Tribune libre: Quand la LIFUDS rejette la proposition de loi Mudekereza sur la polygamie
Quelle sordide et saugrenue idée que celle d’un élu national de Walungu, de surcroît serviteur de Dieu de soumettre une proposition de loi relative à l’institutionnalisation de la polygamie dans notre pays ! Manque-t-il à faire à l’Assemblée Nationale et dans son église? Quel fasciste !
Dans une société en quête de justice et de modernité, de telles idées qui circulent dans l’espace public nous rappellent combien le combat pour la dignité humaine en général et pour la valorisation de la femme congolaise reste essentiel.
Parmi elles, cette idiote et folle idée qui vise à multiplier les épouses comme s’il s’agissait d’une norme sociale acceptable de nature à développer notre pays. On ne développe jamais un pays par la polygamie ! Cette proposition ténébreuse ne doit jamais être tolérée dans une République qui se veut démocratique, respectueuse des droits humains et tournée vers l’avenir. Une question de dignité, avant tout!
La femme n’est pas une unité conjugale que l’on additionne ni un trophée social ni encore moins un instrument culturel, ravalée au rang de marchandise.
Chaque femme est une personne entière avec une conscience, avec des droits, avec une dignité inaliénable.
Le mariage étant une institution sacrée dans nos cultures, le réduire au nombre d’épouses possibles revient à nier l’humanité de la femme et à consacrer maladroitement une forme moderne de déshumanisation. Ce qui constitue une menace contre l’égalité constitutionnelle bien établie dans notre Constitution en vigueur qui reconnaît clairement l’égalité entre l’homme et la femme.
Toute idée qui institue une supériorité structurelle masculine masquée est une violation morale de cet esprit républicain et heurte totalement les fondements de la masculinité positive.
Institutionnaliser ou tolérer des systèmes qui favorisent la domination de la femme par l’homme c’est encourager inconsciemment la servitude conjugale. Car, le renforcement du patriarcat affaiblit la citoyenneté féminine, dessert la femme, banalise l’injustice sociale. L’égalité ne se proclame pas seulement. Elle se défend.
Cette proposition stupide n’est qu’une diversion face aux vrais défis de notre société, de notre pays.
Pendant que notre nation lutte contre la pauvreté, les inégalités éducatives, les violences basées sur le genre, le chômage des jeunes, l’absence d’un système sanitaire adéquat, certains compatriotes en panne d’imagination s’évertuent à provoquer des débats archaïques, tentent de ramener la société en arrière.
La vraie urgence de l’heure n’est pas de multiplier les épouses pour l’homme. Mais, elle consiste à scolariser chaque fille, à autonomiser chaque femme, à protéger chaque mère, à valoriser chaque travailleuse.
Le progrès d’une nation se mesure à l’aune de la place qu’elle accorde à la femme. D’ailleurs, depuis l’indépendance, les femmes congolaises ont été très combattantes, éducatrices, entrepreneures et artisanes de paix.
Elles ont porté le poids des familles entières sur leurs épaules. Elles ont maintenu l’économie informelle debout. Elles ont tenu la société lorsque tout vacillait.
Aujourd’hui encore, elles continuent de bâtir l’avenir souvent dans l’ombre. Les réduire à une logique quantitative dans le mariage serait une insulte à cette histoire.
En ma qualité de Présidente Nationale de la Ligue des Femmes de l’UDS, en sigle LIFUDS, je suis engagée dans la lutte pour la justice sociale et la dignité humaine. J’affirme sans ambiguïté que la LIFUDS refuse toute idéologie qui transforme la femme en objet social, qui prône sa marchandisation. Elle combat toute idée pernicieuse qui cautionne et banalise la domination masculine.
La LIFUDS défend une vision moderne et équilibrée de la femme congolaise ainsi que de la famille. Elle milite pour une République où la femme est partenaire, pas propriété d’un quelconque quidam sorti de n’importe quelle brousse.
Le véritable combat n’est pas contre une personne, mais contre une mentalité. Une mentalité qui veut maintenir la femme dans l’infériorité, dans la servitude. Une mentalité qui confond tradition et oppression. Une mentalité qui craint l’égalité parce qu’elle perd ses privilèges. Or, l’histoire avance. Et l’histoire donne toujours raison à la dignité.
Ainsi, la LIFUDS appelle les institutions nationales, la Société Civile, les leaders d’opinion et la jeunesse à rejeter fermement toute idée qui banalise la dévalorisation de la femme. Car, une nation qui respecte la femme, se respecte elle-même.
La femme congolaise n’est pas une statistique conjugale ni un trophée à brandir. Elle est une conscience, une force, une fondation de la République.
La femme congolaise n’est pas, enfin, une marchandise. Elle est la dignité vivante de la nation.
Charlotte BUIMPE DIOMBELAYI
Présidente Nationale de la LIFUDS
Membre Co-Fondateur de l’Internationale Antifasciste
