Visite en Chine des professionnels et experts des médias africains en 2025 : Comprendre l’accession de la Chine au statut de grande puissance
Par le Dr Professeur Antoine Roger LOKONGO
Professeur de relations internationales et de stratégies
L’histoire est un excellent professeur. Elle nous enseigne que l’invasion, la conquête et la colonisation de l’Amérique du Nord et du Sud, de l’Afrique, de l’Asie, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de diverses îles plus petites à travers le monde par sept puissances occidentales (Belgique, France, Allemagne, Italie, Portugal, Espagne et Royaume-Uni) ont été motivées par leur supériorité technologique sur ces entités politiques qui étaient divisées et soumises à leur domination.
Notre visite de la ville chinoise de Tianjin, qui, entre 1860 et 1945, abritait jusqu’à neuf concessions contrôlées par des puissances occidentales (Grande-Bretagne, Japon, France, Russie, Allemagne, États-Unis, Portugal, Italie, Autriche), témoigne de la colonisation de la Chine, bien que celle-ci se soit déroulée en périphérie du pays. En effet, dans le quartier culturel et touristique de Wudadao, on peut encore admirer plus de 230 bâtiments de style européen et plus de 50 anciennes résidences de personnalités importantes.

Les innovations concrètes de la Chine se traduisent par des articles scientifiques et des brevets, ainsi que par de nouveaux produits ou services mis sur le marché. En 1998-1999, la Chine était le dixième exportateur mondial de haute technologie. Selon un rapport des Nations Unies, la Chine occupait cette même position en 1998-1999. Cependant, un rattrapage technologique spectaculaire a eu lieu en Chine au cours des 25 dernières années. Lors de cette visite, nous avons pu constater de nos propres yeux, toucher de nos propres mains et expérimenter personnellement le « miracle chinois », c’est-à-dire l’immense bond technologique réalisé par la Chine, qui la place désormais loin devant l’Occident, notamment dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, les industries et services de haute technologie, les semi-conducteurs, les batteries, les éoliennes, la construction et l’exploitation de centrales nucléaires, le photovoltaïque solaire, les énergies renouvelables sur site permettant la construction de bâtiments à énergie nette zéro et le développement de nouvelles technologies pour réduire plus efficacement les émissions de gaz à effet de serre.

La Chine n’utilise pas son leadership technologique pour dominer les autres peuples, comme l’Occident l’a fait à partir du XVIe siècle. Au contraire, la Chine a toujours aligné son développement sur le développement mondial et les intérêts du peuple chinois sur les intérêts communs de tous les peuples du monde. Il y a douze ans, le Président Chinois Xi Jinping a d’ailleurs proposé l’idée de construire une communauté de destin pour l’humanité. Pour bâtir cette communauté, tous les peuples, tous les pays et tous les individus – dont les destins sont interconnectés – doivent être solidaires face à l’adversité et dans les bons comme les mauvais moments, afin de parvenir à une plus grande harmonie sur cette planète qui est notre foyer. Nous devons nous efforcer de construire un monde ouvert, inclusif, propre et beau, jouissant d’une paix durable, d’une sécurité universelle et d’une prospérité partagée, et de concrétiser ainsi l’aspiration des peuples à une vie meilleure.
La vision d’une communauté mondiale à destin partagé prend en compte le bien-être de toute l’humanité. Cela signifie que, pour la Chine, être une grande puissance mondiale implique des responsabilités au bénéfice de l’humanité tout entière. Cette vision repose à la fois sur l’observation du présent et sur une planification prospective. Elle définit des objectifs, trace la voie à suivre et propose des plans d’action pour les atteindre. Elle concerne l’avenir de l’humanité et le destin de chaque être humain (source : Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine). La Chine partage ses technologies de pointe avec le reste du monde (transfert de technologie).
