Médard Luakabwanga, pro-Dialogue lui aussi ?

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La crise profondément enracinée et multidimensionnelle à laquelle il fait allusion (nous) incite à rappeler les prises de position anti-RDC d’Herman Cohen en 2011 pour qui le Kivu appartient au Rwanda et de Peter Pham en 2012 pour qui le salut du Congo passe pour son éclatement. Les deux personnages sont pour beaucoup dans les Accords actuels…

De quoi rappeler le pacte social CENCO-ECC pour les Grands Lacs

Le 13 décembre 2025, les internautes découvrent dans Facebook un document intitulé « NOTE STRATÉGIQUE »* avec pour titre : * »Limites et risques du partenariat stratégique USA-RDC dans le contexte du conflit RDC-Rwanda* ». L’auteur, le député national Usn Médard Luakabwanga, y évoque 1. LE CONTEXTE ; 2. LES PRINCIPALES LIMITES ; 3. LES RISQUES STRATÉGIQUES et 4. LA CONCLUSION STRATÉGIQUE. Celle-ci est rendue en ces termes :_«Le partenariat stratégique USA-RDC constitue un levier diplomatique et sécuritaire important, mais il ne saurait, à lui seul, résoudre le conflit RDC-Rwanda. Sa réussite dépendra de : la cohérence de la diplomatie régionale ; le renforcement des institutions congolaises, l’équilibre entre intérêts économiques et impératifs de paix, l’inclusion des acteurs locaux dans les mécanismes de stabilisation. Sans ces conditions, le partenariat risque d’avoir un impact limité sur une crise profondément enracinée et multidimensionnelle_.

De quoi rappeler le Pacte Social CENCO-ECC pour les Grands Lacs…

Washington a décidé d’atteler les voisins du Congo à la locomotive Kinshasa-Kigali

La déduction du Dialogue inspirant le titre de la chronique s’établit sur base de la reconnaissance d’une _«crise profondément enracinée et multidimensionnelle_».

Serait-ce une crise entre Kigali et Kinshasa ? Probablement.

En lisant cependant froidement les Accords sous-jacents de Washington – dont celui publié pour la première fois le 4 décembre 2025 sous la dénomination *«Cadre D’Intégration Économique Régionale-CIER»*- il est plus que question de deux États mais de la sous-région des Grands Lacs comprenant, pour information et au plan géographique, la RDC, le Soudan du Sud, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie.

Washington a décidé d’atteler les voisins du Congo à la locomotive Kinshasa-Kigali. Ce qui pourrait susciter à l’avenir des crises susceptibles de déstabiliser davantage la RDC.

Or du moment que la *pièce maîtresse* du deal est la République Démocratique du Congo en raison de ses atouts économiques, la crise profondément enracinée et multidimensionnelle ne peut pas se limiter à une affaire d’État à État, c’est-à-dire à la *diplomatie*. Elle doit être d’abord une affaire impliquant les forces vives du pays. Le nôtre.

Et pour cause !

Prenons l’exemple des minerais cités justement dans *CIER* signé le 4 décembre 2025. Sont clairement identifiés *«étain, tantale, tungstène, niobium, or»*. Curieusement des minerais *concentrés au Grand Kivu* ! Ce Kivu – juste un rappel – que le *républicain* Herman Cohen passe pour *territoire rwandais* !

Dans une interview au média en ligne congolais *«Code 243»* datant de 2011 et reproduite le 12 août par *«Le Potentiel»*, le sous-secrétaire d’Etat honoraire pour les Affaires africaines à l’époque du maréchal Mobutu (son ami) avait «prophétisé» tout ce que fait actuellement l’Administration *républicaine* Trump. En témoigne cet extrait : _ »«Dans ma lettre au président Obama_ » (NDLR : démocrate) _ » j’ai suggéré que l’on légalise le commerce des minerais au Kivu qu’exploitent les hommes d’affaires rwandais. Le Rwanda a envahi le Kivu en 1998. Pendant six ans, il a mis en place des réseaux pour l’exploitation des minerais, surtout le coltan qui rapporte des milliards de dollars. Je pense que tout le monde trouvera son compte et la RDC percevra des impôts. J’ai proposé que le commerce des minerais soit légalisé. Mais j’ai rencontré une farouche opposition de la part des Congolais qui évoquent la question de souveraineté. Souveraineté ? Au Département d’Etat, le Kivu fait partie du Rwanda_».

Il n’y a pas qu’Herman Cohen. Il y a aussi le républicain* Peter Pham. Dans un article paru dans New York Times, rappelle le média congolais en ligne «actualite.cd»* dans sa livraison du samedi 10 novembre 2018, le nouvel envoyé spécial des USA nommé la veille par Donald Trump 1 proposait carrément le *démembrement* de la RDC. Voici, in extenso, ses propos : _«Le Congo est trop gros pour réussir. C’est une entité artificielle dont les éléments constitutifs partagent le malheur d’avoir été saisis par l’explorateur Henry Morton Stanley au nom du monarque belge rapace du XIX° siècle_» avant d’ajouter : _«Plutôt que d’édifier une nation, c’est le contraire qui est nécessaire pour mettre fin à la violence au Congo : diviser un Etat en faillite chronique en unités organiques plus petites dont les membres partagent un large consensus ou ont au moins des intérêts communs en matière de sécurité individuelle et collective_».

Comme si cela ne suffisait pas, il poursuivait : _«Si le Congo arrivait à être éclaté en entités plus petites, la communauté internationale pourrait consacrer ses ressources de plus en plus rares à l’aide humanitaire et au développement, plutôt que d’essayer, comme le Conseil de sécurité des Nations Unies l’a promis, de préserver la souveraineté, l’indépendance, l’unité, la sécurité, l’intégrité territoriale d’un État fictif qui n’a de valeur que pour les élites politiques qui se sont hissées au sommet afin de piller les ressources du Congo et de financer les réseaux de mécénat qui leur assurent de rester au pouvoir’_».

