Route stratégique Nzibira–Shabunda : un axe sous haute tension

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La route reliant Nzibira à Shabunda, dans le territoire de Walungu, est redevenue un point focal du conflit depuis la prise de Nzibira par les rebelles de l’AFC/M23 le 26 septembre. Cet axe, crucial pour le ravitaillement et la mobilité des populations, reste en grande partie déserté par les habitants et les commerçants, craignant de se retrouver pris au piège en cas de reprise des affrontements. Le passage des véhicules est rare et les petites routes de contournement sont désormais saturées par les déplacés.

Pour les experts en sécurité, le contrôle de cet itinéraire revêt un enjeu militaire et humanitaire majeur. « Qui maîtrise la route Nzibira–Shabunda peut contrôler les flux de nourriture, de médicaments et d’aide humanitaire. C’est un levier stratégique pour les forces en présence », explique le Colonel à la retraite Joseph Mwamba, analyste militaire. Il insiste sur le fait que la tranquillité actuelle est trompeuse et que la tension reste palpable.

Les habitants des localités riveraines confirment cette appréhension. « Même si nous ne voyons pas de combats, nous n’osons plus circuler sur la route principale. On ne sait jamais quand cela peut éclater à nouveau », témoigne Pascal, un conducteur de mototaxi basé à Kigulube. Les commerçants, de leur côté, dénoncent les pertes économiques considérables et l’interruption quasi totale des échanges entre villages.

Du côté humanitaire, les organisations locales s’inquiètent de l’accès restreint aux populations isolées. « La coupure de cette route complique notre intervention pour distribuer vivres et soins aux déplacés. Si la situation dégénère, l’axe pourrait devenir complètement impraticable », alerte Jeanne Mukuna, coordinatrice d’une ONG humanitaire à Walungu. Pour les experts comme pour les habitants, la route Nzibira–Shabunda reste un indicateur sensible de la sécurité dans la région et un défi pour la stabilisation locale.

Pour les habitants, l’inquiétude est constante. « Chaque matin, nous regardons au loin, craignant de voir revenir les combats. Nous avons perdu confiance en la sécurité ici », confie Élise, mère de trois enfants à Kigulube. Elle ajoute que la peur des représailles empêche même les plus courageux de revenir sur la route principale.

D’autres riverains racontent la fatigue morale et physique causée par ces restrictions de mouvement. « Nous devons emprunter des chemins détournés, beaucoup plus longs et dangereux. Cela affecte nos récoltes et notre commerce quotidien. La vie est devenue un véritable défi », explique Jean-Pierre, un agriculteur déplacé. Pour eux, la route Nzibira–Shabunda n’est plus seulement un axe stratégique, mais un symbole quotidien de vulnérabilité et d’incertitude.

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