Sud-Kivu : À Kajutchu, le choléra avance chaque jour et les habitants appellent au secours
Dans le village de Kajutchu, en groupement d’Irambi Katana, le choléra se propage à une vitesse alarmante. Face à quatre à cinq nouveaux cas quotidiens et au manque de traitements, soignants et habitants lancent un cri d’alarme aux autorités sanitaires et aux organisations humanitaires.
Le village de Kajutchu vit au rythme d’une urgence sanitaire qui s’intensifie d’heure en heure. Dans cette localité du territoire de Kabare, les habitants assistent impuissants à la montée fulgurante du choléra, une maladie qui s’est installée en silence avant de frapper avec une brutalité soudaine. Au centre de santé de Bumera, les lits se remplissent aussitôt qu’ils se vident, tandis que les intrants médicaux, eux, s’épuisent. « Nous faisons ce que nous pouvons, mais nous n’avons plus les moyens de soigner dignement », confie d’une voix lasse un infirmier du centre.
Le défenseur des droits humains Henoc Natcheya, témoin direct de la situation, multiplie les alertes depuis plusieurs jours. Selon lui, « si rien n’est fait maintenant, Kajutchu deviendra un foyer incontrôlable de choléra ». Sa voix traduit l’inquiétude d’une population abandonnée à elle-même, alors que la maladie gagne du terrain dans les villages voisins. Pour de nombreux habitants, l’absence d’eau potable et l’insuffisance d’assainissement ont rendu cette flambée presque inévitable.
Au centre de santé de Bumera, les soignants n’ont d’autre choix que de transférer les cas graves vers Kasheke, dans le territoire voisin de Kalehe. Mais ce déplacement représente un défi en soi : les routes sont en mauvais état et les familles n’ont pas toujours les moyens d’assurer le transport. « J’ai dû vendre mes deux poules pour payer la moto qui a emmené mon fils », témoigne Mama Furaha, les yeux remplis d’angoisse. Ce genre de sacrifices devient le quotidien de nombreuses familles prises au piège de la maladie.
Dans les ruelles de Kajutchu, la peur s’est installée. Les habitants évitent de serrer la main, de partager des repas ou même de passer près des points d’eau suspectés. « On vit dans la crainte permanente », confie Bahati, un jeune du village. « Chaque matin, on apprend qu’un voisin est tombé malade. On ne sait plus comment se protéger. » Son témoignage est partagé par de nombreux jeunes qui dénoncent l’absence totale de sensibilisation communautaire depuis le début de la flambée.
Face à cette situation, plusieurs acteurs locaux appellent les autorités à agir rapidement. Le chef du groupement affirme que « la population ne demande pas l’impossible, juste des médicaments, de l’eau traitée et une présence médicale renforcée ». Pour lui, une intervention rapide pourrait encore éviter le pire. Les autorités sanitaires du Sud-Kivu, déjà alertées, peinent toutefois à déployer une réponse à la hauteur de l’urgence, faute de moyens logistiques suffisants.
Pendant ce temps, la maladie poursuit sa progression. Les habitants de Kajutchu, déjà fragilisés par des années d’abandon, craignent que cette épidémie ne soit qu’un épisode de plus dans une longue série de crises. « Nous avons l’impression d’être oubliés », lâche Faustin, un enseignant du village. « Nous voulons juste que nos enfants puissent vivre dans un endroit où boire de l’eau ne signifie pas risquer la mort. »
Leur message est clair : il faut agir maintenant, avant que Kajutchu ne s’enfonce dans une catastrophe sanitaire irréversible.
