Ces fluctuations du Fc: les raisons 

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Depuis quelques semaines, le franc congolais s’est nettement raffermi face au dollar américain. De près de 2 800 francs pour un dollar en août, il se situe désormais autour de 2 112 francs en octobre 2025, selon la Banque centrale du Congo. Ce retournement de tendance est salué comme une victoire symbolique pour la stabilité monétaire du pays.

Le renforcement du franc congolais n’est pas le fruit du hasard. Il découle d’une série d’actions coordonnées entre le gouvernement et la Banque centrale du Congo, qui a intensifié ses interventions sur le marché des changes et accru ses réserves internationales, désormais estimées à plus de sept milliards de dollars. Dans le même temps, l’inflation a été ramenée à 7,8 %, contre plus de 15 % un an plus tôt, signe d’une plus grande discipline budgétaire et monétaire. Ces progrès ont rassuré les marchés, limité la spéculation et renforcé la crédibilité de la monnaie nationale.

Pourtant, dans les marchés, les stations-service et les commerces de proximité, beaucoup de Congolais constatent que les prix restent élevés malgré cette embellie. Ce paradoxe s’explique par la mécanique économique elle-même. Lorsqu’une monnaie se renforce, les effets ne se traduisent pas immédiatement dans la vie quotidienne. Les commerçants écoulent encore leurs stocks achetés lorsque le dollar valait plus cher. Leurs prix actuels reflètent donc ces anciens coûts d’importation. Ce n’est qu’au fur et à mesure que les nouveaux produits, payés à un taux de change plus avantageux, arrivent sur le marché que les baisses deviennent perceptibles.

Un autre facteur freine la transmission de cette amélioration, la dollarisation persistante de l’économie congolaise. Depuis plusieurs décennies, le dollar domine de nombreux secteurs, notamment les loyers, les scolarités, les importations et certains services publics. Cette habitude rend la monnaie nationale dépendante du billet vert et retarde les effets positifs d’un raffermissement du franc. Par ailleurs, le taux de change parallèle, souvent plus élevé que le taux officiel, influence directement les prix dans les marchés. Les commerçants se basent sur ce “taux de rue” pour calculer leurs marges, ce qui entretient une perception d’instabilité malgré les progrès réalisés.

Pour consolider cette dynamique, il est essentiel que le gouvernement maintienne la rigueur budgétaire et que la BCC renforce la transparence monétaire, encourage les paiements en francs congolais et intensifier l’usage de la monétique. On a jamais été aussi proche de la dé-dollarisation. Le développement de la production locale doit également devenir une priorité nationale afin de réduire la dépendance aux importations et de limiter l’exposition de l’économie aux fluctuations du dollar. Moins le pays dépendra de la devise américaine, plus sa monnaie gagnera en stabilité et en crédibilité.

Le raffermissement du franc congolais n’est pas une fin en soi, mais un signal fort. Il démontre que la discipline, la confiance et la cohérence des politiques économiques peuvent redonner à la monnaie nationale sa valeur et sa dignité. Si cette tendance se confirme, la République démocratique du Congo pourra enfin espérer une stabilité durable et affirmer une souveraineté économique longtemps fragilisée.

 

Nico Minga

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