Roi des Belges, RDC et Rwanda : plain-pied dans le ‘paganisme !
«Bolole na biso, kati na biso_», disait le maréchal Mobutu dans le sens d’éviter d’exposer nos faiblesses face à l’étranger. Notamment le fait d’attribuer au roi Philippe de Belgique des actes que son statut de monarque lui interdit de poser ou de commettre. Voire cette énormité d’attribuer au Pape Léon XIV l’avertissement infligé à Mgr Fulgence Muteba !
«Je suis Blaise Mukenge, journaliste, homme de culture, et technicien audiovisuel originaire de la République Démocratique du Congo_». Ainsi s’identifie l’auteur des propos controversés prêtée au roi des Belges Philippe sur base d’une dépêche dont il s’abstient de citer la source ni la date. Le titre de sa vidéo diffusée le 11 janvier 2026 est «ROI BELGE RECADRE KAGAME SUR LES TERRES/RDC : L’ÉPICENTRE DES ENJEUX STRATÉGIQUES DU SIÈCLE». La rubrique de l’émission est «ACTUALITES ECLAIREES» de sa chaîne Youtube dénommée «AFRIKA TV NETWORK». Pourquoi cette livraison nous intéresse-t-elle ?
Blaise Mukenge a soit menti ; soit il s’est fait mentir
Le week-end du samedi 10 et dimanche 11 janvier 2026, sur Facebook particulièrement, des Congolais faiseurs d’opinion appartenant pour la plupart à la Diaspora congolaise d’Europe se sont jetés des «ordures» sur la figure, les uns soutenant la véracité de ces propos, les autres en y trouvant un mensonge grossier.
A la base : le statut du roi des Belges selon la Constitution de la Belgique.
Par décence, nous nous abstenons de les reproduire.
Dans la présentation qu’il fait du sujet (à partir de la 5’17 de la vidéo), Blaise Mukenge dit exactement ceci : _«Le roi des Belges vient de lever toute équivoque. Selon le roi des Belges, le Rwanda précolonial comme Etat moderne n’existait pas. Le Rwanda a commencé à exister après le tracé des frontières de la Conférence de Berlin, Conférence de Bismarck de 1884-1885. Seulement après que le Rwanda a commencé à exister. Le royaume Congo, par contre, lui, existait depuis très longtemps, selon le roi des Belges. Donc, on ne falsifie pas la science pour une raison que ce soit_».
C’est dans le développement du sujet (à partir de la 12ème minute de la vidéo), qu’il fait état d’une dépêche contenant les propos du roi Philippe. *Journaliste*, Blaise Mukenge est censé connaître l’existence de 3 types de dépêche :
1.Correspondance officielle concernant les affaires publiques ;
2.Communication transmise par des moyens techniques rapides ;
3.Information brève émanant d’une agence de presse ou d’un correspondant transmise aux organes de presse.
La dépêche comprend d’abord la dénomination du diffuseur, ensuite le lieu, la date et l’heure de diffusion, enfin le contenu du message diffusé.
En l’espèce, l’intéressé parle d’une dépêche par laquelle le roi Philippe s’est exprimé. Curieusement, il n’en reprend aucun de ces éléments.
Conséquence : ni sur le site de l’agence *BELGA* (équivalent de l’ *ACP*), ni sur celui de la *RTBF* (équivalent de la *RTNC*), il n’y a trace de la déclaration. Les quotidiens privés belges comme *LA LIBRE*, *LE SOIR*, *LA DERNIERE HEURE* ou *L’ECHO* n’en parlent pas non plus.
On comprend directement que Blaise Mukenge a soit menti, soit il s’est fait mentir ; ce qui, au final, revient au même.
Faisons une digression avec l’admonestation de Mgr Fulgence Muteba par le Pape. Ni l’agence officielle Misma, ni Radio Vatican n’en parlent. Pourtant, l’info circule dans les réseaux sociaux pro-Udps.
Deux préoccupations nous interpellent
La vérité à relever est que les prétentions du Rwanda par rapport aux terres congolaises sont réelles. Déjà en 1998, à la faveur de l’agression *rwando-burundo-ougandaise* d’août et de septembre sous le couvert du Rcd et du Mlc, Pasteur Bizimungu, successeur de Juvénal Habyarimana et prédécesseur de Paul Kagame, en avait appelé à *Berlin II*. Paul Kagame l’a annoncé à plusieurs reprises et même Bertrand Bisimwa s’y est risqué en 2023 et 2025.
Heureuse coïncidence : dans une vidéo mise en ligne le même week-end du 10 au 11 janvier 2026, Paul Kagame y revient en évoquant l’antériorité des revendications du M23 à l’avènement non pas que de Félix Tshisekedi, mais aussi de ses prédécesseurs Joseph Kabila, Laurent-Désiré Kabila, Mobutu Sese Seko et Joseph Kasa-Vubu. La particularité de cette vidéo est de remonter à avril 2023. C’est seulement maintenant qu’elle est présentée en une nouveauté et exploitée partiellement pour dédouaner Félix Tshisekedi seul et « condamner » tous ses prédécesseurs, de Kasa-Vubu aux Kabila en passant par Mobutu.
Pourtant, Kagame situe le problème à Berlin 1885.
