Sud-Kivu : Un chef milicien redouté tué près du Parc National de Kahuzi Biega

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Abattu dans la nuit de lundi à mardi au cœur d’affrontements d’une rare intensité près du parc national de Kahuzi Biega au Sud-Kivu, le chef milicien Chance Mihonya laisse derrière lui un vide stratégique et une traînée de violence. Sa mort, arrachée dans les flammes croisées de l’AFC/M23 et des Wazalendo, redessine les équilibres déjà fragiles du Sud-Kivu, où chaque balle semble déplacer les lignes de pouvoir.

 

Le village de Kabushwa s’est embrasé au crépuscule, quand les premières rafales ont déchiré l’obscurité. Selon un habitant terré chez lui, « on sentait la terre vibrer, comme si tout le village allait s’effondrer ». Au milieu du chaos, Chance Mihonya, figure redoutée et chef de guerre aguerri, a été atteint mortellement. Les témoins rapportent un affrontement d’une violence exceptionnelle, opposant les rebelles de l’AFC/M23 aux groupes d’autodéfense Wazalendo, déterminés à défendre leur territoire.

 

Mihonya n’était pas un inconnu dans cette région meurtrie. Ancien soldat des FARDC, il avait basculé dans la clandestinité en devenant l’un des chefs miliciens les plus redoutés du Sud-Kivu. Condamné à mort en 2021 pour violences sexuelles, enrôlement d’enfants et exactions au Parc National de Kahuzi-Biega, il incarnait un mélange toxique de discipline militaire et de brutalité débridée. Un défenseur des droits humains confie : « Sa disparition met fin à un chapitre sombre, mais les cicatrices qu’il laisse derrière lui sont immenses. »

 

Le tournant date de mars 2025 : la prise éclair de la prison centrale de Bukavu par l’AFC/M23. Dans la confusion, Mihonya s’était évadé, renouant aussitôt avec les armes. Cette fuite spectaculaire avait bouleversé l’équilibre sécuritaire local. « Dès qu’il est réapparu dans la forêt, on a su que les violences allaient reprendre », murmure un garde forestier encore marqué par sa réputation d’ennemi farouche du PNKB. Retour aux racines, dans les profondeurs des forêts d’Irhambi-Katana : l’ancien militaire s’était mué en stratège insaisissable.

 

Depuis son évasion, Mihonya s’était réimposé comme figure majeure du mouvement Wazalendo dans la région. Ses partisans le décrivaient comme un « leader qui connaissait chaque pierre, chaque arbre et chaque couloir de la forêt ». Mais son influence ne faisait pas l’unanimité : beaucoup voyaient en lui une menace persistante pour les civils et un obstacle majeur à toute tentative de stabilisation. Son nouveau rôle dans la guérilla avait ravivé des tensions latentes, renforçant le climat d’insécurité autour du Parc de Kahuzi-Biega.

 

La nouvelle de sa mort s’est répandue comme une onde de choc. Dans les villages voisins, certains expriment un profond soulagement. « Peut-être que les enfants pourront dormir sans sursauter », souffle une mère de famille de Katana. D’autres, au contraire, s’inquiètent des représailles. Un jeune Wazalendo, le regard perdu, lance : « Sa mort ne va pas arrêter la guerre. Elle va juste en réveiller d’autres. » Les autorités provinciales, silencieuses pour l’instant, laissent la population dans une attente lourde de tensions.

 

Dans cette zone stratégique du Sud-Kivu, où les factions se disputent hameaux, collines et routes vitales, la disparition de Mihonya pourrait profondément remodeler la carte militaire. Des affrontements sporadiques se poursuivent déjà, signe que la bataille pour le contrôle territorial reste ouverte. « On vient de perdre un acteur majeur, mais pas la violence », analyse un chef local, fataliste. À Kabushwa, le calme revenu n’est qu’un voile fragile posé sur un avenir encore incertain.

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