22 septembre : l’UDPS affiche son unité et change la donne politique

Mobilisation populaire, cohésion retrouvée et bataille autour du référendum : la démonstration de force de Kinshasa ouvre une nouvelle séquence politique en RDC

Par la rédaction

Il est des manifestations dont la portée politique ne se mesure pas uniquement au nombre de participants. Elle se lit aussi dans les visages qui apparaissent côte à côte, dans la capacité d’une organisation à faire appliquer un mot d’ordre et dans l’aptitude de ses différentes composantes à se retrouver autour d’une même ligne.

La mobilisation de l’UDPS/Tshisekedi du 22 septembre 2026 appartient à cette catégorie.

Une semaine après la marche de la Coalition pour la défense de l’article 64 (C64), organisée contre tout projet de changement de la Constitution, l’UDPS et ses alliés ont investi à leur tour les rues de Kinshasa pour soutenir les institutions de la République, le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi et le processus référendaire. Des mobilisations ont également été rapportées dans plusieurs villes du pays.

Mais derrière les slogans et la démonstration populaire, un autre message s’est dégagé : celui d’une UDPS donnant publiquement l’image d’une cohésion retrouvée.

L’image d’une UDPS réunie

Ces dernières années, le parti présidentiel a été traversé par des débats internes et des divergences d’approches, notamment sur le fonctionnement et le management de ses structures. Le 22 septembre, les observateurs ont cependant pu voir plusieurs cadres et dirigeants se retrouver autour du mot d’ordre lancé par Augustin Kabuya, secrétaire général et président intérimaire du parti.

La présence de responsables de premier plan a donné une dimension particulière à cette mobilisation. Actualite.cd et plusieurs autres medias rapportent notamment la présence d’Augustin Kabuya, de Christophe Mboso et de Taupin Kabongo, questeur du Sénat, de Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza premier Vice–Président et Représentant Adjoint de l’udps/Tshisekedi Fédération des états Unis d’Amérique aux côtés de plusieurs figures de l’Union sacrée.

Pour l’UDPS, cette convergence constitue un signal politique important.

Voir, dans une même manifestation, des responsables qui ont parfois été associés à des sensibilités ou à des approches différentes traduit, à tout le moins, une capacité de rassemblement autour d’un enjeu considéré comme stratégique.

L’unité politique ne se décrète pas seulement dans les réunions. Elle se vérifie aussi lorsque les responsables répondent collectivement à un même mot d’ordre et acceptent de se retrouver sur le terrain.

Le 22 septembre a précisément donné cette image.

Le pari d’Augustin Kabuya

Cette mobilisation constitue également un test de la capacité organisationnelle de la direction intérimaire de l’UDPS.

Augustin Kabuya avait appelé les structures du parti à se mobiliser. À Kinshasa, des milliers de militants et sympathisants de l’UDPS et de ses alliés se sont rassemblés à Limete avant de prendre la direction du parcours prévu. Le rassemblement avait été autorisé par les autorités provinciales et placé sous encadrement sécuritaire.

Au terme de la mobilisation, Augustin Kabuya a présenté celle-ci comme une « démonstration » en réponse à la marche de la C64 et a revendiqué une majorité en faveur de Félix Tshisekedi. Il a également appelé le chef de l’État à accompagner le changement de la Constitution.

Le message était donc double : mobiliser les structures du parti et affirmer publiquement une position politique sur le processus référendaire.

Cette capacité à transformer une consigne de la direction en mobilisation visible constitue un indicateur concret de discipline et d’organisations partisanes.

Il faut cependant éviter de confondre mobilisation politique et mesure exhaustive de l’opinion nationale. Une manifestation renseigne d’abord sur la capacité d’organisation d’un camp et sur la participation de ses sympathisants ; elle ne constitue pas, à elle seule, un sondage représentatif de l’ensemble de la population.

Une UDPS qui mobilise aussi sa diaspora

La dimension diaspora n’est pas à négliger dans cette séquence.

La fédération de l’UDPS/Tshisekedi aux États-Unis était également représentée à Kinshasa lors de la mobilisation, à travers la présence de son Premier Vice-Président et Représentant adjoint, Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza, qui avait effectué le déplacement pour répondre au mot d’ordre du président intérimaire et secrétaire général du parti.

D’autres membres de la diaspora congolaise présents à Kinshasa ont également pris part à la manifestation.

Cette participation donne une dimension supplémentaire à l’événement. Elle montre que certains responsables de la diaspora ne considèrent pas leur engagement politique comme limité aux pays de résidence. Lorsque des enjeux majeurs sont inscrits à l’agenda national, ils peuvent choisir de participer directement aux activités politiques organisées à Kinshasa.

La présence de responsables venus de l’extérieur rejoint ainsi celle des structures nationales autour d’un même mot d’ordre.

Elle illustre aussi le rôle que les fédérations extérieures peuvent jouer dans le maintien du lien politique entre la direction nationale du parti et ses communautés établies à l’étranger.

Une démonstration qui dépasse l’UDPS

La manifestation du 22 septembre n’était toutefois pas une initiative de l’UDPS seule.

Plusieurs partis et regroupements alliés de la majorité ont participé au cortège. Actualite.cd cite notamment les Progressistes de Samy Badibanga et l’ACP de Gentiny Ngobila, ainsi que d’autres formations de la majorité.