La vérité à relever également est que deux scientifiques congolais, Professeurs d’université de surcroît (*Isidore Ndaywel* et *Bob Kabamba*), soutiennent la thèse contraire. A chacune des occasions leur offertes par les médias, ils démontrent que *c’est plutôt le Rwanda qui doit des terres au Congo et non l’inverse*.
Dès cet instant, deux préoccupations nous interpellent :
*première préoccupation* : pourquoi Kinshasa n’en appelle pas à une Conférence internationale pour permettre aux scientifiques congolais et aux scientifiques rwandais, devant l’arbitrage des scientifiques internationaux – principalement ceux des puissances ayant participé à la Conférence de Berlin de 1885 – de confronter leurs connaissances sur la question *foncière* hautement sensible dans les relations entre communautés transfrontalières ;
*deuxième préoccupation* : pourquoi Kinshasa ne porte pas plainte à charge du Rwanda auprès de la Cour Internationale de Justice (CIJ) pour fait d’agression des suites de la guerre actuelle.
Pour rappel, en *février 1999*, la RDC, avec à sa tête Laurent-Désiré Kabila, l’avait fait contre le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda.
On ne sait pas trop pourquoi la plainte contre le Rwanda avait été retirée peu avant l’assassinat du Mzee le 16 janvier 2001. Par contre la plainte contre l’Ouganda avait été maintenue. D’où l’arrêt de la CIJ condamnant ce pays aux indemnisations en cours de versement, indemnisations malheureusement «détournées» de leur objectif initial au profit des victimes d’une Guerre de Six Jours survenue à Kisangani en juin 2000, entendez après la plainte.
Au nom du principe de *continuité de l’Etat*, Kinshasa devait se servir du verdict de la CIJ comme preuve de reconnaissance de l’agression.
Constatons seulement (et malheureusement) que la RDC clame dans toutes les tribunes à sa portée (ONU, UA, UE, CEEAC, SADC, CIRGL, EAC, Washington, Doha, Luanda, Nairobi, Harare, Dar Es Salam, Davos, Munich etc.) l’existence de l’agression rwandaise et des menaces d’annexions territoriales de Paul Kagame dans le Kivu particulièrement mais sans faire l’essentiel, c’est-à-dire mettre le Rwanda en accusation auprès de la CIJ et débattre scientifiquement de la question foncière, quand bien même le Rwanda (à l’instar du Burundi) n’en soit pas État partie.
Après tout, la CIJ traite de plusieurs différents frontaliers dans le monde. Pour ne citer que l »Afrique : Bénin-Niger ; Burkina Faso-Mali ; Burkina Faso-Niger, Nigéria-Cameroun, Somalie-Kenya, Libye-Tchad, etc. Se font-ils la guerre pour autant ?
En plus, pour l’Afrique, il y a aussi le principe de respect de l’intagibilité des frontières héritées de la colonisation.
Dialogue inéluctable, incontournable
C’est ici que le Dialogue national est plus qu’une nécessité pour devenir un *impératif*. Car les causes profondes du conflit plongent leurs racines non pas dans la dans la décolonisation (1960 à ce jour), mais, selon Paul Kagame, dans la colonisation et la précolonisation (*Berlin 1885*).
Le Congo a aujourd’hui la chance d’avoir des compatriotes qui sont allés d’ailleurs au-delà de cette étape. Tel est le cas de *Didier Mumengi* et de nombreux compatriotes du Kivu ayant fait l’effort d’apprendre et de comprendre les enjeux des Grands Lacs dans toutes leurs complexités.
A ces Congolais s’ajoutent des étrangers, particulièrement des *Belges*, qui en savent davantage.
Tous constituent des *personnes ressources* susceptibles d’être mobilisées notamment par la Cellule d’Etudes Desk Grands Lacs (DESK-GL) fonctionnant au cabinet du Président de la République.
Effectivement, il y a dans la sous-région des Grands Lacs, spécifiquement à l’ *Est kivutien* de la RDC, des matières qui dépassent de loin le cadre restreint de l’ordre institutionnel congolais en place.
Au lieu alors de se perdre en conjectures en laissant des «Blaise Mukenge» développer des thèses de nature à frôler pour rien des incidents diplomatiques et à éloigner le Congo de la solution finale, le régime Félix Tshisekedi est appelé à réaliser qu’il a plus à gagner qu’à perdre du Dialogue pour la Refondation du Congo par la Réparation et pour la Réconciliation. C’est un Dialogue inéluctable, incontournable.
Dommage qu’on le réduise au positionnement des forces politiques et sociales comme s’il était interdit à un chef d’Etat, à un régime, à un parti politique ou à une plateforme politique de réfléchir *en plein mandat* à l’avenir du pays en d’autres termes que ceux du _«ôte-toi que je m’y mette_».
Les «Paul Kagame» d’ici et d’ailleurs y trouvent, eux, leurs comptes en voyant les Congolais se disputer autour d’un os d’ailleurs…pelé !
Bien plus, en se réjouissant de la vidéo de Paul Kagame, le Pouvoir ne peut plus justifier la poursuite de la guerre !
C’est maintenant que l’expression latine _ »Cedant arma togae_ », en français _«Que les armes cèdent à la toge_» ou encore _«L’épée le cède à la toge_», prend toute son importance…
*PROCHAINEMENT : _ »Affaire vidéo Kagame : pourquoi seulement dédouaner Félix Tshisekedi et condamner ses 4 prédécesseurs ?_ »*
Omer Nsongo die Lema



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