Le moment congolais est arrivé
(Par Nico Minga, Économiste, Auteur & Géostratège)
Pendant trop longtemps, la République Démocratique du Congo a été décrite à travers deux prismes excessifs, l’optimisme naïf ou le pessimisme chronique. Il est temps de sortir de ces caricatures car, les faits sont désormais clairs, les données publiques, vérifiées et convergentes. La RDC avance. Parfois lentement, souvent sous contrainte, mais avec une constance que peu de pays africains peuvent aujourd’hui revendiquer.
Selon les données officielles publiées par les Institutions internationales, l’économie congolaise a enregistré une croissance de 8,6 % en 2023, de 6,5 % en 2024, d’environ 5 % en 2025, avec une projection similaire pour 2026.
Dans un contexte mondial marqué par les conflits armés, la persistance de l’inflation, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement et le ralentissement économique, une telle trajectoire n’est ni banale ni accidentelle. Elle traduit une résilience structurelle et une capacité croissante de pilotage macroéconomique qui méritent d’être reconnues.
Le pays dans une trajectoire d’inflation baissière
Cette performance repose sur un socle plus solide qu’auparavant. L’inflation, qui frôlait les 20 % en 2023, suit désormais une trajectoire clairement baissière et devrait se situer autour de 7,5 % à l’horizon 2026. La dette publique demeure inférieure à 25 % du PIB, plaçant la RDC parmi les pays africains les moins endettés. Les déficits budgétaires, bien que réels, restent contenus. Il ne s’agit pas de coïncidences, mais de choix politiques assumés. Ces choix sont d’autant plus significatifs qu’ils ont été opérés dans un environnement marqué par de fortes pressions sécuritaires et sociales.
Il serait, toutefois, illusoire de confondre stabilité macroéconomique et amélioration immédiate du bien-être social. Plus de 80 % des Congolais vivent encore sous le seuil international de pauvreté. Ce chiffre est brutal, mais il doit être lu avec lucidité plutôt qu’avec résignation. Il ne signifie pas que la croissance est inutile. Il signifie que le travail essentiel commence maintenant. L’histoire économique est sans équivoque là-dessus. Aucun pays n’a réduit durablement la pauvreté sans une phase préalable de croissance soutenue. Or, cette phase est désormais engagée en RDC.
C’est à ce stade que le débat doit changer de nature. La question n’est plus de savoir si la RDC peut croître. Elle en a fait la démonstration. La véritable question est désormais de savoir comment orienter cette croissance, comment la transformer, comment la rendre plus productive, plus inclusive et plus souveraine ?
La stabilité macroéconomique acquise n’est pas une fin en soi. Elle est juste un levier stratégique. Elle offre aux décideurs une marge de manœuvre que le pays n’a que rarement connue dans son histoire récente.
Aujourd’hui, la RDC dispose d’atouts stratégiques rares. Elle retrouve une crédibilité financière, occupe une position centrale dans l’économie mondiale de la transition énergétique et bénéficie d’un potentiel agricole, énergétique et humain considérable. Les économistes sérieux ne promettent pas de miracle à l’horizon 2026, et ils ont raison. Les miracles ne sont jamais automatiques. Mais ils ne prédisent pas non plus l’échec. Ils projettent tous un pays stabilisé, en progression, à la croisée des chemins.
Le message adressé aux décideurs doit donc être clair. Le plus difficile a déjà été accompli, c’est-à-dire, la restauration de la stabilité macroéconomique dans un environnement hostile. Le plus important reste donc à faire. Il s’agit désormais de transformer cette stabilité en développement visible, à travers l’emploi, le pouvoir d’achat, les infrastructures utiles et la confiance collective. Cette transformation exige de la cohérence, de la continuité et du courage politique. Elle suppose surtout la consolidation de la vision nationale, capable de dépasser la simple gestion du quotidien pour inscrire l’action publique dans un projet lisible et mobilisateur.
L’année 2026 ne sera ni une année de rupture spectaculaire ni une année perdue. Elle peut devenir une année charnière, celle où la RDC cesse d’être seulement performante dans les rapports des institutions internationales pour devenir réellement efficace dans la vie de ses citoyens. Les fondations sont en place, les chiffres le confirment et le monde observe.
Il appartient désormais à l’ensemble des Congolais, chacun à son niveau, de transformer cette fenêtre historique en trajectoire durable. Non pas dans la précipitation, mais avec détermination. Non pas dans le bruit habituel ou l’autosatisfaction excessive, mais dans la cohérence et le sens des responsabilités. Pour une fois, le temps n’est pas contre le Congo. Il joue en sa faveur.



Laisser un commentaire