UDPS : Ces anciens combattants plongés dans l’ombre du renouveau
Enquête – Le cas de Mulay Djany Tshibuy René Médard, mémoire vivante d’un parti en quête de repères
Kinshasa, octobre 2025 – Rédaction politique
Il est de ces figures dont le parcours se confond avec l’histoire de la démocratie congolaise. Des hommes forgés dans la fidélité, trempés dans l’exil, façonnés par la conviction et la douleur. Des bâtisseurs de l’ombre, dont la loyauté à l’idéal de justice a souvent coûté la liberté, la stabilité et parfois la reconnaissance. Parmi eux, Mulay Djany Tshibuy René Médard, aujourd’hui Secrétaire national en charge des Relations extérieures de l’UDPS, incarne à lui seul l’esprit du combattant : une existence consacrée à la liberté, vécue entre le terrain, la salle de classe et les arènes politiques du monde.
Un épisode fondateur : l’arrestation de 1988 et l’appel de la liberté
L’année 1988 marque un tournant dans sa vie. À Kasavubu, il se mêle à la foule venue écouter le Leader Maximo Étienne Tshisekedi wa Mulumba restituer les fruits d’une tournée historique en Europe et en Amérique. Le moment est solennel, chargé d’émotion et de défi. Mais la liesse populaire sera de courte durée. Les agents du régime Mobutiste, irrités par la ferveur du rassemblement, procèdent à des arrestations ciblées.
Parmi les interpellés, Mulay Djany Tshibuy. L’homme est arrêté, brutalisé, promis à l’anéantissement comme tant d’autres militants de l’époque. Pourtant, le destin lui offre un sursis inattendu : un Major des Forces Armées Zaïroises, qu’il avait autrefois entraîné au football à Mbandaka, le reconnaît. Ce dernier s’interpose, prend des risques personnels et obtient sa libération. Ce geste de gratitude, rare en ces temps de peur, scelle son départ en exil.
De cet épisode naîtra une conviction indestructible : la liberté n’est jamais donnée, elle se conquiert et se défend, au prix de l’exil s’il le faut. C’est alors que Mulay quitte le pays, emportant avec lui une mission : servir son peuple autrement, là où le combat peut encore s’organiser.
Un parcours rare : de l’entraîneur au stratège politique
Avant de devenir diplomate, Mulay fut homme de sport, pédagogue et stratège collectif. Entraîneur de football dans trois pays — RDC, Gabon et Canada — il y apprend la discipline, la cohésion et l’analyse. Sur le terrain, il découvre ce que tout leader doit savoir : la victoire naît du travail d’équipe et du respect mutuel. Ces leçons guideront toute sa vie politique.
Son parcours académique est à l’image de son engagement : méthodique et ambitieux. Formé à l’Athénée de la Gombe, il poursuit à l’Institut Pédagogique National, où il s’illustre déjà comme leader étudiant, avant de s’envoler vers l’Université Omar Bongo du Gabon. Sa soif de savoir le conduira ensuite au Canada, à l’Université de Montréal, où il approfondit les sciences politiques, la diplomatie et l’histoire politique.
Professeur, formateur et syndicaliste, il a formé des générations d’enseignants au Gabon, en RDC et au Canada, tout en s’engageant dans la défense des travailleurs au sein du syndicat nord-américain TUAC. À travers ces fonctions, il développe une conception humaniste du pouvoir : celui qui s’exerce par le dialogue, non par la contrainte.
La mission Tshisekedi : un stage historique au Parti libéral du Canada
C’est à la demande expresse du Président Étienne Tshisekedi wa Mulumba qu’il participe, avec quatre autres membres de l’UDPS, à un stage de six mois au Parti libéral du Canada. Cette immersion, à la fois intellectuelle et politique, marque un tournant dans sa carrière. Il y découvre une culture de gouvernance fondée sur la transparence, la communication de proximité et le respect des institutions.
Ce séjour lui permet aussi de comprendre les ressorts d’un parti de masse bien structuré, où la formation des cadres et la participation citoyenne priment sur la loyauté aveugle. À son retour, il est chargé d’une mission délicate : organiser et diriger les circonscriptions orphelines de Rivière-des-Prairies et Pointe-aux-Trembles à Montréal. Dans un contexte marqué par la diversité culturelle et linguistique, il parvient à fédérer les militants congolais de la diaspora autour de valeurs de solidarité et de responsabilité civique.
Cette expérience lui donnera une vision moderne de la politique — une vision que l’UDPS gagnerait aujourd’hui à réhabiliter.
