81e AG de l’ONU : Judith Suminwa plaide pour l’application du droit international et une réforme du multilatéralisme

La Première Ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, représentant le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, s’est exprimée, mercredi, à la tribune de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Devant le monde, la Cheffe du Gouvernement a appelé à restaurer la confiance dans le multilatéralisme par une application constante du droit international et une réforme des institutions mondiales.

Ponctuée à plusieurs reprises par des moments d’acclamations des différentes délégations présentes dans la salle, la déclaration de la Première Ministre a notamment porté sur la guerre dans l’Est de la RDC, l’application des décisions du Conseil de sécurité, la réforme de l’ONU et la transformation des ressources naturelles. Elle a dénoncé les différences de traitement observées face aux crises internationales.

« La confiance de nos peuples dans le multilatéralisme commence là où cesse l’application d’un droit variant selon la géographie, la puissance économique ou encore le jeu des alliances », a déclaré la Cheffe du Gouvernement.

Judith Suminwa a plaidé pour que la transformation des Nations Unies repose sur le respect de la Charte, notamment l’égalité souveraine des États, le règlement pacifique des différends, l’interdiction du recours à la force et le respect de l’intégrité territoriale.

La guerre dans l’Est de la RDC au cœur du plaidoyer

Judith Suminwa Tuluka a consacré une partie importante de son intervention à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, évoquant les déplacements forcés, les violences sexuelles dont sont victimes les femmes et les filles, le recrutement d’enfants et l’occupation des territoires.

« Mon pays demeure confronté à une guerre d’agression menée par le Rwanda sous couvert de l’AFC/M23, en violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, comme l’ont documenté les Nations Unies », a-t-elle affirmé.

La Première Ministre a rappelé les engagements pris dans le cadre de l’Accord de paix de Washington, du processus de Doha et de la feuille de route de l’Union africaine. Elle a surtout insisté sur la nécessité de mettre en œuvre les décisions déjà adoptées par le Conseil de sécurité.

« Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », a-t-elle martelé, en référence notamment à la résolution 2773 du Conseil de sécurité.

Elle a également indiqué que la question des FDLR ne pouvait plus servir de justification au maintien d’une présence militaire étrangère sur le territoire congolais, rappelant les mesures engagées par Kinshasa en matière de désarmement et de démobilisation.

Réforme de l’ONU et place de l’Afrique

La Cheffe du Gouvernement a par ailleurs plaidé pour une réforme de la gouvernance mondiale, estimant que les institutions internationales doivent mieux refléter les réalités contemporaines.

« Le monde de 1945 n’est plus », a-t-elle déclaré, citant notamment la révolution numérique, la transition énergétique, le dérèglement climatique et l’intelligence artificielle parmi les transformations qui redessinent les équilibres mondiaux.

Elle a réaffirmé l’adhésion de la RDC au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte, qui prévoient notamment deux sièges permanents pour l’Afrique au Conseil de sécurité avec les prérogatives qui s’y attachent, ainsi que deux sièges non permanents supplémentaires.

Des minerais critiques à l’industrialisation

Autre axe majeur du discours : la place de la RDC dans la transition énergétique mondiale. La Première Ministre a appelé à une transformation locale accrue des ressources minières et à une répartition plus équitable de la valeur créée.

« Nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale ; nous entendons en devenir un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain », a-t-elle affirmé.

Elle a annoncé la proposition congolaise d’un cadre mondial pour des chaînes de valeur des minerais critiques « justes, traçables et résilientes », sous l’égide des Nations Unies et en partenariat avec l’Union africaine.

Santé, climat et financement du développement

La Première Ministre a également présenté les priorités de la RDC en matière de santé, de lutte contre l’épidémie d’Ebola, de protection du bassin du Congo et de financement du développement. Elle a souligné que les besoins du pays pour accélérer les Objectifs de développement durable dépassent 70 milliards de dollars à l’horizon 2030.

Dans sa conclusion, Judith Suminwa Tuluka a résumé le message porté par la RDC autour de la confiance, du droit et d’une transformation équitable.

« Restaurer la confiance, c’est appliquer le droit lorsqu’il coûte, et pas seulement lorsqu’il convient. Accompagner les transformations, c’est en partager équitablement les bénéfices », a dit l’envoyée de Félix Tshisekedi.

La Première Ministre a assuré que la RDC entendait « prendre toute sa part » à la transformation des Nations Unies, tout en poursuivant ses propres efforts de consolidation de la paix, de renforcement institutionnel et de valorisation de ses ressources naturelles et humaines.

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