Telle est la vision qui guide le Groupe China Railway Engineering Equipment Group Ltd (CREG), dont la filiale, China Railway Engineering Equipment Group (Tianjin) Co. Ltd, nous a ouvert ses portes et nous a chaleureusement accueillis dans le cadre de sa politique de coopération internationale. China Railway Engineering Equipment Group est un leader mondial des tunneliers (TBM) et des services de construction souterraine. Porté par l’initiative « la Ceinture et la Route », le groupe a exporté plus de 100 équipements vers 32 pays à travers le monde, notamment Singapour, la Corée du Sud, la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche, la Turquie, le Brésil, la Géorgie, Dubaï et l’Arabie Saoudite. Ses tunneliers, adaptables à diverses conditions géologiques et profils de tunnels, ont été largement utilisés dans de grands projets en Asie et en Europe, notamment pour des lignes ferroviaires en Italie, des tunnels autoroutiers en Pologne et un pont ultramoderne au Maroc. En tant que filiale, China Railway Engineering Equipment Group (Tianjin) Co. Ltd constitue une base essentielle de fabrication et de remise à neuf (recyclage de machines) pour les tunneliers de grande taille, profitant de la position stratégique du port de Tianjin. L’entreprise propose des services de conception, de recherche et développement (R&D), d’assemblage, de mise en service, de maintenance, de location et de conseil technique pour les tunneliers et les équipements de forage de tunnels, ainsi que la vente en gros et en détail, l’importation et l’exportation des machines et de pièces détachées. Elle a non seulement acquis une réputation internationale pour ses équipements chinois haut de gamme, mais contribue également au rayonnement et à l’expertise de la Chine dans la construction d’infrastructures mondiales.
Le gouvernement chinois, en collaborant avec le secteur privé respectueux des lois et en mobilisant les investissements privés au service du bien public, œuvre pour l’avenir du peuple chinois, dont 100 millions de personnes sont sorties de la pauvreté au cours de la dernière décennie, notamment dans les zones rurales. Nous sommes convaincus que l’atteinte de l’objectif de neutralité carbone n’est qu’une question de temps. Il s’agit là d’un exemple de gouvernance « centrée sur le peuple ». Placer le peuple au cœur des préoccupations n’est pas un simple slogan. Le peuple chinois est véritablement au centre du processus de développement, à tel point que le développement partagé de la Chine permet à chacun de bénéficier d’une vie meilleure. Nous avons constaté à quel point les conditions de vie des communautés auparavant défavorisées se sont considérablement améliorées, notamment en ce qui concerne le logement, grâce à l’innovation, à la résilience et à la performance à long terme des entreprises chinoises de promotion immobilière.

L’une des principales sociétés d’investissement immobilier en Chine est la « China Construction Science & Technology Group Co. Ltd. » Nous avons visité le complexe résidentiel Daxing International Aviation Community, situé au cœur de la zone économique de l’aéroport international de Pékin-Daxing. S’étendant sur environ 325 mu (environ 217 hectares), il propose des résidences de trois à quatre chambres. Premier projet résidentiel à Pékin construit selon la méthode de gestion de projet intégrée (Construction Manager as Constructor – CMC), il bénéficie d’une conception sans piliers et intègre des interfaces pour les systèmes de maison intelligente. Construites avec des matériaux polymères de pointe, les maisons sont exemptes de formaldéhyde et prêtes à être habitées, tandis que leur conception modulaire facilite l’entretien. Une fois achevées, 357 résidences de haute qualité seront proposées aux clients, attirant ainsi des talents de haut niveau et illustrant la vision de la zone économique : un espace de vie écologique, intelligent et agréable.
Nous avons visité d’anciens bidonvilles qui ont été modernisés grâce au soutien du gouvernement chinois, en partenariat avec le secteur privé, notamment des entreprises de construction. Nous avons visité le projet de la Baie de Tangu, situé dans le Canton de Xincheng, dans la Nouvelle Zone de Binhai, Municipalité de Tianjin. Il s’agit d’un projet pilote de développement urbain intégré, développé conjointement par la « China State Construction » et la Nouvelle Zone de Binhai. Le projet a permis la construction de 680.000 m² de logements de relogement ou de réinstallation pour 6.600 familles, ainsi que d’infrastructures d’aménagement et de services d’appoint, telles que des écoles, des jardins d’enfants et le parc des zones humides de Haihe. Doté d’un réseau routier, de transports et de services publics bien développés, il constitue un modèle de nouvelle ville côtière écologique et agréable à vivre.