L’exil militant et la structuration de la diaspora UDPS
De 1987 à 2016, Mulay Djany Tshibuy fait partie de ces pionniers qui ont bâti l’UDPS hors des frontières. Il crée la première section UDPS à Montréal, avant d’étendre la structuration du parti à la Belgique, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Sous sa direction, la Fédération UDPS-Canada devient un pôle majeur de réflexion, de mobilisation et de plaidoyer pour la démocratie congolaise.
Il multiplie les contacts avec les chancelleries, les organisations internationales et les médias étrangers. De conférences en manifestations, il plaide pour la libération des prisonniers politiques, la fin du monopartisme et le respect des droits humains au Congo. Loin du pays, il vit la lutte non comme un exil, mais comme une mission.
Son engagement sans relâche fera de lui un interlocuteur respecté par les diplomates canadiens, souvent consulté pour ses analyses sur les transitions démocratiques en Afrique centrale. Dans la diaspora, il est perçu comme un guide, un pédagogue de la résistance, un homme d’un calme implacable mais d’une détermination sans faille.
Un diplomate de terrain, observateur du monde
Dans les années 2000 et 2010, Mulay Djany Tshibuy s’impose comme un acteur de la diplomatie citoyenne. Il participe à de nombreuses missions d’observation électorale au Canada, en Argentine, en Colombie, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Ces expériences lui permettent de développer une expertise rare dans la surveillance des processus électoraux, la prévention des crises politiques et la diplomatie parallèle.
Son carnet d’adresses s’étend sur plusieurs continents. Il cultive un réseau de confiance parmi les organisations internationales, les think tanks et les institutions de la Francophonie. Malgré cela, au sein même de l’UDPS, cette compétence est peu mise à profit. Beaucoup s’interrogent : comment un tel profil, qui incarne à la fois l’expérience, la loyauté et la crédibilité internationale, peut-il évoluer dans un relatif silence institutionnel ?
Cette situation illustre une tendance plus large : celle d’un parti qui, dans sa quête de renouveau, oublie parfois la richesse de sa propre mémoire.
L’ombre du renouveau
Depuis l’accession du Président Félix Tshisekedi au pouvoir, l’UDPS a profondément changé de visage. De parti d’opposition, il est devenu parti d’État. Cette mutation, si légitime soit-elle, a bouleversé les équilibres internes. Les jeunes cadres, portés par la dynamique du pouvoir, ont pris le devant de la scène, tandis que les anciens, porteurs du souvenir des prisons et des exils, se voient relégués aux marges du dispositif.
Pourtant, l’histoire des partis démocratiques enseigne qu’un mouvement ne se construit durablement qu’en honorant ses racines. Oublier les combattants de la première heure, c’est priver le présent de sa profondeur morale. Comme le confie un cadre du parti :
« L’UDPS a besoin de ses anciens, non pour les célébrer comme des reliques, mais pour bénéficier de leur mémoire, de leur rigueur et de leur sens du devoir. »
Mulay Djany Tshibuy fait partie de ces témoins qui peuvent transmettre plus qu’un savoir politique : une éthique.
Un homme de conviction, non de courants
À l’heure où les alliances se font et se défont au gré des intérêts, Mulay Djany Tshibuy demeure fidèle à une ligne : la vérité et le travail. Il n’appartient à aucun courant, ne cherche ni faveur ni tribune. Sa parole, rare mais mesurée, porte une autorité tranquille.
Pour ses proches, cette réserve est sa plus grande force. « Il n’a jamais cherché à séduire, mais à convaincre par le fond », explique un ancien compagnon de lutte. Ce positionnement, atypique dans une sphère politique dominée par la communication, rappelle que la loyauté au parti n’est pas un calcul mais un choix moral.
Réhabiliter la mémoire vivante du combat
À l’heure où la République Démocratique du Congo poursuit son difficile apprentissage démocratique, la reconnaissance des anciens combattants de l’Union pour la démocratie et les progrès social (UDPS/Tshisekedi) devient une exigence morale et politique. L’histoire de l’UDPS n’est pas seulement celle des victoires électorales récentes, mais d’abord celle d’hommes et de femmes qui ont sacrifié leur confort, leur sécurité et parfois leur vie pour un idéal.
Réhabiliter des figures comme Mulay Djany Tshibuy René Médard, ce n’est pas flatter le passé, c’est restaurer une continuité morale entre la lutte et la gouvernance. La démocratie congolaise se consolidera lorsqu’elle saura conjuguer la mémoire des pionniers avec la créativité des générations nouvelles.
Tant que les gardiens de la mémoire resteront dans l’ombre, le parti tournera le dos à une part essentielle de lui-même. Et tant que la République oubliera ses bâtisseurs silencieux, elle peinera à trouver l’équilibre entre la mémoire du combat et l’exercice du pouvoir.
Rédigé par : Rédaction politique – Le Quotidien (Spécial UDPS/Tshisekedi)
Kinshasa, octobre 2025
