Sicomines : Jules Alingete révèle des écarts majeurs au Forum Chine–RDC
À l’ouverture du Forum Médias Chine–RDC à Kinshasa, Jules Alingete a marqué les esprits par une intervention percutante, mêlant révélations chiffrées, mise en perspective historique et appel à une réforme en profondeur de la gouvernance publique en République démocratique du Congo.
D’entrée de jeu, l’ancien chef de service de l’Inspection générale des finances (IGF) a tenu à clarifier un dossier qu’il estime « souvent commenté dans tous les sens ». Revenant sur la genèse du partenariat sino-congolais autour du projet Sicomines, il a replacé celui-ci dans un contexte post-conflit, caractérisé par un déficit criant d’infrastructures et un manque d’investissements. « La RDC sortait d’une période de guerre, avec des infrastructures détruites et une activité minière en berne. C’est dans ces conditions que les partenaires chinois ont accepté de s’engager », a-t-il rappelé.
Selon lui, le modèle initial reposait sur un principe simple : financer les infrastructures grâce aux ressources minières, en contrepartie d’avantages fiscaux. Un mécanisme qu’il a qualifié de « modèle infrastructures contre exonérations », précisant que ces avantages trouvent leur base dans une loi adoptée par le Parlement en 2014.
Cependant, l’audit mené par l’IGF à partir de 2022, à la demande du président Félix Tshisekedi, a révélé d’importants déséquilibres. « Sur 15 ans, sur les 3 milliards de dollars d’infrastructures attendus, à peine 800 millions ont été réalisés », a-t-il dévoilé, évoquant également des irrégularités dans l’exécution de plusieurs projets, tant au niveau des coûts que de la qualité.
L’intervention de Jules Alingete a également levé le voile sur le montage financier du barrage de Busanga, financé à hauteur de 560 millions de dollars. Il a indiqué que cette infrastructure avait été gérée via une structure autonome associant des entreprises chinoises et une société privée congolaise, sans participation directe de l’État. La renégociation intervenue en 2024 a toutefois permis à la RDC de récupérer 40 % des parts, contre 60 % pour la partie chinoise.
Au-delà du dossier Sicomines, l’expert en finances publiques a dénoncé plusieurs cas de projets aux coûts jugés excessifs, notamment certains axes routiers urbains ainsi que la réhabilitation de l’hôpital du Cinquantenaire, estimée à plus de 100 millions de dollars malgré des infrastructures préexistantes. Pour lui, ces exemples traduisent un déficit de contrôle et de transparence dans la gestion des fonds publics.
Il a néanmoins salué les avancées issues de la revisitation du contrat Sicomines, qui ont permis, selon lui, de relancer plusieurs chantiers d’infrastructures, dont la rocade de Kinshasa.
Sur le plan institutionnel, Jules Alingete a également accueilli favorablement la création du tribunal pénal économique et financier, rendant hommage au président Félix Tshisekedi, à la Première ministre Judith Suminwa ainsi qu’au ministre de la Justice Guillaume Ngefa. Il voit en cette juridiction spécialisée un outil clé pour lutter efficacement contre la délinquance économique et renforcer la crédibilité de l’État.
Insistant sur le lien étroit entre gouvernance et attractivité économique, il a conclu en appelant à l’instauration d’une culture de responsabilité et de redevabilité. « Sans rigueur dans la gestion, il ne peut y avoir ni confiance ni développement durable », a-t-il martelé, invitant les autorités, les partenaires et les médias à tirer les leçons des dérives passées.
Par Didier Mbongomingi
