Le football en partage dans les écoles de Ngaliema

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Il est à peine neuf heures du matin quand la commune de Ngaliema s’anime comme un jour de match. Les cris des enfants, et surtout, l’éclat des kits flambant neufs qu’ils découvrent au fur et à mesure que les cartons s’ouvrent. La distribution a eu lieu à quelques pas de l’Université Pédagogique Nationale (UPN), dans le quartier de Ngaliema. Sous le regard émerveillé, les écoliers ont reçu leurs premiers maillots flambant neufs, soigneusement sortis des sacs de la CAF. Les ballons, eux, ont été remis comme des trophées, pour inaugurer ces trois journées de festival qui doivent célébrer le football comme un bien commun. L’idée est simple : reconnecter le football à sa base, rappeler qu’avant les projecteurs des CAN ou des Coupes du monde, il y a ce geste fondateur, celui de donner un ballon à un enfant. « Un ballon, c’est plus qu’un jeu. Pour nous, c’était la vie », souffle Roger Hitoto, ancien international congolais.

Des légendes au service de la jeunesse

La présence des anciennes gloires du football congolais comme Trésor Lualua donne à l’événement une dimension particulière. Roger Hitoto n’a pas hésité une seconde à répondre présent. « Quand j’étais gamin à Kinshasa, on jouait pieds nus, parfois avec des balles faites de chiffons. Alors voir ces enfants recevoir un vrai ballon, un sac, un kit pour l’école… c’est une émotion que je ne peux pas cacher », raconte-t-il, la voix tremblante.

À ses côtés, d’autres figures de la CAF rappellent que le football africain n’est pas seulement une affaire de compétitions élitistes. C’est aussi un engagement social. En distribuant ces équipements, ils rappellent que le sport doit rester un moteur d’inclusion et un espace de rêve collectif.

La symbolique du ballon

La cérémonie, bien que modeste, dégage une intensité rare. Les enfants s’arrachent les ballons comme des trophées, les étreignent contre leur poitrine, parfois même avant de courir sur le terrain poussiéreux pour improviser une partie. Les sourires remplacent les discours officiels.

« Le ballon, c’est le premier professeur », insiste Hitoto. « Il nous apprend la solidarité, le respect, la joie de partager. Ce que fait la CAF aujourd’hui, c’est plus qu’une distribution. C’est une invitation à croire que chaque enfant ici peut tracer son propre chemin. »

Ses mots résonnent comme une leçon d’histoire et de vie. Dans ce quartier de Ngaliema, où les difficultés du quotidien pèsent lourd, l’irruption du football comme langage universel agit comme une bouffée d’air.

Kinshasa, berceau et laboratoire

Choisir Kinshasa pour ce lancement n’est pas anodin. Ville-monde, où le football est vécu comme une seconde religion, la capitale congolaise porte dans ses rues les mémoires des Léopards de 1974, les exploits des clubs mythiques comme le TP Mazembe ou Vita Club, mais aussi les frustrations d’un pays en quête de renaissance sportive.

Pour Hitoto, cette symbolique est évidente : « Kinshasa, c’est un laboratoire. Si tu arrives à toucher les enfants ici, dans leurs écoles, tu touches tout le pays. »

Une matinée qui en dit long

Au terme de la cérémonie, les officiels se retirent discrètement, laissant les enfants s’approprier le terrain. Les cartons sont vides, les sacs portés sur des épaules minuscules, et les ballons tournent déjà dans la poussière.

Roger Hitoto reste quelques instants en retrait, regardant les matches improvisés. « C’est là que tout commence », glisse-t-il. Avant de s’interrompre, les yeux fixés sur un gamin qui dribble maladroitement mais avec une énergie débordante. « Peut-être que dans vingt ans, on parlera de lui comme d’un grand. Mais aujourd’hui, ce qui compte, c’est qu’il s’amuse. »

Le CAF Festival, en une matinée, a trouvé son sens : replacer l’enfant au centre, rappeler que le football est avant tout une histoire de partage. Kinshasa, une fois encore, a offert la preuve que derrière chaque ballon donné, il y a une promesse.

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