Plus important encore, dans ce processus de développement rapide, la Chine exploite la richesse de son patrimoine culturel millénaire pour un développement inclusif et durable. Nous avons constaté comment le patrimoine culturel chinois, remarquablement préservé, s’épanouit dans le monde moderne (notamment la Cité Interdite ou le Musée du Palais, qui a servi de palais impérial aux empereurs Chinois de 1420 à 1911, devenant une ressource de développement pour de nombreuses zones rurales en Chine. D’ailleurs, quelques jours seulement après notre visite, le Président Chinois Xi Jinping a visité une exposition au Musée du Palais marquant son 100e anniversaire depuis qu’il a changé de nom – de la Cite Interdite au Musée du Palais; et a appelé à faire de ce musée un important centre d’éducation pour cultiver le patriotisme et une vitrine essentielle permettant au monde de mieux comprendre la civilisation et la nation chinoises).
Nous avons visité la Ville de Taihu, située dans le nord du district de Tongzhou à Beijing, à 1,9 kilomètre du complexe « Universal Beijing Resort » (Complexe Hôtelier Universel de Beijing). Cette ville s’appuie sur un modèle de développement intégrant la préservation écologique, la création artistique et les spectacles. Elle met l’accent sur les productions originales, l’attraction et le développement des talents, ainsi que l’intégration des technologies. Ses principales infrastructures comprennent le Centre des Arts du Spectacle de Taihu, le Parc Culturel et Créatif de Shuangyifa et le Centre de Conférence et d’Expositions. Son concept unique de « supermarché du spectacle » utilise la 5G et la technologie holographique pour promouvoir le développement des spectacles intelligents, établissant ainsi un nouveau modèle économique « spectacle + technologie » en lien avec « l’Universal Beijing Resort ».
En Chine, le nouveau et l’ancien, l’antique et le moderne, le traditionnel et l’innovateur se mêlent toujours avec succès. Le village de Tangdazhuang, que nous avons visité, est un parfait exemple de cette réalité. Situé à 5 km à l’est de la Ville de Taihu et à 2 km du complexe Universal Beijing Resort, il se compose de 145 cours intérieures. Reconnu comme un « village d’hébergement en famille d’accueil fortement concentré» et un « village modèle national pour le tourisme rural », il a développé un concept ‘«d’hébergement en famille d’accueil Plus» intégrant des visites touristiques personnalisées et des activités culturelles et créatives. Le village compte désormais 88 hébergements en famille d’accueil, totalisant 415 chambres, et s’est imposé comme le village d’hébergements le plus proche d’Universal Beijing Resort.
A la lumière de ce qui précède, la question que nous devons évidemment nous poser en tant qu’Africains est celle de savoir : « Comment ce ‘miracle chinois en matière de réduction de la pauvreté’ peut-il avoir un impact sur l’Afrique ou offrir des opportunités à l’Afrique ? » C’est à cette question que j’ai tenté de répondre lors de ma présentation aux étudiants, parmi lesquels de nombreux étudiants africains, à la prestigieuse Université de Nankai, et plus précisément à l’École d’Education Internationale de Tianjin, qui nous a accueillis.

