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Selon le Groupe d’experts: 6.000 à 7.000 militaires rwandais déployés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu

Selon le Groupe d’experts: 6.000 à 7.000 militaires rwandais déployés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu

Plus de doute sur l’implication de l’armée rwandaise dans l’agression de la République démocratique du Congo. En effet, un autre rapport des experts de l’ONU donne de détails sur la présence massive des forces de défense rwandaise aux côtés de l’AFC/M23 dans leur conquête du territoire national. Le Groupe d’experts constate l’utilisation par l’armée rwandaise de technologies et d’équipements militaires sophistiqués, y compris des systèmes de brouillage et d’espionnage.

Une lettre datée du 30 décembre 2025, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo, constate que dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, malgré les avancées réalisées quant aux efforts de médiation, la situation en matière de sécurité s’est détériorée et a été marquée par de violents affrontements armés. La situation humanitaire a empiré et les attaques généralisées et systématiques contre les civils ainsi que les violences sexuelles liées au conflit se sont multipliées de façon alarmante.

L’AFC/M23 a étendu sa campagne militaire dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, avec le soutien de la Force de défense rwandaise (FDR) et en coordonnant ses opérations avec elle, combinant des offensives coordonnées, des déploiements stratégiques et les préparatifs de nouvelles opérations. La FDR a continué d’utiliser des technologies d’espionnage et de brouillage, perturbant les systèmes de navigation et les communications.

Après avoir consolidé leur contrôle autour de Goma, l’AFC/M23 et la FDR se sont concentrées sur la neutralisation des FDLR, en menant des opérations qui ont donné lieu à de violents affrontements et au ciblage généralisé et systématique des civils, en particulier dans les régions de Bwito et de Bwisha où vivent des Hutus.

Le rapport constate que le Rwanda a continué à déployer des troupes et à mener des opérations militaires en violation des dispositions de l’Accord de Washington et de la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité (voir par. 67 à 71 ci-dessous) et n’a pas exercé de pression sur l’AFC/M23 pour qu’elle cède des territoires, mette fin à ses efforts de consolidation ou cesse ses opérations militaires.

Mise en place des structures fiscales parallèles

Alors qu’elle était confrontée à une grave crise de liquidités et luttait pour éviter l’effondrement économique – suite à la suspension des opérations bancaires formelles par le Gouvernement de la République démocratique du Congo et du fait de la réticence des entreprises privées et des institutions financières à collaborer avec une entité visée par des sanctions (S/2025/446, annexe 19), l’AFC/M23 a mis en place des structures fiscales et financières parallèles afin de pouvoir continuer à collecter des recettes et de gérer les liquidités (voir annexe 14).

Les forces de la FDR et de l’AFC/M23 ont procédé à des exécutions sommaires, à des arrestations et détentions arbitraires ainsi qu’à la destruction délibérée et à l’incendie d’infrastructures civiles, y compris des habitations et des villages, ce qui a entraîné des déplacements massifs de civils42. Depuis le début des opérations en avril, l’ONU et des sources humanitaires ont rapporté que plus de 300 civils avaient été tués dans la seule chefferie de Bwito (victimes collatérales et victimes d’exécutions ciblées).

L’exploitation artisanale de l’or s’est fortement accrue à Luhihi suite à la découverte de riches gisements sur le site de « Lomera » en janvier 2025. L’imagerie satellitaire confirme l’expansion rapide des activités minières et l’installation d’un nouveau site minier (voir annexe 27). Selon des sources locales, plus de 5 000 creuseurs artisanaux ont travaillé à Lomera au cours du premier semestre 2025 sur des centaines de puits miniers en exploitation.

Opérations minières dans la région

L’AFC/M23 a établi un contrôle de facto sur les opérations minières dans la région après avoir pris le pouvoir à la mi-février, remplaçant les services officiels de l’État par un « bureau minier » local fonctionnant sous son autorité. Les autorités de facto ont imposé une taxe de production de 30 % sur le prix de vente du minerai à la bouche de mine73.

Des agents de l’AFC/M23 ont mis en place un système structuré pour contrôler et évaluer la qualité du minerai, y compris des inspections régulières des teneurs minérales dans les fosses en activité, et pour superviser la quantité de minerai transportée vers les concasseurs (voir annexe 28). Des taxes supplémentaires ont été imposées à divers acteurs et activités du secteur minier74.

Le 30 août, l’AFC/M23 a suspendu ses activités minières à Lomera en raison de tensions avec le secteur minier résultant de l’effet combiné de l’expansion minière non réglementée et des pratiques de recherche de rente de l’AFC/M23, qui a promis de reprendre les activités minières après l’enregistrement des creuseurs artisanaux. Les retards dans la mise en œuvre du processus d’enregistrement ont conduit à penser que les autorités de facto avaient l’intention de passer à une exploitation semi-mécanisée.

Le Groupe d’experts a obtenu d’autres éléments de preuve – notamment des témoignages provenant de l’AFC/M23, d’un commandant de haut rang de l’AFC/M23, des services de renseignement, de diplomates et des services de sécurité – confirmant la poursuite des déploiements transfrontaliers de la FDR, le renforcement de sa présence dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, son positionnement sur les lignes de front et sa participation directe aux combats, notamment en prenant la tête d’opérations anti-FDLR dans les territoires de Nyiragongo et de Rutshuru (voir par. 36 à 39 et 41 ci-dessus).

Au moment de l’établissement du présent rapport, selon une estimation prudente du Groupe d’experts, entre 6 000 et 7 000 membres de la FDR – constituant au minimum deux brigades et deux bataillons de forces spéciales – restaient déployés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.

Il s’agissait de formations organisées par tâches et par missions, créées spécifiquement pour l’opération transfrontalière en République démocratique du Congo et comptant dans leurs rangs des éléments des forces spéciales et un grand nombre de membres des forces de réserve.

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