne consulte plus personne, il prend ses décisions seul, sans respect de l’équilibre des pouvoirs », accuse-t-il.
Une armée sud-africaine impuissante ?
Le cercle de Joseph Kabila met également en garde contre l’option militaire, notamment avec le déploiement des troupes de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Il doute de la capacité de l’armée sud-africaine à tenir face aux rebelles du M23/AFC, soutenus par Kigali.
« Les Sud-Africains ont été humiliés à Goma. Ils ont levé le drapeau blanc, après une attaque des rebelles. Ce sont des soldats bien entraînés, mais ils ne connaissent pas le terrain », explique un général proche de Kabila, actuellement en exil.
« Faire la guerre dans le Nord-Kivu, c’est un cauchemar stratégique. C’est une région montagneuse, volcanique où l’ennemi se déplace à pied. Les blindés et les troupes étrangères ne tiendront pas. Le M23 et leurs alliés rwandais savent exactement où frapper », ajoute-t-il.
Il rappelle qu’en 2012 et 2013, sous son régime, les FARDC avaient réussi à mettre en déroute le M23, grâce à une stratégie coordonnée.
« Nous avions battu le M23. C’était fini. Aujourd’hui, ils sont de retour et ce pouvoir est incapable de défendre le pays », critique Kikaya Bin Karubi.
Un message à la SADC et à la communauté internationale
L’ancien président envoie également un message aux Sud-Africains et à la SADC, accusant l’organisation de se laisser instrumentaliser par Tshisekedi pour justifier une intervention militaire qu’il juge vouée à l’échec.
Officiellement, aucune ligne de communication n’existe entre Kabila et Ramaphosa, renseigne une source sud-africaine. Les proches de l’ex-président congolais ne cachent pas leur déception face à l’attitude du président sud-africain qu’ils accusent de « suivre aveuglément » Tshisekedi sans prendre en compte la réalité du terrain.
« L’implosion est imminente. Si le problème congolais n’est pas traité en profondeur, la crise persistera bien au-delà du conflit avec le Rwanda », avertit Kabila
Un retour sur les réseaux sociaux
En plus de son offensive politique, Joseph Kabila prépare aussi son retour sur les plateformes numériques. Il prévoit d’ouvrir un compte officiel sur Twitter, une première pour lui, afin de communiquer directement avec l’opinion publique.
« Oui, c’est authentique. Il travaille dessus », confirme un de ses proches. L’ancien président veut peser dans le débat politique, mobiliser ses soutiens et répondre aux critiques, en temps réel.