Six principes pour un tourisme qui profite aux populations, aux territoires et aux économies (Louise Twining-Ward, Paula Bellas Suárez et Jessica Wilson)
Le tourisme génère 10 % du PIB mondial et soutient un emploi sur dix dans le monde. C’est pourquoi il constitue un secteur d’intérêt prioritaire pour le Groupe de la Banque mondiale.
Au cours de la dernière décennie, le Groupe de la Banque mondiale a mobilisé plus de 10 milliards de dollars pour appuyer le développement du tourisme dans 80 pays. À quoi tient la réussite d’un projet dans ce domaine ?
Un tout nouveau rapport intitulé Tourism for Development: Lessons Learned from a Decade of World Bank Experience (a) tire les enseignements d’une décennie d’expérience : quels sont les points forts et les écueils de la conception des projets menés dans le secteur du tourisme ? Les conclusions identifient six ingrédients essentiels pour que ces projets produisent un véritable impact sur le développement.
1. Partir d’une connaissance solide de la demande touristique
Il est essentiel de comprendre le profil des visiteurs, pourquoi ils viennent et combien ils dépensent. Pourtant, dans de nombreuses destinations, les données touristiques sont fragmentaires ou obsolètes. Les projets qui investissent dès le départ dans l’analyse de la demande sont en général plus performants. Lorsque les données conventionnelles font défaut, des alternatives peuvent pallier en partie ce manque : données de suivi des vols, dépenses par carte bancaire, plateformes de réservation ou outils de modélisation de la demande par segment. Cela signale toutefois la nécessité d’investir dans des systèmes de données plus robustes au cours de la mise en œuvre du projet. De meilleures données, c’est aussi de meilleures décisions (a), tant pour les pouvoirs publics que pour les entreprises.
2. Bâtir une gouvernance touristique solide et coordonnée
Le tourisme est un secteur complexe : il est à la croisée des ministères, des municipalités et des marchés. Les projets qui réussissent s’appuient généralement sur un leadership fort des ministères du tourisme et sur des mécanismes de coordination clairs : organisations de gestion des destinations public-privé (a), comités de pilotage, stratégiques ou consultatifs. La construction d’une vision partagée pour le développement du tourisme, étayée par un renforcement des capacités institutionnelles, permet de maintenir la cohésion entre les acteurs et d’orienter les investissements là où ils sont le plus nécessaires.
3. Libérer le potentiel des MPME du tourisme
Les petites entreprises sont la colonne vertébrale du tourisme : à l’échelle mondiale, elles représentent environ 80 % des emplois du secteur. Pourtant, nombre de petites entreprises touristiques se heurtent à des obstacles pour accéder aux financements, se rapprocher de grandes entreprises internationales et atteindre des marchés. Soutenir les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) par des formations ciblées, du mentorat, des certifications et des solutions innovantes peut améliorer sensiblement les résultats des projets. Et, pour assurer la pérennité, il est essentiel d’identifier et de lever les obstacles à la croissance des entreprises — en particulier ceux qui freinent l’essor des entreprises appartenant à des femmes (a). Un tourisme inclusif, c’est un tourisme qui égalise les chances et offre à tous les entrepreneurs une réelle opportunité de réussir.
4. Investir stratégiquement dans les infrastructures touristiques
Les infrastructures sont un levier de croissance et d’emploi, à condition d’être stratégiques, durables et bien ciblées. Le rapport montre qu’un saupoudrage des investissements risque de diluer l’impact des projets. Au contraire, concentrer les efforts sur les zones à fort potentiel ou sur les circuits et corridors touristiques peut stimuler la demande et attirer les investissements privés. Associer les infrastructures à une assistance technique garantissant une bonne gouvernance et un financement durable (a) — notamment pour le patrimoine naturel et culturel — est un gage de succès à long terme.
5. Un tourisme qui répare, pas qui détruit
Le tourisme contribue à l’augmentation des déchets et à une forte consommation d’énergie et d’eau, mais il peut aussi être un moteur de préservation de la biodiversité et du patrimoine culturel. Des projets touristiques qui sensibilisent aux enjeux tels que la déforestation, l’extraction de sable ou les déchets plastiques peuvent influencer les politiques publiques et promouvoir des pratiques plus durables (a). Les programmes de certification et les normes environnementales contribuent par ailleurs à réduire les risques au niveau des entreprises. Et lorsque les budgets publics sont contraints, les redevances touristiques — droits d’entrée dans les parcs ou taxes de séjour — peuvent constituer une source de financement essentielle pour les aires protégées et les communautés locales.
6. Mesurer ce qui compte et diffuser les résultats
Les activités touristiques étant transversales, les approches pour la mesure des résultats varient considérablement. Définir une théorie du changement commune et un ensemble d’indicateurs — sur des résultats comme la performance touristique, l’emploi, l’investissement et la durabilité — peut améliorer le suivi et l’apprentissage. Il est indispensable de suivre les enseignements et de diffuser largement les résultats pour améliorer l’impact des projets touristiques.
En résumé
Des approches intégrées et intersectorielles sont essentielles : lorsque gouvernements, entreprises, communautés et partenaires de développement collaborent autour d’une vision commune, ils sont bien mieux placés pour concevoir des projets à fort impact, au bénéfice des destinations et des populations qui y vivent.