Il serait donc plus exact de parler d’une mobilisation de l’UDPS et de ses alliés, même si le parti présidentiel en a constitué le principal moteur organisationnel.

Cette précision est importante. Elle permet de comprendre que la démonstration du 22 septembre ne reposait pas uniquement sur les structures de l’UDPS, mais sur une capacité de mobilisation plus large du camp présidentiel.

Pour autant, la visibilité de plusieurs responsables de l’UDPS donne à cette journée une signification particulière pour le fonctionnement interne du parti.

Face à l’opposition : deux mobilisations, deux lectures

La succession des 15 et 22 septembre offre désormais un contraste politique saisissant.

Le 15 septembre, la C64 avait mobilisé ses partisans pour défendre l’ordre constitutionnel et s’opposer à tout changement de la Constitution. Une semaine plus tard, l’UDPS et ses alliés ont organisé une mobilisation favorable au processus référendaire et au dialogue national. Radio Okapi confirme cette opposition de positions et rapporte des mobilisations du camp présidentiel dans plusieurs provinces.

Les deux camps cherchent ainsi à démontrer leur capacité à occuper l’espace public.

Mais derrière cette confrontation de rue se pose une question plus profonde : quelle organisation est capable de transformer une mobilisation ponctuelle en stratégie politique durable ?

Pour l’opposition, l’enjeu demeure celui de la coordination entre plusieurs leaders, partis et plateformes. Les divergences de leadership et de stratégie peuvent compliquer la construction d’un front durable.

Pour l’UDPS, le défi est différent : il s’agit de consolider l’unité affichée le 22 septembre et de la transformer en cohésion durable au sein du parti et de ses structures.

La question constitutionnelle au cœur de la bataille

La mobilisation de l’UDPS intervient dans un contexte où la question constitutionnelle s’est imposée comme l’un des principaux sujets de confrontation politique en RDC.

Le camp présidentiel soutient le processus référendaire et défend la possibilité d’une réforme constitutionnelle. L’opposition réunie notamment au sein de la C64 s’y oppose et redoute que cette réforme puisse avoir des conséquences sur les dispositions relatives aux mandats présidentiels.

Augustin Kabuya a publiquement demandé au chef de l’État d’accompagner le changement constitutionnel, en affirmant que la mobilisation exprimait, selon lui, une volonté populaire.

Mais une distinction demeure fondamentale : une manifestation n’est pas un référendum.

La rue peut démontrer une capacité de mobilisation, donner de la visibilité à une revendication et créer un rapport de forces politique. Elle ne peut cependant se substituer à la procédure constitutionnelle ni au vote populaire lorsque celui-ci est requis.

C’est donc la suite du processus — contenu précis d’une éventuelle réforme, procédure institutionnelle, campagne publique et, le cas échéant, consultation populaire — qui permettra de mesurer l’adhésion réelle au projet.

Une cohésion à transformer en force durable

Le principal enseignement du 22 septembre réside finalement moins dans le nombre exact de manifestants que dans la capacité de l’UDPS à présenter, à cette occasion, une image de rassemblement.

Des responsables politiques de premier plan, des cadres du parti, des alliés de l’Union sacrée et, selon les informations communiquées, des responsables de la diaspora présents à Kinshasa ont répondu au même mot d’ordre.

La présence de Taupin Kabongo, questeur du Sénat, de plusieurs cadres de l’UDPS et d’autres personnalités de la majorité a renforcé cette image de convergence.

La participation de Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza, Premier Vice-Président fédéral et Représentant adjoint de l’UDPS/Tshisekedi aux États-Unis, s’inscrit dans cette même dynamique de mobilisation entre les structures nationales et la diaspora.

Pour autant, une cohésion politique véritable se mesure dans le temps.

Elle se vérifie dans la capacité à gérer les divergences, respecter les structures, coordonner les différents niveaux de responsabilité et maintenir une ligne commune au-delà des grandes manifestations.

Le 22 septembre constitue donc un signal de rassemblement ; sa consolidation sera le véritable défi.

Une nouvelle séquence politique

La journée du 22 septembre a produit plusieurs images fortes : une UDPS fortement mobilisée, une direction ayant réussi à faire appliquer un mot d’ordre, des responsables de différentes sensibilités réunis sur le terrain, des alliés de la majorité engagés dans la mobilisation et une participation de responsables de la diaspora présents à Kinshasa.

Cette configuration donne à l’UDPS une visibilité politique importante dans la séquence actuelle.

Elle ne permet pas, à elle seule, de proclamer une victoire électorale future ni de mesurer l’opinion de l’ensemble du pays. Mais elle démontre une capacité organisationnelle et une cohésion affichée qu’il serait imprudent de sous-estimer.

Une UDPS divisée peut être fragilisée par ses divergences ; une UDPS capable de rassembler ses cadres autour d’un même mot d’ordre dispose, en revanche, d’un levier politique considérable.

C’est probablement l’un des principaux enseignements de cette journée.

La question est désormais de savoir si cette unité ponctuellement visible dans la rue pourra se transformer en une cohésion durable dans les structures du parti et en une stratégie politique cohérente face aux prochaines échéances.

Car la bataille qui s’ouvre ne se résumera pas au nombre de manifestants.

Elle portera sur la capacité à convaincre, à organiser, à expliquer et, surtout, à faire participer les citoyens au débat sur l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo.

La rue a donné le signal. Le débat politique, institutionnel et constitutionnel ne fait que commencer.

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