Pour mémoire, très proche de Paul Kagame dont il partage les visées expansionnistes, venu pour la première fois en février 2019 pour féliciter Félix Tshisekedi pour son investiture en tant que Président de la République puis en mars 2022 en lobbying pour une entreprise américaine, Peter Pham était jusqu’à sa nomination au Département d’Etat vice-président et directeur du Bureau Afrique du think thank Atlantic Council. Il connaît la région.

Le problème et la solution sont plus à Kinshasa qu’ailleurs

C’est rare, dans le contexte et la configuration politiques actuels congolais, de voir un sociétaire de l’USN franchir ce qui apparaît comme le Rubicon, quand on sait que dans l’entendement de sa famille politique, il n’y a pas au pays une crise profondément enracinée et multidimensionnelle. La seule à exister est celle validée de l’agression rwandaise dont la réponse appropriée est le retrait du Rwanda du territoire congolais, conformément à la Résolution 2373 du 21 février 2025 du Conseil de sécurité de l’Onu et aux Processus de Washington-Doha.

Publiée le 13 décembre, la NOTE STRATÉGIQUE de l’honorable Médard Luakabwanga a le mérite de nous remettre face à notre destin.

Jusqu’à l’annonce du retrait de l’AFC-M23 de la ville d’Uvira la nuit de ce lundi15 au mardi 16 décembre sur pression de Washington via le Rwanda, les choses sont allées rapidement de mal en pis pour la RDC. Tellement mal que des expressions, des allusions, des allégories qu’on devait s’interdire dans la terminologie politique congolaise ont été entendues comme pour dire que la crise n’est pas superficielle. Washington n’aura en réalité que sauvé son plan en voie de maturation, car une implosion des Grands-Lacs à ce moment précis n’est pas à son avantage.

La préoccupation est alors de savoir combien de morts, de blessés, de réfugiés, de déplacés de guerre, de biens à piller faut-il encore pour en finir avec une insécurité sur laquelle Kinshasa n’a aucune emprise ni en interne, ni en externe !

Le fait pour la RDC de se réfugier, pardon de se résigner aux Processus de Washington et de Doha pour sauver les meubles, au lieu d’un Processus qui serait de Nkamba ou Gbadolite, sinon de Bolobo ou Kolwezi, pour ne pas dire de Lac Munkamba ou Walikale, est en soi la preuve que le problème et la solution sont plus à Kinshasa qu’ailleurs.

De ce fait, les «causes profondes» dont parle Doha (ce _«puzzle important pour le Processus de Washington_»), sont plus en RDC qu’ailleurs.

Médard Luakabwanga jette le gros, mais bon pavé dans la marre

Partant, quand on est d’une famille politique en plus au Pouvoir, cas l’USN, on doit avoir le courage de débattre en interne de la question du cadre de la résolution de la crise profondément enracinée et multidimensionnelle impliquant en priorité le pays.

L’Histoire – connue de l’honorable Médard Luakabwanga et de bien de ses compagnons de l’USN – renseigne qu’en 1996 et 1997, au moment où le HCR-PT (Haut Conseil de la République-Parlement de Transition) excluait toute possibilité de négocier avec les « pantins » de l’Afdl, le maréchal Mobutu envoyait secrètement son Conseiller spécial en matière de sécurité Honoré Ngbanda approcher L-D. Kabila. La délégation gouvernementale fut ridiculisée à Lomé en se retrouvant face à celle de l’Afdl !

Le scénario semble se répéter. Alors que le Parlement actuel interdit au Gouvernement de négocier avec les « pantins » de l’AFC-M23, le Président de la République fait engager cette institution par son Haut Représentant Sumbu Sita Mambu n’ayant pourtant pas qualité de le faire.

Aujourd’hui, l’État est engagé par le Président de la République dans des Accords qui font valoir plus l’article 214 que l’article 213 de la Constitution puisque leur nature prône la paix et l’économie (commerce) et requiert une loi de ratification impliquant trois institutions : Gouvernement (élaboration), Parlement (adoption) et Président de la République (promulgation).

En toute logique, l’USN – qui dispose de la majorité parlementaire à plus de 95 % – a le devoir de s’emparer de ces Accords pour en débattre en interne, quitte à susciter un débat national car la question dépasse les compétences d’une seule famille politique et les prérogatives de l’ordre institutionnel en place.

En conclusion, dans le contexte actuel, l’honorable Médard Luakabwanga jette le gros mais bon pavé dans la mare d’une crise réelle profondément enracinée et multidimensionnelle lorsque, dans la conclusion de sa NOTE STRATEGIQUE, il préconise notamment _«le renforcement des institutions congolaises_» et _«l’inclusion des acteurs locaux dans les mécanismes de stabilisation_». Ce qui ne peut se concevoir qu’au travers d’un consensus large.

Sage et pragmatique, il laisse à la communauté nationale la responsabilité de prendre la décision courageuse du format qu’il convient de mettre en place pour sauver le Congo d’une menace de balkanisation vraie, menace perçue par Lumumba en 1960-1961 et dénoncée successivement par Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila entre 1990 et 2018.

Félix Tshisekedi en parle depuis 2022.

Reste à savoir s’il a convaincu les Américains du contraire, entendez laisser le Congo intact. Ce qui serait trop beau pour être vrai, maintenant qu’ils prennent leur revanche sur…Berlin 1885, revanche annoncée à Dakar en 1990 dans la foulée de la Perestroïka !

Omer Nsongo die Lema

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