Kinshasa, capitale abandonnée dans une incurie qui devient gouvernance

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Par Danny Matadi, journaliste indépendant.

Kinshasa étouffe. Kinshasa suffoque. Kinshasa croule sous ses propres plaies. À chaque coin de rue, le chaos s’exhibe sans pudeur. Embouteillages monstres, policiers de circulation impuissants et corrompus, caniveaux bouchés transformés en fosses pestilentielles, ordures amoncelées servent de décor quotidien. La plus grande ville francophone d’Afrique n’est plus qu’une capitale d’incivismes tolérés, organisés, parfois encouragés, et monnayés.

 

Les marchés débordent sur les artères principales, les espaces verts ont disparu, avalés par le béton sauvage et la spéculation foncière sans frein. Dans les ruelles, mamans et jeunes tombent chaque jour sous les coups d’un banditisme incontrôlé, pendant que les autorités se contentent d’observer, ou de prélever leur part sur le désordre.

 

La faillite d’un État urbain

 

Comment expliquer que dans une ville où vivent plus de 15 millions d’âmes, rien ne semble fonctionner ? La circulation est devenue un supplice, la salubrité une chimère, la sécurité une illusion. Kinshasa n’est plus gouvernée. Elle est livrée à elle-même, transformée en jungle urbaine où chacun improvise sa survie. Est-ce l’expression d’une incompétence crasse ou d’une complaisance complice ? Dans les deux cas, la conclusion est la même depuis des décennies. Ceux qui ont la charge de gérer la ville, autorités municipales, provinciales et nationales, se sont rendus coupables d’un abandon collectif.

 

Une économie parallèle du désordre

 

La vérité est accablante, ce chaos est rentable. Les embouteillages sont des mines d’or pour les agents corrompus. Les marchés anarchiques sont des rentes pour les collecteurs de taxes informelles. Les ordures deviennent un commerce. L’insécurité nourrit des réseaux. Le désordre est devenu un système, un mode de gouvernance cynique où la misère des uns est la richesse des autres. La ville est ainsi maintenue volontairement dans l’agonie, car l’ordre, la discipline et la planification priveraient certains acteurs de leurs revenus occultes.

 

Où sont les dirigeants ?

 

Pendant que les Kinois pataugent dans les eaux sales des caniveaux bouchés, que font ceux qui portent l’écharpe du pouvoir ? Où sont les plans d’urbanisme, les projets de transport collectif, les politiques de sécurité urbaine ? Comment peut-on accepter qu’une capitale de cette taille vive sans métro, sans tramway, sans parcs publics, sans voirie digne du nom ?

Le Chef de l’Etat en a même parlé lors du dernier conseil de ministres, rappelant cette triste réalité à son Exécutif. Chaque jour, les autorités parlent de « vision », de « modernité », de « cap sur l’émergence ». Mais de quelle émergence peut-on rêver quand la capitale elle-même est devenue le symbole de l’échec ? Comment peut-on faire confiance aux dirigeants qui n’arrivent pas à gérer le trafic aux carrefours, encore moins ramasser les poubelles dans une ville?

 

Kinshasa mérite mieux

 

Le peuple n’a pas besoin de slogans, mais de routes praticables, de poubelles ramassées, de marchés organisés, d’espaces verts, de transports fiables, de policiers honnêtes. Kinshasa mérite de respirer. Kinshasa mérite d’être gouvernée.

Et si les dirigeants ne sont pas capables d’assumer cette mission élémentaire, alors qu’ils aient au moins le courage de l’avouer et démissionner. Car ils ne dirigent rien, ils profitent simplement des avantages de leur pouvoir sans contribution effective à la collectivité.

L’histoire jugera ceux qui auront laissé mourir une ville qui devait être la vitrine d’un pays. Kinshasa n’est pas seulement sale, encombrée et dangereuse. Elle est devenue l’allégorie d’un pouvoir absent, complice ou démissionnaire.

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