Fondamentalement, du point de vue chinois, le développement de l’Afrique est lié à celui de la Chine. La Chine est le seul partenaire qui propose à l’Afrique une coopération gagnant-gagnant ou mutuellement bénéfique, avantageuse pour les deux parties, et qui représente surtout une opportunité pour les gouvernements africains d’accumuler leurs propres capitaux afin de reconstruire leurs pays. Contrairement à l’Occident qui cherche encore à dominer l’Afrique, la Chine, bien qu’étant déjà une superpuissance et se considérant toujours comme le plus grand pays en développement, partage le sort de l’Afrique car elle a connu une situation similaire. Elle comprend donc mieux l’Afrique que toute autre superpuissance et souhaite s’associer à elle (qui compte 54 pays, tous en développement) afin de l’aider à se développer et à intégrer la mondialisation en tant que partenaire égal.
Du point de vue africain, il est paradoxal qu’un continent riche en ressources minérales et naturelles soit dépourvu d’industries, qu’un continent qui possède de vastes terres arables et fertiles ne parvienne pas à assurer sa sécurité alimentaire, qu’un continent doté de cultures riches et de ressources humaines abondantes reste dépendant, et ainsi de suite. En lieu et place, les puissances occidentales instrumentalisent les Africains pour qu’ils se faire la guerre entre eux au lieu de lutter contre leurs ennemis communs que sont la pauvreté et le sous-développement. L’Ouganda et le Rwanda sont ainsi utilisés au Congo depuis près de 30 ans maintenant pour y mener une guerre par procuration pour le contrôle des ressources, piller systématiquement les minerais, occuper les terres, utiliser le viol comme arme de guerre et armer divers groupes rebelles.
Les pays africains doivent s’inspirer de la Chine non seulement dans la lutte contre la pauvreté, mais aussi dans la lutte contre l’esprit ou la mentalité de pauvreté. Un changement de mentalité s’avère nécessaire. On ne peut pas s’habituer à la pauvreté et s’y complaire. Non ! Il faut s’en débarrasser ! Si, au XXIe siècle, en Afrique, nous continuons de dire que « les Blancs ont les montres et nous avons le temps », alors nous avons choisi le sous-développement, car le temps n’attend personne et la ponctualité est un facteur de développement.
Nous devons tirer des leçons de l’expérience chinoise. Cela signifie développer conjointement de nouvelles technologies avec la Chine, dans un esprit de découverte mutuelle et dans le cadre de cette même approche sino-africaine en matière de leadership, de gouvernance et de développement. Un proverbe chinois dit : « Si vous voulez connaître le chemin à suivre, interrogez ceux qui l’ont déjà parcouru. »
Cependant, même si la Chine contribue à la formation des ressources humaines africaines, paie les impôts dus pour les concessions minières et forestières qu’elle détient en Afrique, et transfère de nouvelles technologies aux pays africains afin qu’ils puissent transformer leurs ressources sur place et créer des emplois et des marchés, le problème de la mauvaise gouvernance en Afrique persistera. Si la Chine s’est développée si rapidement au cours du dernier demi-siècle, surprenant le monde entier, une grande partie du mérite revient à son modèle de gouvernance, malgré le problème persistant de la corruption. Cependant, chaque Chinois s’efforce de respecter les règles du jeu dans l’intérêt du pays.
J’ai été vraiment surpris d’apprendre, lors de mon échange avec les étudiants de l’Université de Nankai, que la Chine dispose de la technologie nécessaire pour capter l’oxygène libéré par les arbres et le fournit aux hôpitaux. Comme nous le savons, les arbres transforment le dioxyde de carbone et l’eau en oxygène grâce à la photosynthèse, un processus vital pour l’existence humaine. Pour faire une analogie, tandis que la Chine est capable de capter l’oxygène des arbres pour approvisionner ses hôpitaux modernes, les dirigeants africains corrompus, quant à eux, détournent les revenus de l’État pour approvisionner leurs comptes bancaires personnels à l’étranger ! Confucius avait tellement raison de dire que « Sous une bonne gouvernance, sous un bon leadership, la pauvreté des masses est une honte. Sous une mauvaise gouvernance ou sous un mauvais leadership, l’enrichissement des dirigeants est également une honte. » Dans les deux cas, cela s’applique aux dirigeants africains ! Qui pourrait s’opposer à cette affirmation ?
