Tribune: Peut-on prétendre diriger la Francophonie sans régler ses propres engagements? (Par le Collectif des Agents Lésés du Comité National des IXᵉ Jeux de la Francophonie)
En 2023, la République Démocratique du Congo accueillait les IXᵉ Jeux de la Francophonie.
Un moment historique.
Une vitrine internationale.
Un symbole de leadership régional.
Aujourd’hui, la RDC annonce officiellement sa candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie.
Cette ambition est légitime. Elle est même souhaitable.
Notre pays a vocation à jouer un rôle majeur dans l’espace francophone.
Mais une question s’impose.
Peut-on prétendre diriger la Francophonie sans avoir réglé les engagements pris dans le cadre même des Jeux de la Francophonie organisés sur notre sol ?
Nous sommes quatorze agents nommés officiellement par Arrêté ministériel n°0011/CAB/MIN/IRF/2022 du 1er avril 2022, portant désignation des membres des départements et commissions des IXᵉ Jeux de la Francophonie.
Nomination officielle.
Acte administratif de l’État.
Pendant plus d’une année, nous avons exercé nos fonctions au sein du Comité National des Jeux.
Près de trois ans après l’événement, nos arriérés de salaires et nos indemnités de sortie n’ont toujours pas été régularisés.
Le montant total revendiqué, sur base des états de paie internes versés au dossier judiciaire, s’élève à 433 980 dollars américains
.
Ces montants ne sont pas arbitraires.
Ils sont ventilés par fonction, par période de travail, par poste occupé.
Les indemnités de sortie trouvent notamment leur fondement dans les textes applicables en matière de rémunération, dont l’Ordonnance n°19-082 du 23 novembre 2019
.
Depuis juin 2024, nous avons saisi les autorités compétentes : ministère concerné, ministère de la Justice, Inspection du Travail, Inspection des Finances, ministère des Droits Humains.
Des accusés de réception ont été donnés.
Mais aucune régularisation effective à ce jour.
Notre démarche n’est pas une attaque contre une personne.
Elle n’est pas un acte politique.
Elle est une question de cohérence nationale.
La Francophonie repose sur des valeurs :
le respect du droit,
la justice sociale,
l’équité,
la dignité.
Comment porter ces valeurs à l’international si nous ne les appliquons pas intégralement chez nous ?
Le leadership ne se proclame pas.
Il se démontre.
Un État qui aspire à diriger doit d’abord montrer qu’il honore ses engagements envers ceux qu’il a officiellement nommés pour servir.
Apurer les contentieux liés aux Jeux de 2023 ne serait pas un signe de faiblesse.
Ce serait un acte de maturité institutionnelle.
La RDC a aujourd’hui une opportunité :
montrer que son ambition internationale s’accompagne d’une rigueur interne irréprochable.
Car la crédibilité d’un pays ne se mesure pas seulement à ses discours diplomatiques.
Elle se mesure à sa capacité à respecter ses propres décisions administratives.
La Francophonie commence à domicile.
