Quand les aéroports s’éteignent.
Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège
On croit souvent que les coupures de courant spectaculaires ne concernent que les pays africains. Illusion dangereuse. L’histoire récente des aéroports démontre que même les nations les plus avancées sont parfois plongées dans le noir.
En mars 2025, Londres-Heathrow, l’un des aéroports les plus fréquentés au monde, a été paralysé par l’incendie d’une sous-station électrique. Plus de 1 300 vols annulés, des centaines de milliers de voyageurs piégés et un gouvernement contraint d’ordonner une enquête nationale. Retour en décembre 2017, à Atlanta, le plus grand hub aérien du monde s’effondre dans le silence électrique. Une panne géante y cloue au sol des milliers de voyageurs et paralyse la logistique américaine. Et la liste est longue. Francfort en 2016, Amsterdam en 2018, Oslo la même année ou encore Manille en 2016. Aucun continent n’est épargné par la vulnérabilité énergétique des infrastructures stratégiques.
La RDC vient à son tour d’expérimenter cette fragilité. L’avion présidentiel n’a pas pu se poser immédiatement, forçant le Chef de l’État à tourner plus de quarante minutes dans le ciel au-dessus de sa capitale. L’image est puissante, une scène irréelle, presque cruelle. Le Président suspendu dans les airs, prisonnier d’un système énergétique incapable d’assurer la continuité d’un service vital.
Ce n’est pas une humiliation congolaise. Il serait toutefois tentant de minimiser l’incident en le rangeant dans la catégorie des impondérables. Mais ce serait une erreur. Car la véritable différence entre Kinshasa et Londres, entre Ndjili et Atlanta, ne réside pas dans l’existence ou non des pannes, mais dans la manière d’y répondre. Là où les autres déclenchent enquêtes, audits, réformes et investissements massifs, au Congo, nous avons trop souvent tendance à hausser les épaules, déplorer les dégâts à chaque catastrophe, pointer les doigts sur les individus, invoquer la fatalité avant de vite passer à autre chose.
Un aéroport n’est pas seulement un lieu de transit. C’est un instrument de souveraineté. Quand il vacille, c’est l’image de l’État qui chancelle. L’incident qui a cloué le Président dans le ciel n’est pas un détail technique. C’est une alerte rouge nationale. Les infrastructures stratégiques congolaises doivent être repensées avec rigueur, dans une logique d’anticipation. Elles exigent une redondance énergétique effective, des générateurs capables de prendre le relais en quelques secondes, des audits réguliers et, surtout, une volonté politique de traiter la fiabilité des infrastructures stratégiques comme une priorité de sécurité nationale.
Le monde entier connaît des pannes, mais la différence se joue dans la réaction. Londres n’a pas attendu, Atlanta non plus. La RDC n’a plus le droit de se réfugier derrière l’excuse du hasard. L’attente de plus de quarante minutes du Président dans le ciel n’est pas une anecdote. C’est une leçon d’histoire. Si nous refusons de l’entendre, la prochaine panne ne sera pas un simple incident gênant, mais une véritable tragédie.
